Il ne faut pas s’arrêter à un a priori sulfureux à propos de BANG GANG sous prétexte que l’on y voit des adolescents de seize ans se balader nus et baiser comme des fous. Non, c’est bien plus complexe et subtil que cela. La réalisatrice , dont c’est le premier long-métrage, et que nous avons eu le plaisir d’interviewer après la projection, traite de la quête et du sentiment d’appartenance à un groupe, des difficultés à se faire accepter et les limites que l’on se pose à soi-même pour y parvenir.

C’est même une étude de psychologie sociale, presque anthropologique, qu’elle nous livre avec ce film dont elle est également scénariste, analysant de façon minutieuse chaque étape des différents facteurs d’appartenance et de conscience groupales.
Inspirée par un fait divers survenu en 1996 à propos d’ados tous atteints de syphilis dans une même ville, Eva Husson dresse le portrait de cinq adolescents dans une ville balnéaire de l’Atlantique, que nous voyons évoluer au sein de leur milieu familial, de leur lycée, entre eux, et confrontés à leurs propres sentiments. Une jeunesse du même style que celle entraperçue dans la scène d’ouverture du premier épisode de la saison 1 de la série The Leftovers, qui flirte volontairement avec le danger, repoussant les limites du raisonnable pour s’affranchir du monde des adultes à mille lieux de soupçonner ces jeux. Ennui, fêtes, drogue, alcool, sexe sont en effet bien plus attirants que le sentiment d’amour.

Nous avons craint un moment que les caractères brossés par la réalisatrice de ces adolescents désœuvrés et parfois laissés à eux-mêmes par leurs parents, soient un peu trop stéréotypés. Heureusement leurs traits sont suffisamment denses et nuancés pour parvenir à nous surprendre et à nous rappeler que nous avons sans aucun doute croisés -ou été- certains d’entre eux dans notre jeunesse.

Car BANG GANG a cette vertu puissante : tout en nous interrogeant avec notre regard d’adulte, il parvient à nous renvoyer à cette période de notre adolescence bancale, à cet entre-deux source de mal-être, à ce moment où le regard des autres a tant d’importance, à ce qu’il faut parfois accepter de faire, voire subir, pour plaire et être accepté pour ne pas rester seul. BANG GANG rappelle à quel point cette période d’excès, où tout prend des proportions absolues et définitives, peut être source de souffrance.

« BANG GANG est un film puissant, qui aborde avec audace les excès sexuels d’adolescents trop désœuvrés pour appartenir à un groupe. »

Sans détailler l’intrigue, sachez que vous rencontrerez George/, belle jeune fille amoureuse humiliée, consciente de son pouvoir de séduction, qui tentera en lançant ce jeu bravache de Bang Gang de reprendre le contrôle sur sa relation avec le tout puissant, presque dieu vivant, Alex/Finnegan Oldfield (auquel nous avons dédié un article). Ce dernier, séducteur libre et leader de ce groupe lié par les réseaux sociaux qu’anime le fidèle Nikita/Fred Hotier, séduira Laëticia/, la meilleure amie de George. Et enfin Gabriel/, tel l’Ange, le sauveur, si mature en raison de ses responsabilités familiales et seul conscient de la gravité de la situation.

Et comme dans tout groupe qui crée un sentiment d’appartenance et d’identité, il sera question de pouvoir, du rôle des réseaux sociaux et de la façon dont se créent et se maintiennent les liens, tel le partage de secrets ou l’exclusion de l’un des membres du groupe.

Photo du film BANG GANG (UNE HISTOIRE D'AMOUR MODERNE)

© Ad Vitam

Les acteurs sont tous de quasi inconnus sauf Finnegan Oldfield (vu récemment, avec un style plus discret, dans Les Cowboys et Ni le Ciel ni la Terre). Ils sont tous très justes avec une présence exceptionnelle. Mention spéciale pour Lorenzo Lefebvre, dont nous gageons le revoir très prochainement.

Porté par la musique énergisante de White Sea, BANG GANG est un film puissant qui aborde avec audace et originalité dans le contexte actuel de surexposition aux réseaux sociaux, les difficultés que peuvent avoir les adolescents et particulièrement les adolescentes, à faire état de leurs sentiments amoureux tout en assumant leur sexualité. Un genre de « Ni putes, ni soumises » modernisé en somme, que la réalisatrice ne destine pas aux seuls anciens adolescents devenus adultes, mais également aux adolescents d’aujourd’hui – de plus de 12 ans, car le film est interdit avant.

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

LES AUTRES SORTIES DU 13 JANVIER 2016
Carol, Creed, Bang Gang, Et ta soeur, A Second Chance, Le garçon et la bête, etc.
INFORMATIONS

Affiche du film BANG GANG (UNE HISTOIRE D'AMOUR MODERNE)


Titre original : Bang Gang
Réalisation : Eva Husson
Scénario : Eva Husson
Acteurs principaux : , Marylin Lima, Daisy Broom, Lorenzo Lefebvre
Pays d’origine : France
Sortie : 13 janvier 2016
Durée : 1h38min
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte Atlantique. George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente.

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