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LUE RUIN nous présente d’abord un personnage sans nom, Sans Domicile Fixe. Un clochard sans repères familiaux qui erre dans une Amérique en quelque sorte sublimée : dès les premières images, le contraste entre la solitude et l’abandon désespéré de ce personnage avec l’environnement estuaire impersonnel dans lequel il évolue, sont mis en avant ; par une photographie urbaine et sensible, un sens du cadrage plaçant le mystérieux personnage à sa marge, un silence ou plutôt une absence de mots qui met en exergue la gravité de cette réclusion.
On est d’emblée frappé par son regard, que l’on croise furtivement.
Dès les 5 premières minutes, la connexion est faite, le spectateur cherchera à résoudre à tous prix le mystère de cet homme.

Comme le titre l’indique, les couleurs et les matières auront une importance capitale. Le bleu donc, couleur évanescente de la voiture de notre vagabond, ruin, car c’est une véritable épave. Cette voiture est le symbole de la vie de Dwight, ce qu’elle a été, ce qu’elle n’est plus.
Notre premier contact avec le véhicule nous laisse croire qu’il s’agit d’un lieu de refuge aléatoire, suffisant pour se réchauffer sommairement, s’abriter du vent, rien de plus. Lorsque Dwight la démarre subitement après une nébuleuse révélation, on se dit que si l’engin est capable de se mouvoir, c’est qu’il possède une histoire unique. On commence à personnifier la voiture, à l’identifier à Dwight. A ce titre, les déplacements du véhicule, ses utilisations diverses révèlent beaucoup de choses.
On pourrait considérer BLUE RUIN comme un film symétrique sur la volonté d’un homme d’égaliser les choses, d’abord par la violence (rouge sang et ammo-métallique), puis avec l’intelligence de la raison.
Que s’est-il donc passé pour que ces personnages en arrivent à cette improbable spirale de violence?

© Wild Side Films-Le Pacte

© Wild Side Films-Le Pacte

Le film révèlera au compte goutte les informations menant à envisager le drame dans son intégralité.
Et le spectateur est intégré au processus de décryptage par la fugacité et la parcimonie avec lesquelles les données scénaristiques sont dévoilées.
On pense beaucoup au Shotgun Stories de Jeff Nichols (Mud, Take Shelter), pour l’ampleur shakespearienne des répercussion d’un acte trivial, son influence sur la vie et la mort d’hommes et femmes extérieurs à la situation initiale.
Le réalisateur parvient à provoquer une ambiance étrange ou plusieurs sentiments sont subtilement mixés : stress, angoisse, tristesse, pitié, empathie, tendresse, ironie, humour.

”BLUE RUIN est une merveille discrète, un film complexe, sensible et violent porté par un réalisateur et un acteur talentueux que l’on à hâte de revoir”

La mise en scène du réalisateur est en cela exemplaire. Elle alterne moments durs et moments doux, révélations et introspections, suspens et relâchement, avec un rythme plus que soutenu mais maîtrisé, qui prend toujours le temps d’installer un personnage par l’ambiance dans lequel il évolue, pour mieux le confronter à la cruauté des autres ou à lui même.
Comme dans un jeu vidéo, la variété des environnement et des situations apporte beaucoup au sentiment de dépaysement provoqué par le film.
Ce sens du découpage provoque un contre-temps constant, qui au delà de surprendre le spectateur et de dynamiser les scènes d’actions, s’applique également à la psychologie de personnages décidément marqués par la vie.

Enfin, Macon Blair, révélation du film, est impeccable. Il possède ce regard hébêté mais lucide, qui donne à son personnage cette intelligence instinctive qui le pousse à chercher son échappatoire dans une solution étrangement désespérée.
BLUE RUIN est une merveille discrète, un film sensible et violent porté par un réalisateur et un acteur talentueux que l’on à hâte de revoir.

Deux extraits du films, disponibles ICI
Des places pour voir le film en salles à partir du 09 juillet sont à gagner ICI

CASTING
Titre original : Blue Ruin
Réalisation : Jeremy Saulnier
Scénario : Jeremy Saulnier
Acteurs principaux : Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie :9 juillet 2014
Durée : 1h32min
Distributeur : The Jokers / Le Pacte
Synopsis : un vagabond solitaire quitte son isolement réclusif pour s’enfermer dans une spirale vengeresse
BANDE-ANNONCE

Deux extraits du films, disponibles ICI