Il semblerait qu’un torrent de bons sentiments s’abatte actuellement sur le cinéma français et ADOPTE UN VEUF n’y échappe pas.

Pour autant, cette comédie est tout sauf niaise et aborde des sujets vraiment touchants sous ses allures légères. Pour son second long métrage sans Thomas Sorriaux (qui vient de réaliser La Dream Team), François Desagnat, comme son ex-acolyte, s’inscrit ici dans un registre très différent de leurs opus communs (La Beuze, Les 11 Commandements). A croire que ces deux-là ont abandonné le premier degré et l’humour potache le jour où ils ont cessé de travailler ensemble pour gagner en finesse. Quoi qu’il en soit, c’est un film drôle et généreux, à l’image du tandem qui le porte, formé par un André Dussolier plus attachant que jamais et une Bérangère Krief explosive. Par le biais d’une colocation improbable, ADOPTE UN VEUF nous invite discrètement à réfléchir sur les bienfaits de l’entraide intergénérationnelle et nous fait regretter que cela soit si peu répandu.

En effet, il est ici question d’un veuf inconsolable (Hubert/André Dussolier) qui, par le biais d’un quiproquo, se retrouve à héberger une jeune étudiante aussi pétillante que directe (Manuela/Bérangère Krief) dans son spacieux appartement bourgeois. Débrouillarde, elle est parfaitement consciente de la chance que représente cette confortable opportunité à une époque où il est si difficile de se loger. En retour, et de façon spontanée, Manuela sort Hubert de la torpeur dans laquelle il s’enlisait en apportant une fraîcheur et une joie de vivre inattendue dans le quotidien solitaire de ce dernier. A travers un rapport père/fille qui manquait à chacun, se développe ainsi une énergie nouvelle qui les poussera également à accueillir d’autres colocataires, pour le meilleur et pour le pire…

Photo du film ADOPTE UN VEUF

De prime abord, on se dit que tout cela est bien sympathique mais pas crédible pour un sou car dans un monde où la méfiance et l’individualisme sont souvent légion cela paraît impossible. Et pourtant, le succès du “couchsurfing” nous prouve qu’il y a de l’espoir (une personne propose d’héberger gratuitement sur son canapé des voyageurs inconnus dans un esprit d’entraide). Au fur et à mesure que le film se déroule et que l’on découvre à quel point cette expérience de colocation est positive, on se dit alors que l’idée est peut-être plus moderne qu’utopique et qu’elle ferait bien de se développer davantage dans la réalité.

Si on aimerait y croire, c’est parce que dans ADOPTE UN VEUF, il est particulièrement touchant de voir cet homme évoluer, retrouver goût à la vie grâce à la présence de jeunes gens qui pourraient être ses enfants, lui renvoyant par la même la sensation d’être à la fois utile et apprécié. Une immense tendresse se dégage ainsi des rapports qu’Hubert va entretenir avec Manuela mais également avec les deux autres (Marion / Julia Piaton et PG/Arnaud Ducret), telle une fratrie, avec ses bons et mauvais côtés. Au final, toutes ces âmes un peu esseulées à ce moment de leur existence vont composer une famille de fortune dans cet appartement. Comme dans la vie, ce sont des évènements inattendus, voire jusque là inenvisageables qui entraîneront des changements bénéfiques pour chacun. En l’occurrence, l’ouverture ou la réouverture au monde et l’enrichissement personnel résulteront du vivre ensemble, de la coexistence entre personnes de générations et d’horizons différents, grâce à cette colocation fortuite.

« ADOPTE UN VEUF nous invite discrètement à réfléchir sur les bienfaits de l’entraide intergénérationnelle et nous fait regretter que cela soit si peu répandu. »

D’autres thématiques aussi sérieuses sont abordées par des chemins narratifs détournés dans ADOPTE UN VEUF et ponctuent le film de réalisme, avec le double effet de lui donner du fond et du rythme. A ce titre, on peut par exemple citer le problème de l’impuissance face à la maladie auquel on est confronté dans le milieu médical. Il est traité en filigrane à travers l’histoire de Marion, jeune infirmière, qu’Hubert (obstétricien à la retraite) épaulera grâce à son expérience personnelle et sa maturité. Ce genre de situations met en lumière la contrepartie précieuse et rassurante que cet homme plus âgé offre à une jeunesse revivifiante via leur cohabitation. Au-delà du côté matériel de l’accessibilité au logement, c’est ce côté paternel à la fois réconfortant et structurant qui les aidera à avancer.

Ceci étant, s’il est indéniable que Bérangère Krief illumine le film tel un rayon de soleil, ADOPTE UN VEUF ne susciterait pas la même empathie sans la présence d’André Dussolier. Tout d’abord, il irradie de sympathie et de douceur. Ensuite, il incarne à la perfection et avec tant de justesse cet homme qui enveloppe d’une bienveillance palpable ses petits colocataires pour les aider à grandir qu’on aurait bien envie, nous aussi, de l’adopter ! La bande originale, empreinte de modernité, de gaîté et d’énergie positive, contribue quant à elle largement à nous emporter dans ce récit avec une implication certaine.

De façon originale, dans ce qui se rapproche d’un huis clos, le trait d’union entre jeunes et moins jeunes est donc cet appartement qui passera de refuge pour oiseaux blessés à cocon rassurant permettant à chacun d’éclore de façon épanouissante. Cela fait d’ADOPTE UN VEUF une comédie trans-générationnelle de par son casting et de par les problématiques abordées. Le tout étant imbriqué de façon cohérente, avec humour et tendresse.

Stéphanie Ayache

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

[CRITIQUE] ADOPTE UN VEUF
3.7Note finale
Scénario
Casting
Empathie
Humour
Thématiques sociales sous-jacentes
Musique
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