« Leonardo est aveugle. Sa mère le surprotège et il tente tant bien que mal de vivre de façon indépendante en s’inscrivant dans un programme d’échange international. Lorsque Gabriel, un nouvel étudiant, arrive dans sa classe, Leonardo éprouve une série d’émotions nouvelles qui le font remettre en question ses plans. » Avec un pitch pareil, le nouveau film du brésilien Daniel Ribeiro pourrait ressembler à n’importe quel autre film sur la découverte de sa sexualité, et en particulier de son homosexualité. C’est d’ailleurs ce à quoi tout le monde s’attend en découvrant AU PREMIER REGARD. Deux jeunes garçons bien bâtis, un environnement propice au premiers émois amoureux et une insouciance propre à l’adolescence. Néanmoins, c’est en nous faisant croire qu’AU PREMIER REGARD n’est qu’un nouveau CREATURES CELESTES (de Peter Jackson), un énième COMME UN GARCON (de Simon Shore), un ersatz de SHELTER (de Jonah Markowitz), que Daniel Ribeiro déjoue les pièges du genre et nous surprend complètement.

Premier élément qui vient briser le scénario attendu: le Leonardo que Ghilherme Lobo interprète est aveugle. Et ça, c’est plutôt troublant. Dès lors, une question se pose: le fil sera-t-il un énième drame sociétal sur le droit à l’amour des handicapés, un drame pur et dur où ça va pleurer et geindre à tout-va, ou alors une simple bleutée adolescente? Et là réponse est claire: AU PREMIER REGARD est tout autre chose. En effet, de manière involontaire, le réalisateur (et scénariste) nous fait prendre conscience que l’amour est bel et bien aveugle. Si Leonardo se trouve être sacrément touchant, c’est parce qu’il est aveugle, parce qu’il voit les choses différemment, parce qu’il ressent ce qui l’entoure autrement. Parce que la perception qu’il a des gens qui l’entourent diverge de celles de ses amis. Et il n’y a qu’à voir sa relation avec Giovana (incarnée par Tess Amorim) pour le comprendre: à de multiples reprises, elle lui « sous-titre » ce qui se passe sous leurs yeux. Dès lors, Leonardo se fie à ses dires, il lui fait confiance. Parce qu’il ne peut voir comme les autres, Leonardo a tendance à vouloir faire confiance, à vouloir croire, à vouloir essayer. Bref, Leonardo est un ado comme les autres et différent à la fois.

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Deuxième élément inattendu: la sexualité de Gabriel, interprété par Fabio Audi. Un scénario basique aurait voulu que ce personnage assume pleinement et fièrement son homosexualité, faisant office de guide pour Leonardo. Mais ici, on réalise – à la fin certes – que c’est ensemble qu’ils découvrent leur homosexualité. Que si elle était moins « enfouie » chez Gabriel, elle n’est pas pour autant plus acceptée. Preuve en est avec cette scène des douches où Gabriel a une érection en voyant Leonardo nu et préfère la dissimuler, même en sachant que Leonardo ne peut en avoir conscience. AU PREMIER REGARD prend le parti de ne pas mettre en scène la sexualité d’un seul personnage, le principal, mais plutôt la relation entre deux personnes qui sont amenées à se connaître elle-même à travers l’autre.

”Un film honnête, tendre et sensible.”

Qui plus est, le film traite l’homosexualité avec une pudeur que l’on ne peut qu’apprécier. Voire adorer. La relation naissante entre les deux garçons échappe à tous les clichés auxquels on pouvait s’attendre. Le film ne fait pas dans le stéréotype et nous dispense de scènes un peu olé olé que n’importe qui d’autre aurait tenté de placer ici et là. Point important, Leonardo et Gabriel ne sont pas laissés là, errants dans l’intrigue du film. Pendant 95 minutes, nous les voyons évoluer avec leurs camarades et leurs proches. Des proches qui ont tous leur mot à dire. Sans pouvoir parler de film chorale, il faut bien reconnaître que les interactions entre les personnages sont tangibles. En particulier ces scènes où Leonardo s’énerve contre ses parents et dans lesquelles la VO vaut tout son pesant d’or.

Sur le plan technique, AU PREMIER REGARD s’avère tout aussi intéressant. La mise en scène est particulière, peu classique. Certains plans font appel à nos références culturelles, on apprécie les longs travellings à vélo, la récurrence de certaines scènes comme la grille de la maison de Leonardo. Et par-dessus tout, on aime le fait que les deux garçons soient montrés de face, de dos, de profil. AU PREMIER REGARD narre l’histoire d’amour entre deux garçons, mais n’oublie pas qu’il n’y a pas qu’eux sur terre, que quoi l’on en dise, ils sont regardés, observés. Que si leur amour ne regarde qu’eux, « les autres » les voient. Et en cela, la séquence finale peut être perçue comme parfaite à bien des égards. A l’instar de la photographie qui, reconnaissons-le, est très agréable. Les couleurs sont pâles. Ni dérangeantes, ni ternes. A l’image du film: pas d’excès, pas de trash, pas de neutralité pour autant. Les choses sont dites, les sentiments sont ressentis et affirmés, les actions sont filmées.

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De ce fait, il est possible de dire qu’AU PREMIER REGARD est un film honnête, tendre et sensible. Si l’on aurait attendu un effort supplémentaire sur la bande originale, cette petite erreur est rattrapée par le jeu des acteurs et le sponsoring à peine caché de Vans. En définitive, AU PREMIER REGARD est un très beau film à voir. Pas parce que l’on est homosexuel ou parce que l’on est un adolescent. Simplement parce que c’est rare de voir des films sur le sujet aussi réussis.

CASTING
Titre original : Hoje eu quero voltar sozinho
Réalisation : Daniel Ribeiro
Scénario : Daniel Ribeiro
Acteurs principaux : Ghilherme Lobo, Fabio Audi, Tess Amorim
Pays d’origine : Brésil
Sortie : 23 JUILLET 2014
Durée : 1h35mn
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Leonardo est aveugle. Sa mère le surprotège et il tente tant bien que mal de vivre de façon indépendante en s’inscrivant dans un programme d’échange international. Lorsque Gabriel, un nouvel étudiant, arrive dans sa classe, Leonardo éprouve une série d’émotions nouvelles qui le font remettre en question ses plans.
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