Photo du film CASSE-TÊTE CHINOIS
Le plus pénible dans une critique, quelque soit sa longueur, pour moi, c’est l’introduction. Si je trouve l’idée qu’il me faut, s’ensuit alors une chronique rédigée en un trait sans souci. Mais là, lorsque l’idée manque ou que l’on en a une mais qui est extrêmement longue et compliquée par la multiplicité des détails qu’elle intègre, on bute. Car je vous raconterais bien l’intéressant et long débat au sujet de la longueur du cou de Romain Duris que j’entretiens depuis trois années avec une copine, mais bon, j’ai un doute quant à l’utilité de cette anecdote. Encore plus quant à l’intérêt que vous y porteriez. Me trompe-je ?

Alors esquivons brillamment cette fastidieuse et pourtant nécessaire tâche et mettons nous d’accord pour nous lancer dans la critique de ce film où Romain Duris tient le rôle titre. On le retrouve en effet dans le rôle de Xavier qu’il a interprété dans L’AUBERGE ESPAGNOLE puis LES POUPÉES RUSSES. Il a désormais quarante ans, et oui, sa vie est toujours bordélique.

Cédric Klapisch nous sert la même recette qui fonctionne depuis onze ans. Une chronique parfaite d’une tranche de vie qui saisit un moment, une ambiance. Il pousse le détail jusque dans son montage qui accompagne le reflet d’une époque mis en exergue grâce à une réalisation à la fois touchante, énergique et originale. On reconnaît alors tout le cinéma de Klapisch et ce style si caractéristique (aussi bien rythmique que de mise en scène) qui donne finalement une cohérence magnétique à cette trilogie. Il déclarait en interview : « Le plus beau compliment que l’on m’ait fait venait d’un cadreur sur le tournage. Il m’a dit qu’il redécouvrait sa ville au travers de ma manière de filmer. »
Le réalisateur en effet sublime New-York et ne la filme pas comme un New-Yorkais. On a l’impression de découvrir une nouvelle ville que l’on a pourtant l’impression de connaître après tant d’années. Comme l’Espagne ou la Russie, Cédric Klapisch arrive à magnifier un endroit et l’intégrer parfaitement à son histoire : ici, on trouve un cadre moderne, original et unique, comme l’univers de ses personnages.

Photo du film CASSE-TÊTE CHINOIS

Un magnifique bordel dopé à la vie. Un shoot de vitalité délicieux coupé à l’humour diversifié et sans faute.

Ses personnages justement, il les aime toujours autant. Et c’est alors un grand plaisir de les retrouver. Centré sur Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France et Kelly Reilly, le film ne présente plus les autres personnages nombreux. Cependant, ce choix confère une densité plus forte à l’histoire. Et cette histoire là et ce volet là, sont irrésistibles. Romain Duris prouve en effet encore une fois tout le talent qui est le sien. Parfait tout du long, on ne peut que sourire lorsqu’il rigole, être triste lorsqu’il pleure. Il emmène toujours le film avec toute sa force et son énergie. De plus en plus à l’aise dans le costume de Xavier, sa prestation est donc sans faille. Audrey Tautou et Cécile de France n’ont bien entendu pas à rougir ! Leurs présences dynamitent le film aux rythmes de leurs apparitions.

L’histoire se fait plus intime autour de quelques personnages mais n’en déploie pas moins de thèmes abordés. Klapisch nous livre en effet un magnifique bordel dopé à la vie. Un shoot de vitalité délicieux coupé à l’humour diversifié et sans faute. On croisera en effet Hegel et Schopenhauer tout en côtoyant des répliques comme « Mais ça c’est ma bite Martine. ». Et le film réussit son pari en étant à la fois drôle et touchant. Cet opus consacre en effet une bonne partie de son propos à la recherche du bonheur et à la filiation. Sans tombé dans le drame poignant, Klapisch réussit en effet à lancer quelques pistes de sujet sérieux : divorce, relation père-fils, don de sperme…

Cette notion de filiation est alors retrouvé dans cet épisode grâce à une réalisation pleine de clins d’œils. On retrouve en effet des scènes calqués sur L’AUBERGE ESPAGNOLE : canapé, réveil du matin, quiproquo et course contre la montre. Cédric Klapisch sait prendre en compte le don des ancêtres pour jouer avec l’héritage. Sans se regarder non plus, il sait mettre la dose nécessaire de déjà-vu afin d’appuyer toujours son propos de vie continuellement discontinue.

On nage en eaux-connues mais ce n’est pas un problème. Lorsque l’on retrouve une recette qui nous plait, on dévore le plat et lèche l’assiette. Surtout lorsque la denrée est toujours accompagnée par un sens aigu de la mise en scène et des musiques toujours aussi soignées. Mais plus objectivement, même sans entrer dans le concept de la trilogie, le film reste une œuvre à part entière tout à fait lisible pour le profane. Certes, quelques gags références manqueront, mais l’appréciation du film n’en souffrira pas. Cédric Klapisch a en effet su éviter de se prendre à son propre piège et a su réaliser alors un film qui peut exister par lui-même.

Force est de constater alors qu’on est face à un très bon film.
Et que Romain Duris n’a pas un long cou.

NOTE DE L’AUTEUR
[rating:9/10]

Affiche du film CASSE-TÊTE CHINOIS

Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes.

La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

Titre original : Casse-tête chinois
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Acteurs principaux : Romain Duris, Audrey Tautou, Kelly Reilly, Cécile De France
Pays d’origine : France
Sortie : 4 Décembre 2013
Durée : 1h54mn
Distributeur : StudioCanal
Bande-Annonce :

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