Le « happy end » du deuxième volet nous a fait croire que nous n’aurions plus jamais affaire aux frasques sentimentales de Bridget Jones. Et pourtant, douze ans plus tard, la célibataire la plus connue du cinéma (et des romans d’ !) s’évertue une nouvelle fois à nous raconter ses mésaventures amoureuses. Mais voilà, comme souvent après tant d’années écoulées, il y a de quoi être sceptique. Car BRIDGET JONES, c’est carrément du passé. Et rien qu’à (re)voir la suite – l’Age De Raison, de Beeban Kidron – on a de quoi affirmer qu’on a déjà bien fait le tour du concept.
Le casting de ce nouvel épisode rend également perplexe : certes reprend le rôle titre, certes retrouve l’élégante timidité de Mark Darcy… mais il manque le regard coquin d’un qui a refusé de participer. L’occasion de créer un nouveau personnage, celui d’un milliardaire ayant fait fortune dans les sites de compatibilité amoureuse, incarné par le non moins craquant .
Le synopsis nous ferait sortir la formule du « on prend PRESQUE les mêmes, et on recommence » : redevenue célibataire, Bridget Jones craque pour un bel inconnu fort charmant (Dempsey) et son ex (Firth). La nouveauté dans l’histoire, elle tombe enceinte mais… ne sait pas qui est le père. Si cela semble un peu rengaine et ronflant, savoir que la réalisatrice du premier volet (réussi) revient peut nous faire espérer d’un résultat finalement pas si mauvais que cela.

Photo du film BRIDGET JONES BABY

© , Studio Canal,

Effectivement, on ne peut pas dire que soit du réchauffé complet, mais plutôt une continuité maligne. Malgré le fait que notre héroïne redevienne une fois de plus célibataire, on ne repart pas complètement à zéro, mais l’on suit plutôt une évolution. On prend en compte que le personnage vieillit et qu’il a changé physiquement, qu’il s’est passé des choses inattendues entre temps, et que nous entrons dans une nouvelle étape (et peut-être pas la dernière) de cette vie sentimentale tourmentée.

Ainsi, en plus de garder à bien des égards l’esprit des deux premiers opus de la décennie passée, BRIDGET JONES BABY évite de rester complètement enfermé dans cette atmosphère très 2000’s en s’inscrivant dans les mouvances et les mentalités de 2016. En jouant sur les contrastes de la célibataire de plus de quarante ans qui a un peu de mal avec les nouvelles coutumes des personnes plus jeunes qu’elle, on évoque le sexe décomplexé, les sites de rencontre (Tinder !) ou de compatibilité, ce besoin de consommer le plus possible, mais aussi les façons très contemporaines de faire ou de parler. Plutôt un mélange qu’un conflit de générations, on y retrouve aussi bien le fameux All By Myself de Céline Dion que le Fuck You de Lily Allen. Ou encore, la conception traditionnelle de la famille en fusion avec les aspirations actuelles. En ce sens, le film arrive à capter deux publics : celui de la première heure qui retrouve une Bridget égale à elle-même, et celui d’aujourd’hui qui ne se sentira pas exclu du game.

Photo du film BRIDGET JONES BABY

© Universal Studios, Studio Canal, Miramax

Ainsi, la mère et la fille pourront sans hésitation se programmer une petite séance cinéma devant ce film… Car il faut bien l’admettre, le ton de BRIDGET JONES BABY reste très girly, jouant sur les problèmes et les remises en question typiques (et clichés ?) de la gente féminine, ainsi que sur ses fantasmes et ses complexités. Mais surtout, il s’attarde sur les relations avec les hommes, et tous les tracas que cela comporte… notamment quand ils sont parfaits mais différents, qu’il faut faire un choix, qu’il faut difficilement gérer la situation lorsqu’ils ont tendance à s’emballer trop vite. Bref, des thèmes finalement récurrents dans cette saga.

”La touche de ridicule et de rocambolesque retrouve sa place dans tout ce romantisme-guimauve qui, lui aussi, n’a pas raté l’occasion pour revenir en force.”

Bien que certains gags rappellent quelques passages des films précédents, un bon nombre de situations nouvelles se révèlent drolissimes. De jolies trouvailles apparaissent pour nous faire éclater de rire, à commencer par les répliques (notamment celles d’une particulièrement cinglante et cynique). Et puis, BRIDGET JONES oblige, ce troisième opus a forcément son lot de moments gênants mais marrants. La touche de ridicule et de rocambolesque retrouve donc sa place dans tout ce romantisme-guimauve qui, lui aussi, n’a pas raté l’occasion pour revenir en force.

Photo du film BRIDGET JONES BABY

© Universal Studios, Studio Canal, Miramax

BRIDGET JONES BABY reste néanmoins ce genre de film où l’on donne à voir ce que le spectateur veut voir. Le film aurait d’ailleurs pu être beaucoup plus court ou carrément pu n’avoir jamais existé, mais il trouve sa légitimité dans l’anéantissement de tout ce qui avait été bâti dans les deux premiers volets. Il joue alors, pendant deux heures, avec les craintes et les appréhensions du public qui aura quand même la fin qu’il souhaite.

L’attachement aux personnages est par ailleurs si fort que l’on se moque de savoir si c’est un bon ou mauvais film : on accroche ou pas, c’est tout. Le plus important, c’est de savoir ce que eux, vont devenir. D’ailleurs, c’est en partie pour cela que la présence de Hugh Grant manque, même si l’on fait quelques références malicieuses par-ci par-là tout au long du film. Son personnage à la place de celui de Patrick Dempsey aurait eu une portée beaucoup plus efficace et touchante, notamment lorsqu’il s’agissait d’évoquer la paternité et l’envie de se caser pour de bon. Quant au célèbre Mark Darcy de Colin Firth, il tombe dans l’excès de ce qu’il était. Auparavant introverti et sensible jusqu’à nous faire de la peine, il devient ici froid, coincé et imperturbable… comme s’il était devenu un véritable Kingsman.

Malgré tout, on ne peut s’empêcher d’afficher un sourire béat lors des cinq dernières minutes. Le final offre, en effet, une très jolie conclusion à ce conte de fée contemporain qui va encore faire craquer ceux qui croient en l’existence des belles et grandes histoires d’amour. C’est donc un retour réussi pour notre Bridget qui, espérons-le quand même pour elle !, n’aura pas à réapparaitre une quatrième fois…

Yohann Sed

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