Amy Mitchell (Mila Kunis) est au bord de la crise de nerf. Mère de deux enfants, elle se démène pour lier vie professionnelle et vie familiale, adoptant une image de la perfection évidemment fausse, longtemps renvoyée par la société. Craquant sous la pression, mise notamment par Gwendoline, la présidente des parents d’élèves, Amy décide avec Carla et Kiki, ses deux nouvelles copines, de ne plus être là que pour les autres et de prendre enfin un peu de bon temps.

Devant le résumé de BAD MOMS, réalisé et écrit par les auteurs de Very Bad Trip, Jon Lucas et Scott Moore, on voyait bien vers quoi le film pouvait se diriger. Peut-être allait-il évoquer la difficulté d’être une mère célibataire qui doit aussi travailler. Car qui dit travail, dit garde des enfants, donc nécessité de gagner davantage, donc obligation de passer moins de temps avec. Un système qui se marche sur la tête. BAD MOMS pouvait également être un rappel que les femmes ne sont pas les seules à devoir s’occuper de leurs enfants, mais que les papas ont aussi cette responsabilité (et ils la prennent de plus en plus désormais). Enfin, le film avait de quoi poser des questions sur l’éducation. Etre un parent « parfait » ne veut pas dire rendre l’enfant totalement assisté et se soumettre à tous ses désirs. Mais en évoquant ces éléments de manière bien trop timide, BAD MOMS ne fait que renvoyer une image réductrice de la société, pleine de clichés, rendant le film difficilement regardable en 2016.

Photo du film BAD MOMS

Il y a clairement un sentiment mitigé qui se dégage de BAD MOMS. Si on se réjouit par exemple qu’Amy pousse enfin ses enfants à ne plus être des assistés, on reste affligé que ces derniers soient arrivés au stade où, au collège, ils ne sont pas capables de se servir un bol de céréales tout seul pour le petit déjeuner. Ou que jusque-là, « mère parfaite » signifiait pour Amy de faire les devoirs de son fils à sa place. Il en va de même avec cette image ridicule donnée à la gente masculine ET féminine. Ici les pères, à moins d’être veufs (et donc dans l’obligation d’être présents) sont inexistants ou des incapables. Les mères, elles, se comportent soit en castratrices soit en femmes soumises. Il y aurait bien une certaine forme de dénonciation qu’on pourrait tirer de ces caricatures. Encore faudrait-il que ses auteurs, qui disent avoir voulu « rendre hommage à leurs épouses qui triment toute la journée », considèrent vraiment tout cela comme des caricatures. Tout dans BAD MOMS vient alors provoquer un sentiment de rejet tant ces adultes apparaissent inaptes, provoquant un manque de sympathie envers ses personnages principaux. Il y a alors jusque dans la réalisation cette impression agaçante d’être face à un enfant mal élevé qui fait du bruit pour se faire remarquer.

« Bad Moms ne fait pas rire. Car non, dire « bite » toutes les deux phrases ou masturber une bouteille de vodka et la faire gicler sur ses partenaires, ce n’est pas drôle, c’est affligeant. »

En effet il se dégage de BAD MOMS autant une nuisance visuelle – image étrangement brillante dans les arrières-plans, utilisation d’un montage épileptique avec des ralentis et des accélérations pour donner un faux semblant de mise en scène – que sonore, dû à une sur-utilisation de musiques additionnelles (un nouveau morceau toutes les cinq minutes, quand il ne s’agit pas d’une comédie musicale, c’est lourd). Evidemment ce genre de film n’a que très rarement pour qualité première sa réalisation. Seulement dans BAD MOMS il s’agit clairement d’une exagération continue et dans tous les domaines qui rend le film indigeste. On aurait alors éventuellement pu passer outre ces éléments techniques et passer un bon moment si les promesses comiques avaient été respectées. Mais là encore, au-delà du fait que la drôlerie ne passe pas par l’image mais uniquement par les dialogues (trop souvent la comédie américaine ressemble à du théâtre filmé), BAD MOMS ne fait pas rire. Car non, dire « bite » toutes les deux phrases, ou masturber une bouteille de vodka et la faire gicler sur ses partenaires, ce n’est pas drôle, c’est affligeant. On touche là clairement au vulgaire. Un élément qui peut amuser s’il est maîtrisé. Des comédies comme 21 Jump Street, Nos Pires Voisins, ou Very Bad Trip parviennent à l’inclure dans des situations ridicules et grotesques. Ce qui n’est clairement pas le cas de BAD MOMS qui joue la facilité.

Photo du film BAD MOMS

Le film se contente alors des répliques de ses personnages secondaires tous stéréotypés. Et en dépit de toute la sympathie qu’on peut avoir pour ses interprètes, elles n’en restent que trop limitées. Kristen Bell interprète Kiki, la timide en manque de confiance. Kathryn Hahn est Carla et joue de manière semblable à Rebel Wilson dans la majorité de ses films (dernier en date Célibataire mode d’emploi) ; politiquement incorrecte et qui se fout de ce qu’on peut penser d’elle. Ne cherchant en aucun cas à aller en profondeur vers ces deux protagonistes, et pas beaucoup plus vers Amy (son héroïne), le film a vite fait de tourner en rond. Et ce n’est pas la romance débutée avec le « père d’élève canon » ni la rivalité grandissante avec Gwendoline qui apporteront quoi que ce soit d’intéressant. Il n’est pas étonnant devant ce manque flagrant d’originalité et d’humour véritable que les seuls à rire avec BAD MOMS soient les personnages qui s’amusent de leurs propres blagues. Une manière assez pathétique de nous signaler quand il faut rire. Jusqu’au bout BAD MOMS provoque ainsi un profond malaise et ne reste qu’un moment très gênant.

Pierre Siclier

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