Composé entièrement d’images d’archives et de sessions d’enregistrement rares, AMY est un documentaire musical dans la lignée de The Mile Davis Story ou de Joe Strummer : The Future is Unwritten  qui raconte la vie, la réussite et la descente aux enfers d’, chanteuse de jazz décédée à seulement 27 ans. Le réalisateur britannique  retrouve son genre de prédilection cinq ans après le succès critique de Senna, film retraçant le parcours du célèbre pilote de Formule 1 brésilien.

À l’inverse d’un autre film musical sorti récemment : Love & Mercy, la musique est ici omniprésente et dicte le rythme du film. Tout du moins dans sa première partie, avant que les addictions de la chanteuse finissent par prendre le dessus.

Construit sous une forme chronologique, le film insère des interviews des proches de la chanteuse en voix-off, ce qui permet de structurer la narration et de de garder un fil directeur clair malgré les nombreuses ellipses temporelles. Asif Kapadia utilise la capitale londonienne et plus particulièrement le district de Camdem en toile de fond. Réputé pour son foisonnement musical, ce quartier situé dans la banlieue nord de Londres est connu pour avoir vu l’émergence de nombreux groupes majeurs du Royaume-Uni : Madness, Coldplay, Pink Floyd entre autres.

Prenant le temps de présenter la jeune fille derrière l’artiste, AMY dresse le portrait d’une femme farouche, indomptable et débordante de vitalité. Elle peut se montrer cassante et tendre dans la même phrase, mais comme elle se décrit elle-même, ce qu’elle préfère par dessus tout c’est fumer des pets et composer sa musique en paix. Une simplicité qui vole aux éclats avec la parution de son second album « Back to Black » qui lui confère un statut de célébrité difficile à assumer. Sa relation destructrice et possessive avec  ne l’aide pas à trouver une certaine forme de stabilité, bien au contraire.

Le film gagne en profondeur grâce à une multitude de témoignages. Les proches d’ dressent un portrait, chacun à leur manière, d’ en tant que chanteuse, en tant qu’amie, en tant que femme tout simplement. Mention spéciale à Blake Fielder-Civil, son ex-mari, qui de sa voix profonde et posée apporte une compréhension très intime de la personnalité d’Amy.

Côté technique, les images sont logiquement de qualité inégale car elles proviennent de sources très variées (enregistrement live, vidéos de l’entourage d’Amy, clips en concert). Le dénuement et la simplicité de ces extraits permettent de mieux saisir le caractère ambivalent de l’artiste et de la jeune femme qui se cache derrière cette voix sublime. Ses excès (alcool, héroïne, cocaïne, crack) sont admirablement mis en image, notamment au niveau des stigmates infligés à son visage et aux changements intervenus dans sa personnalité.

Sans jamais porter un quelconque jugement, Asif Kapadia délivre un portrait sincère et touchant d’une artiste à part, d’une femme détruite par un système qui ne lui aura laissé aucun échappatoire. Émouvant !

Le rapport personnel entre les chansons et les évènements subis par Amy Winehouse sont analysés avec justesse par le réalisateur et révèlent le sens caché des paroles. « Rehab », considéré à ce jour comme son meilleur morceau raconte l’histoire d’une décision qui a fait basculer sa vie.

Entourée par beaucoup (trop) de gens, Amy Winehouse se retrouve ballotée par sa notoriété sans cesse croissante, soumise à la pression des médias, du public, de son label et même de ses proches. Sous son apparence forte, on décèle une jeune femme frêle, dépassée par l’ampleur de son succès et qui n’aspirent qu’à retourner à ce qu’elle aime faire sans jamais y parvenir : sa musique. Le film parvient à présenter avec tendresse mais sans concessions, cette descente aux enfers dont on connait déjà l’issue, mais dont on ne peut s’empêcher qu’elle aurait pu, dû, être différente.