« Tu es tellement doué Paul…mais parfois tes personnages n’expriment rien ». Cette réplique solennelle d’Émile Zola à Paul Cézanne révèle parfaitement le paradoxe fondamental sur lequel repose . Sur le papier c’est un projet d’une belle envergure : deux biopics en un, deux grandes figures de la culture française, la reconstitution du XIXe siècle, le conte d’une amitié de toute une vie, des amours, et toute l’histoire de L’art avec un grand H et un grand A en toile de fond ! Tout cela valait donc bien un casting prestigieux, de la comédie française et , acteur, scénariste et réalisateur qu’on ne présente plus. Malheureusement, pour CÉZANNE ET MOI le constat est extrêmement amère. aura vu grand, trop grand et elle rate son film faute d’avoir su le canaliser et de le pourvoir de l’essentiel : une histoire.

Photo du film CÉZANNE ET MOI

© Pathé Distribution

Impossible à pitcher, CÉZANNE ET MOI se fourvoie radicalement sur ce qu’il est. Bien loin de son ambition de retracer une amitié entre deux hommes, deux artistes, ou même d’en brosser un portrait biographique, le film se perd dès le départ dans une absence totale de scénario (entendre par là une intrigue, un enjeux, un intérêt quelconque). Au programme pendant 1h 50, un imbroglio de séquences inextricables entre Aix en Provence et Paris où l’on se perd à force d’essayer de compter le nombre de cheveux qu’il reste à Guillaume Gallienne pour situer si nous sommes dans le passé lointain, le passé moins lointain ou le présent…

De toute manière, dès la première demie-heure, force est de constater que nos efforts sont vains puisque finalement l’époque importe peu. De la prime jeunesse à l’orée de la mort, les personnages de CÉZANNE ET MOI n’auront pas bougé d’un iota ; hier, avant hier ou aujourd’hui… On décroche ! Danièle Thompson n’aura décliné qu’un seul et même trait de personnalité de Zola et son ami, et répété indéfiniment la même discussion dans les mêmes prérogatives, et ce dans toutes les scènes. Ainsi, l’engueulade d’il y a 30 ans est la même qu’aujourd’hui, la voix un peu plus chevrotante seulement.

« Le problème de Danièle Thompson dans Cézanne et Moi semble de n’avoir su choisir un angle, ou plus précisément de ne pas avoir su renoncer aux autres. »

On est pourtant en droit d’attendre de la part d’un grand film historique comme celui-ci, des personnages, des nuances, une évolution, un portrait psychologique un tantinet travaillé. Mais ici la réalisatrice n’a pas su le faire, et cette impasse est désastreuse. Les héros souffrent terriblement de leur monochromie et d’une absence de dynamique. Résultat, on ne s’attache à personne et on sombre dans l’indifférence la plus totale.

CÉZANNE ET MOI semble avoir misé sur l’écriture des dialogues qui se veulent pointus, précis et théâtraux. Mais là encore l’ambition est démesurée et enfonce le film au lieu de le sauver. On ne comprend rien, on se perd une fois de plus dans une logorrhée tout ce qu’il y a de plus factice. Les personnages ne se parlent jamais, ils déclament, s’affrontent et discourent. On assiste à presque deux heures de digressions imbuvables et surjouées par des comédiens qui embrassent leurs rôles avec passion et un investissement que la réalisatrice pourra amplement saluer, mais qui brassent de l’air. Aussi vaillant et talentueux qu’ils soient, les acteurs ne pourront jamais pallier à des personnages mal écrits, une absence d’histoire et de direction.

Photo du film CÉZANNE ET MOI

© Pathé Distribution

Le problème de Danièle Thompson dans ce film semble de n’avoir su choisir un angle, ou plus précisément de ne pas avoir su renoncer aux autres. Elle a voulu tout traiter avec comme postulat l’amitié de deux artistes, mais par excès de zèle (peut-être), et d’ambition (surement), elle s’est éparpillé et est passée à coté de l’essentiel : la matière psychologique et l’intrigue. Le comble de CÉZANNE ET MOI est qu’il jouit d’une belle production, les décors sont superbes, les costumes grandioses et la lumière et l’image sont chiadées et en cela il est très inconfortable pour le spectateur de ressentir l’ennui qui l’écrase car il génère un malaise. Il y quelque chose de révoltant d’être face à tant de possibilités scénaristiques, dans des conditions de productions idéales et de n’en tirer qu’un résultat aussi en deçà de tout ce qu’on aurait pu imaginer.

