Ian Curtis, ou une autre victime des enfers du Rock ? Mort tôt, trop tôt, il met fin à ses jours en mai 1980 alors que son groupe, Joy Division, s’apprête à partir en tournée. Ainsi on croit connaître l’histoire, pourtant Anton Corbijn se lance et nous en propose sa propre version.

En mai 2007, il ouvre le Festival de Cannes avec ce premier film nommé CONTROL. Réalisateur de clip, photographe de groupe « rock », il combine ses passions pour nous livrer un portrait juste et émouvant d’une icône, ou plutôt d’un gamin que le peu d’années ont désillusionnées.

Comment narrer les 23 années de vie de Curtis. Où commencer ? Où finir ? Faut-il parler de l’après Joy Division, ne pas finir sur une note noir ? Voilà tout l’enjeu auquel se frotte Anton Corbijn, trier les faits et ne pas les enjoliver.
Cela paraît d’autant plus difficile que Anton Corbijn a suivi le groupe à la fin des années 1970 et a donc connu personnellement Ian Curtis. Il sera échapper aux pièges des sentiments et ne fera pas dans le pathos.

La vie du groupe fut courte. 3 années en tout , 3 années qui ont tout changé et marqué à jamais l’histoire de la musique. Ian Curtis semble appartenir à ces poètes maudits. Rimbaud des années 80 qui inspire le Rock, le renouvelle et inspire encore aujourd’hui : la filiation est montrée par la présence de The Killers dans la bande originale.

Photo du film CONTROL

Film en noir et blanc : il est de tout temps et d’aucun, comme Ian. L’esthétique est intemporelle. Chaque plan pourrait constituer une photographie tellement les images sont travaillées.
Bien plus qu’un accessoire, le noir et blanc dépeint un Manchester gris, un Ian Curtis coincé entre la lumière de la gloire et la noirceur de la perte de contrôle. Car c’est bien de cela dont il est question : le contrôle. Comment gérer son mariage, son groupe, sa maladie et la bataille entre ses sentiments et ses obligations.

« Ian Curtis, coincé entre la lumière de la gloire et la noirceur de la perte de contrôle. »

Figé, paralysé, Curtis essaye de contenter tout le monde mais ne le peut. C’est là que la musique intervient. Elle apparaît comme un véritable personnage et non comme un simple fond sonore : c’est par elle que le public a accès aux sentiments et aux pensées de Curtis, c’est par elle que le personnage parle. Plusieurs scènes exposent le mutisme et l’enfermement qui le ronge, comme celle où sa femme Debbie découvre sa relation avec Aneth. Pendant environ 1 minute, le personnage reste muet, incapable de faire face.

L’interprétation est simplement brillante, Sam Riley incarne le personnage. Une gueule de gamin sur un corps trop grand et raide qu’il ne peut contrôler, dans lequel il ne peut rester : il joue avec brio l’enfermement mentale et surtout physique. Il s’accroche au micro comme une bouée de sauvetage et par son jeu fait comprendre au spectateur la phrase : « C’est comme si tout ça, au lieu de m’arriver, arrivait à quelqu’un m’ayant remplacé en se glissant dans ma peau. »
Un premier rôle prometteur pour Sam Riley que l’on retrouve bien trop rarement…

Plus qu’un film sur la musique ou sur Joy Division et Ian Curtis, il s’agit de l’histoire d’un jeune homme déchu, qui ne peut poursuivre son rêve, incapable de gérer la réalité : une histoire humaine. La plus grande réussite de Anton Corbjin est de ne pas faire de Ian Curtis une simple icône rock glacée dans un noir et blanc plastique, mais de lui accorder une humanité.

Manon
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