Après L’Irlandais (2011), très bon film à l’humour noir ravageur, déjà porté par Brendan Gleeson (Harry Potter, Bons Baisers de Bruges), le réalisateur John Michael McDonagh reste fidèle à son style avec CAVALRY . Il laisse néanmoins davantage de côté l’humour, bien que toujours présent, pour se concentrer sur l’aspect dramatique. Il offre aussi à Brendan Gleeson un rôle qui diffère de celui qu’il avait dans L’Irlandais. Après avoir endossé le costume d’un policier enragé dans ce dernier film, c’est désormais dans la peau d’un prêtre en soutane noire qu’on le retrouve. Un personnage foncièrement bon et compatissant qui subit les scandales de son institution. L’interprétation de Gleeson est toujours impeccable dans ce thriller dramatique construit de manière surprenante, où le crime est annoncé avant d’être commis et où la morale est mise en avant.

Au cœur d’un petit village en Irlande, le père James (Brendan Gleeson) écoute la confession d’un homme. Ce dernier est en colère contre l’église. Il a été agressé sexuellement par un prêtre dans sa jeunesse. Pour se venger, il veut assassiner un « bon prêtre ». Il annonce au père James qu’il sera sa victime dans exactement sept jours.

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Avec une première scène remarquable par sa mise en scène d’une grande simplicité tout en étant extrêmement intelligente, le choix de John Michael McDonagh est clair. Le spectateur devra gérer la situation comme le prêtre et ressentira la même angoisse à l’approche du jour fatidique. Comme lui, on est isolé dans le confessionnal où a lieu la révélation. Comme lui, on ne verra jamais le futur meurtrier, resté hors-champ. Et comme lui, on soupçonnera tous les protagonistes qui croiseront son chemin. Une situation qui n’est pas sans rappeler La Loi du silence (1953) d’Alfred Hitchcock. Dans ce film un meurtre était également révélé durant une confession. Cependant le prêtre ayant pris connaissance des faits, il en devenait le principal suspect. Dans les deux cas, le prêtre étant soumis au secret de la confession, il doit gérer seul ce terrible secret.
Dans CAVALRY le futur meurtrier a été précis dans ses instructions. Le père James devra se rendre dans exactement sept jours sur la plage pour recevoir sa sentence. Le fait de connaître à l’avance l’attaque rend la situation terrifiante. Cependant ici le but n’est pas de partir directement à la recherche du tueur. Pour sa dernière semaine, le père James poursuit sa mission et va être confronté aux gens du village. Par l’agressivité constante envers James et l’église qu’il représente, chacun apparaît en possible suspect. Il y a le Dr Frank Harte (Aidan Gillen), un athée hédoniste qui méprise la religion. Ou bien Simon (Isaach de Bankolé), le garagiste qui n’apprécie pas que le prêtre se mêle de sa relation avec Veronica (Orla O’Rourke), la femme infidèle du boucher. Elle, expose sans honte sa relation pour défier James. Malgré cela ce dernier continue d’être à l’écoute. Il subit les violences quotidiennes en raison de son statut, les moqueries et les insultes. Dans une atmosphère de plus en plus inquiétante, il tente de poursuivre sa vocation qu’il a suivi à la mort de sa femme, et est soumis à de nombreux questionnements sur le monde, sur la foi moderne et sur lui-même.

”Brendan Gleeson incarne magistralement un héros vertueux qui bouleverse les habitudes du thriller”

Dans ce monde monstrueux empli de fidèles imparfaits et face au cynisme qui l’entoure, le prêtre n’abandonne pas pour autant. Il incarne un héros d’une grande bonté, aux valeurs oubliées par certains, comme la bienveillance, le pardon et l’humilité. Chose de plus en plus rare aujourd’hui, il aspire à tendre vers l’espoir qu’il y aura des jours meilleurs. Cela se verra lors de la venue de sa fille Fiona (la toujours aussi charmante Kelly Reilly) qui essaie de faire un point sur sa propre vie. Le lien qu’il y a entre ce père et sa fille est touchant. Leurs conversations et leurs promenades le long des plaines vertes d’Irlande au bord de mer (magnifiques décors naturels) sur lesquelles vient se fondre le manteau également vert de Fiona, sont les symboles de l’espoir et de la vie. Des scènes qui contraste avec l’atmosphère pesante qui règne autour des paroissiens.
Cette atmosphère on la ressent également par la gestion du temps dans le film qui devient essentielle. Pour nous maintenir sous tension le réalisateur utilise des plans rapides, des inserts qui permettent de rappeler ce qui attend le prêtre. Il y a par exemple l’indication des jours de la semaine à chaque changement de journée. L’intrigue ne s’arrête jamais, pas de retour en arrière pour permettre d’inclure une pause dans le temps. Quelques détails nous forcent aussi à rester aux aguets, comme un plan rapide sur un fusil qu’on recharge. Le danger est omniprésent et on ne peut qu’attendre jusqu’à la confrontation pour en connaître son dénouement.

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En donnant cette vision d’un monde qui ne croit plus en rien et qui se complait dans la négativité le film est d’une incroyable justesse. A la fois terrible et merveilleux.
Emmené par une distribution de premier choix (Chris O’Dowd, Aidan Gilen, Dylan Moran), jusque dans les plus petits seconds rôles (apparition de Marie-Josée Croze) CAVALRY est une belle réussite. De son côté Brendan Gleeson incarne magistralement un héros vertueux qui bouleverse les habitudes du thriller, porté plus généralement par un antihéros. On suit son calvaire, on ressent sa colère et ses doutes et on finit avec une quantité de remises en question.

Les autres films sortis le 26 novembre 2014

CASTING
Titre original : Calvary
Réalisation : John Michael McDonagh
Scénario : John Michael McDonagh
Acteurs principaux : Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Aidan Gillen, Dylan Moran, Marie-Josée Croze
Pays d’origine : Irlande
Sortie : 26 Novembre 2014
Durée : 1h45mn
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Synopsis : La vie du père James est brusquement bouleversée par la confession d’un mystérieux membre de sa paroisse, qui menace de le tuer. Alors qu’il s’efforce de continuer à s’occuper de sa fille et d’aider ses paroissiens à résoudre leurs problèmes, le prêtre sent l’étau se refermer inexorablement sur lui, sans savoir s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend…
BANDE-ANNONCE
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[Critique] Calvary

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