Matko le gitan, qui vit au bord du Danube de petits trafics avec les Russes, a besoin d’argent pour réaliser un coup important. Il demande à Grga Pitic, parrain de la communauté gitane et vieil ami de la famille, de le financer. Grga accepte, mais Matko n’est pas à la hauteur et se fait doubler par le dangereux Dadan. Pour solder sa dette, Dadan lui propose de marier son fils Zare à Ladybird, sa minuscule soeur cadette. Mais Zare en aime une autre, la blonde Ida. Le mariage a lieu. La mariée profite d’un moment d’inattention et s’enfuit.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de sortie : 30 septembre 1998
Réalisé par Emir Kusturica
Film yougoslave/allemand/français
Avec Bajram Severdzan, Srdjan Todorovic, Branka Katic, Florijan Ajdini
Durée : 2h07min
Titre original : Crna macka, beli macor
Bande-Annonce :

Enfant de Sarajevo, ce serbe d’âme et de cœur (en 2005, il se fait baptiser dans une église orthodoxe serbe pour réaffirmer ses racines), est gradué de la prestigieuse Académie des Beaux-arts de Prague. D’un tempérament balkanique extraverti, Emir Kusturica aime dépeindre la communauté tzigane qu’il a côtoyée dans son enfance et une partie de son adolescence. Proclamé cinéaste de l’intrigue mafieuse burlesque, il n’en demeure pas moins un témoin privilégié des conflits qui ont divisé l’ex Yougoslavie, période douloureuse qui influença sa vision artistique et son mode de fonctionnement. Lorsqu’il provoque en duel, dans les rues de Belgrade, le Leader du Parti radical serbe SRS (mouvement ultranationaliste) Vojislav Seselj, ce dernier refuse la confrontation pour ne pas ériger Kusturica au même rang que Pouchkine. Underground (1995) reste à ce jour l’œuvre qui marque au fer rouge le parcours ontologique du réalisateur, film très controversé à sa sortie, et récompensé par la Palme d’Or à Cannes en 1995. Cette satire déballe avec virulence les tissus de mensonges qui ont gangréné la Yougoslavie communiste, et la critique binaire qui s’en est dégagée à l’époque – les pours et les contres – illustre toutes les difficultés de traiter un sujet aussi sensible au cinéma. Récipiendaire d’une autre Palme d’Or pour son ‘Papa est en Voyage d’Affaires’ (1985) – seuls cinq réalisateurs peuvent se targuer d’avoir obtenu deux Palmes à Cannes – Emir Kusturica peut se considérer, de par son exubérance, comme le digne successeur d’un Federico Fellini.

Chat Noir Chat Blanc’ nous immerge dans cette culture tzigane ancrée dans les racines séculaires de la saga familiale. L’impression d’avoir déjà croisé ces personnages déjantés, dans Underground ou Le Temps des Gitans, est tangible tant les similitudes sont avérées et volontaires. Les facies, outrageusement caricaturaux, matraquent de leur gimmick notre sensibilité de spectateur, sans jamais transgresser la frontière de l’inacceptable. Le plus exubérant de tous, Dadan (Srdan Todorovic) le narcotrafiquant maniaco-dépressif, focalise véritablement tous les regards. Son rôle ressuscite les ‘bouffons’ qui divertissaient la Cour.

Mélange d’intrigue amoureuse, mafieuse et communautaire, les chassés-croisés abondent sans pour autant laisser le fil scénaristique se détricoter. Les historiettes sont soudées entre elles par ce ciment tribal si caractéristique à la communauté tzigane, le clan possède ses règles, et le tout fonctionne en vase clos. Emir Kusturica dissémine tous les ingrédients avec une grossièreté parfois exagérée, mais le politiquement correct ne fait pas partie de son langage. L’épisode de la mort de Zarije traduit le difficile compromis entre les traditions séculaires et une certaine modernité des comportements d’une jeunesse en quête de liberté qui se désolidarise du code instauré par la tribu. Le traitement est à la fois délirant, subversif et in fine rédhibitoire. Le conflit intergénérationnel (Zare-Matko-Zarije) constitue en somme l’élément clé de cet imbroglio au style pompeusement baroque et déroutant. La cérémonie de mariage est un parangon de l’exubérance kusturicienne, une bacchanale postmoderniste qui accentue cette fragilisation des identités collectives et individuelles.

Film largement inspiré d’une bande dessinée italienne célèbre en Yougoslavie dans les années 80 (Alan Ford), Emir Kusturica rend également hommage à sa profession, comme à Billy Wilder lorsque Ida déclame auprès de son Zare maladroit un ‘Kiss me, stupid’, référence aux comédies cyniques des années 50. Délesté de son compositeur fétiche Goran Bregovic (Underground fut leur dernière collaboration), la bande originale est une synthèse de musique traditionnelle et de sons plus hispaniques, une ‘world music’ qui renforce cette obsession de liberté qu’Emir Kusturica a voulu imprimer tout au long de cette pantalonnade.

Il n’y a point de génie sans un grain de folieAristote. Avec ‘Chat Noir Chat Blanc’, Emir Kusturica vous ouvre les portes d’un univers magique où seules les facéties et les bouffonneries ont le droit de régner. Le rythme trépidant de ce méli-mélo savamment orchestré vous transporte dans un tourbillon hallucinatoire rarement égalé. A tous les cafardeux qui peuplent nos villes et nos campagnes: inoculez ces 127 minutes d’onirisme cinéphilique, elles sont votre panacée…

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David
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David

excellente critique,
que pensez vous du titre et du motif chat noir chat blanc qui parsème le film ?

[critique] Chat Noir, Chat Blanc

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