Émile Zola ou Paul Cézanne avaient à eux deux de quoi offrir des biopics passionnants, mais personnages trop gros ou projet trop grand pour Danièle Thompson, le destin de ces deux artistes paraît tristement insignifiant dans CÉZANNE ET MOI.

Sarah Benzazon

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Nathalie
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Nathalie

L’angle par lequel D Thomson veut que nous voyons ces artistes n’est pas recherché, ni fouillé historiquement.
On dirait qu’elle relate les rumeurs de rue de l’époque à propos de Cézanne et Zola et non la construction d’une grande et forte amitié entre ces deux amis.
A tel point que même les sites qui sont filmés ne représentent que la vie… de nos jours! avec un barrage de Bimont qui n’était même pas construit du temps de ces artistes!!!!
Trés déçue, heureusement que les acteurs sont excellents,

Pierre-Yves Detrey
Invité
Pierre-Yves Detrey

Absolument faut… Il ne s’agit pas du Barrage de Bimont mais du barrage Zola mis en service en 1854 et dont l’architecte n’est autre que François Zola, père d’Emile…

http://www.as-tu-vu.com/aix-en-provence/sainte-victoire/barrage.html

garnier
Invité
garnier

j’ai adoré ce film et je ne comprends pas la sévérité des critiques. On se laisse emporter par la magie des paysages, le talent des acteurs et les tourments de ces deux grands artistes. je ne regrette pas de l’avoir vu et la salle état pleine!

salome
Invité
salome

je suis totalement d’accord , c’est un film magnifique qui nous apprend beucoup

Jean RAAB
Invité
Jean RAAB

Je regrette aussi que la réalisatrice n’ai pas veillé à l’élocution de ses acteurs ! Pour un film où les dialogues sont primordiaux, il est dommage de ne pas pouvoir comprendre un tas de mots ou de phrases.
Je dirais que c’est un défaut de plus en plus courant et qui nuit aux auditeurs, qu’ils soient devant leur poste de télévision, au théâtre ou au cinéma ! Tout le monde n’est pas Jean Piat ou Patrice Luchini mais les leçons qu’ils ont reçus devraient leur être données

Jean Raab
92400 Courbevoie

Alain Kritchmar
Invité
Alain Kritchmar

Beaux paysages, bons acteurs, mais scènes répétitives, on à l’impression de voir et de revoir durant tout le film les mêmes discussions : les mêmes doutes et les mêmes interrogations. Cela ne suffit pas à faire un bon film, Daniel Thomson s’est perdue, égarée dans quelque chose qu’elle n’a pas l’habitude de faire, excellente en comédie, elle trouve ici ses limites, dommage on pouvait faire mieux sur cette histoire
Alain
94100 Saint-Maur-des-Fossés

Didier
Invité
Didier

Je suis malheureusement d’accord avec la critique de Sarah Benzazon, film avec des scènes répétitives, ou l’excellent jeux d’acteurs du des deux Guillaume ne peut sauver les 1h58 de film qui honnêtement avec le contenu du film ne méritait qu’a peine une heure, au bout d’une heure on commence à regarder sa montre et se demander pour combien de temps encore il y a en avant la fin. On en retire rien de la vie ni de Zola ni de Cezanne, les aller et venue entre Zola et Cezanne sont effectivement toujours les mêmes quoi que soit leurs ages respectifs. nous avons été très déçu avec ma femme, peut être en attendions nous beaucoup plus. Il y a des films ou on se dit souvent ce type de fil on peut attendre son passage sur petit écran, celui ci nous regrettons de ne pas avoir attendu, Désolé.
Didier 86000 Poitiers