Nous aimons au Blog du Cinéma la phrase de Robert Redford“Un bon film, c’est une bonne histoire, des personnages et des émotions”. Ces critères sont très largement remplis pour CHOCOLAT, quatrième réalisation de Roschdy Zem après BodyBuilder, Omar m’a tuer et Mauvaise Foi. L’histoire, inspirée de la réalité, est celle du premier clown noir en France au tout début du XXème siècle, retraçant son succès et sa déchéance. Les personnages, ce sont Rafaël Padilla, dit Chocolat (Omar Sy), et Footit (James Thiérée), l’autre moitié de son duo. Quant aux émotions, ce sont celles procurées par le parcours, la transformation et les rencontres de Chocolat tout au long du film.

CHOCOLAT se passe dans le monde du cirque et a ceci de magique qu’il nous ramène à notre âme d’enfant innocent, dont les yeux brillaient et le cœur riait à la vision des clowns. Mais il nous embarque bien au-delà de cette couche de paillettes. Il nous donne à voir, de façon romanesque, un envers du décor parfois proche des égouts et de la misère. Tel un tour sur la piste de cirque, dans une musique joyeuse et omniprésente, nous faisons connaissance avec Rafaël Padilla sous son premier nom de scène : Kananga. Il est alors grimé comme un sauvage et son rôle consiste surtout à faire peur dans le cirque de Monsieur Delvaux (le délicieux Frédéric Pierrot). Le réalisateur a pris le parti de nous faire partager la vie en communauté, les roulottes, les auditions des artistes, les jalousies et les négociations de marchand de tapis pour toucher un maigre salaire.

Photo du film CHOCOLAT

© Gaumont Distribution

Footit observe ce grand gars et lui propose une association de clowns. Monstre de travail visionnaire et ambitieux, il lui apprend à bouger, à recevoir des baffes et des coups de pieds au cul. A faire rire en somme. Leur numéro révolutionnaire de duettistes est remarqué par le directeur Oller (le toujours juste Olivier Gourmet) du Palais des Pantomimes à Paris. Si leur ascension est vertigineuse, l’appréhension qu’en ont nos deux héros est bien différente. Footit est décrit comme un triste sire exigeant au travail, conscient d’un haut de l’affiche éphémère, ne s’amusant que sur scène. Chocolat découvre l’argent et les plaisirs de la vie qui vont avec : les femmes, la mode, les voitures, le jeu. Telle une chrysalide devenue papillon et qui, à trop s’approcher de la lumière, se brûle les ailes, il tombera amoureux de Marie (Clotilde Hesmedans un rôle un peu trop engoncé pour elle).

Le dernier tiers de CHOCOLAT est une véritable prouesse en matière de mise en scène. A partir de l’emprisonnement de son personnage, Roschdy Zem s’approche plus du drame, de l’intime de Chocolat qui aura moins le cœur à rire. Il prendra plus violemment conscience de sa couleur de peau dans un monde de blancs, qui n’est pas encore prêt, dans cette époque coloniale, à le traiter en égal.

“CHOCOLAT nous a laissé les yeux brillant d’émotions et le cœur brisé face au parcours extraordinaire d’un clown devenu un homme libre.”

CHOCOLAT est certes un film sur une amitié professionnelle extraordinaire mais c’est aussi une réflexion sur le pouvoir d’autrui et la manipulation. Le hasard de la vie a fait que Chocolat, sans référence, subit tout à tour l’influence de Footit, puis celle de Marie et de Victor, cet haïtien rencontré en prison. Chacun à leur manière, ils s’accuseront mutuellement du pire : Chocolat serait la chose et le faire valoir de Footit, il serait déconcentré par Marie, il serait à la solde des blancs en acceptant de faire des numéros dégradants. Là où Chocolat ne voudrait être qu’un artiste, d’aucuns veulent l’embarquer dans leur cause.

Grâce à quelques aller-retour dans la réminiscence de la vie de Padilla enfant à Cuba, qui nous permettront de comprendre de quelle manière ce qu’il y a vécu résonne en lui, le film pose en filigrane une question fondamentale : peut-on échapper à son destin ? CHOCOLAT aborde en effet les risques que l’on prend et les erreurs que l’on commet pour essayer d’être soi-même et ne plus être ce que les autres voudraient que l’on soit. Un film sur la façon de trouver sa place en ne se contentant pas de celle que la société daigne nous laisser.

Photo du film CHOCOLAT

© Gaumont Distribution

Bien sûr, nous savons que Roschdy Zem a pris quelques libertés avec la vie du véritable Chocolat pour mieux servir son scénario. Il s’en est expliqué lors de notre rencontre (voir notre interview). Mais il parvient à évoquer avec brio la façon dont Chocolat devient Padilla, un homme qui se libère de ses liens et ne subit plus. Un homme qui choisit son destin.

Les deux interprètes de CHOCOLAT sont extraordinaires : Omar Sy a un rôle magnifique et donne à son personnage une profondeur incomparable. Son alter ego James Thiérée, petit-fils de Charlie Chaplin, apporte à la fois intensité physique et mélancolie à Footit.

Tels les enfants que nous étions redevenus, nos yeux brillaient d’émotion à la sortie de ce film magnifique, portrait sans fard d’une époque et de personnages charismatiques. Notre cœur brisé et notre cerveau n’étaient pas en reste, conquis par tant de beauté et avec l’envie d’en redécouvrir les détails en revoyant le film une seconde fois : beauté des costumes, des lumières, des acrobaties et de la reconstitution historique !

Sylvie-Noëlle

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CHOCOLAT SUR LE BLOG DU CINÉMA
LES AVIS DE LA REDACTION

Sarah

Sarah @bsarah6 – [usr 2]
Un beau casting, une belle histoire, des émotions et un duo
qui fonctionne bien. Sans être un chef d’oeuvre ,promesse est tenue

INFORMATIONS

Affiche du film CHOCOLAT


Titre original : Chocolat
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Cyril Gely, d’après l’oeuvre de Gérard Noiriel, adaptation de Roschdy Zem, Olivier Gorce et Gérard Noiriel
Acteurs principaux : Omar Sy, James Thiérrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet
Pays d’origine : France
Sortie : 3 février 2016
Durée : 1h50min
Distributeur : Gaumont
Synopsis : Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

BANDE-ANNONCE
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[CRITIQUE] CHOCOLAT

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