Avant d’entrer dans la salle, je ne savais rien d’ASPHALTE. Du cinéma de Benchetrit, je n’avais que de vagues souvenirs de J’ai toujours rêvé d’être en gangster et de Janis et John. A priori, je n’arrivais pas à trouver quelconque cohérence entre cette image d’un astronaute attablé dans une cuisine de HLM, Gustave Kerven (Groland), Michael Pitt et Isabelle Hupert. Puis, j’ai compris.

ASPHALTE, adaptation de deux nouvelles tirées des romans Chroniques de l’ de Samuel Benchetrit, met en scène six personnages liés entre eux par un immeuble. Un décor de banlieue, sans âme apparente, sans âge, posé là, dans une cité sans nom, comme un vieux bateau à la dérive. Dans ce bâtiment défraîchi et gardé par deux zonards attachants, l’ascenseur ne cesse de tomber en panne et sera la cause des rencontres entre Sternkowitz et une infirmière de nuit, Jeanne – une comédienne à la retraite – et le jeune Charly ou encore l’astronaute McKenzie, tombé du ciel, et Mme Hamida. Ensemble, ils formeront trois couples improbables de paumés, réunis par le sort et que Benchetrit prend plaisir à filmer dans leur singularité. Qu’il s’agisse d’un Américain venu des étoiles, recueilli par une femme dont le fils est en prison, ou de cette actrice à la gloire fanée, portée aujourd’hui sur la boisson alcoolisée, Benchetrit en profite pour parler de solitude, de rapports aux autres, de figures maternelles, de hasard et de destin. Mais surtout, il parle de gens, passant de l’un à l’autre sans vraiment se soucier de la cohésion de l’ensemble.

Photo du film ASPHALTE

© Paradis Films

Loin d’être un grand film de cinéma, ASPHALTE est un grand film de personnages. Son casting se donne à fond et donne corps à ces anonymes attachants. Chacun d’entre eux symbolisant une absence, un manque… Et chacun pouvant combler celle de son ou sa partenaire. Jeanne sert ainsi de mère de substitution à l’orphelin Charly qui fait office de public pour cette actrice retraitée. Mme Hamida trouve en McKenzie le fils qu’elle n’a plus. Et ainsi de suite.  Le tout est servi par une écriture simple et efficace. Car Benchetrit va droit au but, fait dans l’épure, et tout cela contribue à la réussite de cette élégante fable tragi-comique.

« En somme, Asphalte donne envie de rêver. »

En effet, même si le film ne s’illustre pas par sa virtuosité formelle, il reste soigné. Les couleurs, passées, traduisent avec subtilité un sentiment de lassitude et entre ces personnages, un peu tristes et un peu bancals, ce décor de cité, et ces teintes désaturées, on pourrait vite croire qu’ASPHALTE compte faire dans la chronique sociale, le drame humain. Il n’en est rien. Bien au contraire, le film de Benchetrit est lumineux, réconfortant, drôle et surtout poétique. Lunaire même. Gentiment absurde par moment, férocement réaliste par d’autres aspects, ASPHALTE donne envie de rêver. Le rêve comme porte de sortie à une barre d’immeuble vécue comme une impasse, une friche dont on ne sortirait pas.

Au final, il est difficile de s’étendre sur ASPHALTE. S’il peut sembler anecdotique, il faut le voir, le vivre et toucher du doigt ce récit émouvant. En sortant de la salle, j’avais le sentiment d’avoir vu un petit film. Mais pas n’importe quel petit film. De ceux qui surprennent. De ceux qui sont importants. De ceux qu’il faut défendre. De ceux qui ont presque tout des grands.

Etioun

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