Précédé d’une réputation plus que flatteuse grâce à son double prix au Festival de Sundance, le premier long-métrage de Nate Parker arrive sur nos écrans le torse bombé, bien décidé à s’imposer comme l’un des premiers chocs de l’année 2017. Rien que son titre est tonitruant : THE BIRTH OF A NATION – autrefois un film raciste de D. W. Griffith. On sent d’emblée l’envie de se faire remarquer, mais passons, un peu de provoque n’a jamais fait de mal. La combinaison d’un sujet sensible (la révolte des esclaves noirs américains) et d’une pluie de superlatifs glorieux nous mettent sur nos gardes… Grand bien nous en a pris puisque le film s’avère raté. C’est finalement la même problématique qui resurgit à chaque fois : un grand sujet peut-il camoufler un mauvais réalisateur ? Et à quel point ce-même sujet peut-il se suffire ?  Que ce soit un film sur la maladie, sur un drame historique ou sur un fait divers, la puissance de la véracité des faits ne doit pas être un bouclier derrière lequel se cacher. Sinon à quoi bon l’adapter au cinéma ? Photo du film THE BIRTH OF A NATIONMalgré toute la bonne volonté de Nate Parker, qui s’investit triplement en étant à la fois scénariste, réalisateur et premier rôle, on ne peut nier les faiblesses alarmantes de THE BIRTH OF A NATION. Outre le didactisme qui permet à tout le monde de prendre connaissance de ce morceau d’Histoire, on peine à se mettre quelque chose sous la dent. Sur la forme, le film n’a absolument aucune ampleur cinématographique, coincé entre de vagues arcs scénaristiques intimes, visites dans des propriétés et reconstitution des faits. Certes, on serait de mauvaise foi de lui demander d’être à la hauteur du grandiose 12 Years A Slave dans lequel Steve McQueen amenait une dimension picturale d’une sensibilité imparable. A vrai dire, la pilule serait mieux passée si THE BIRTH OF A NATION était un film lisse, académique, ne se sentant pas obligé de sortir ses gros sabots afin de passer pour plus beau qu’il ne l’est réellement. Entre une imagerie christique de très mauvais goût et des tentatives stylistiques m’as-tu-vu, le film provoque carrément l’énervement. On pense bien entendu à la fameuse scène des pendus, sur fond de Strange Fruit, Nate Parker ne fait qu’illustrer les paroles de la déchirante chanson interprétée par Nina Simone. Un choix qui démontre un manque flagrant d’inventivité, une facilitée grossière couplée à un besoin macabre d’esthétiser un drame (le travelling arrière sur l’enfant pendu est détestable au possible). A chaque plan de cette scène, un signal “ATTENTION JE VEUX FAIRE UNE SCÈNE CULTE” clignote.

[bctt tweet=”« Un ratage énervant et parfois de très mauvais goût »” username=”LeBlogDuCinema”]

Nate Parker est incapable de poser un regard critique ou un point de vue par la mise en scène, que ce soit du côté des blancs et des noirs. Ce qui donne au film une simplicité malvenue, chacun étant réduit à être un oppresseur ou un oppressé, sans que l’on sente des variations dans la caractérisation ni une réelle écriture. La palme revenant à un Jackie Earle Haley se coltinant un rôle de bad guy pas loin de frôler la caricature. Ce qui est frustrant est que le scénario passe à côté du potentiel de certains protagonistes. Le personnage de Samuel, plutôt intéressant, n’ouvre sur aucun traitement digne de ce nom alors qu’on sent qu’un certain respect se niche dans la relation qu’il entretient avec Nat. La romance entre ce dernier et sa femme n’offre rien non plus. Pourtant on y a cru avec ce très beau travelling aboutissant à un plan sur deux bougies formant une unique flamme. Et que dire de l’introduction, laissant entrer une dimension spirituelle dans le récit ? L’idée était intéressante mais totalement abandonnée… Nate Parker en reste à son programmatique défilé de situations révoltantes, tel un catalogue des sévices que l’on parcourt. Comme si le film, la tête dans le guidon, n’avait rien d’autre à nous dire que le racisme c’est mal. Ouf, merci de le faire, on avait faillit oublier !

Maxime Bedini

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[CONTRE-CRITIQUE] THE BIRTH OF A NATION

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