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Le silence, l’apaisement, le plaisir simple de se retrouver seul face à soi-même, d’être libre de toute contrainte… qui n’a jamais rêvé de partir loin du fracas du monde, de stopper la course éperdue contre le temps ? L’écrivain l’a fait et l’a raconté dans son livre éponyme. Le réalisateur l’a adapté, avec son accord et même son adoubement. 

 est donc Teddy, trentenaire qui lâche tout et part dans un coin de la Terre vierge de toute civilisation, que peu d’hommes peuvent atteindre et supporter. Alors qu’aucun des habitants ne comprend son besoin impérieux de venir aussi loin quand eux sont obligés d’y vivre et ne rêvent que d’en partir, on voit Teddy affronter des conditions de vie extrêmes, la tempête, le froid, les ours. Il aménage sa petite cabane, son refuge, au bord du Lac Baïkal. Un lac qui vit, qui craque, que Teddy creuse pour s’y baigner ou se désaltérer.

Photo du film DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE

est un tête-à-tête avec la nature qui rappelle à maints égards Into The Wild de Sean Penn ou Wild de Jean-Marc Vallée. Le réalisateur, rencontré avec son interprète à l’occasion de la présentation du film, dit s’être également inspiré de Dersu Uzala de Akira Kurosawa. Plus intéressé par l’idée que Teddy soit parti avec une quête d’intériorité pour seule raison et non à cause d’un événement dramatique. Raphaël Personnaz  est étonnant de sobriété dans ce rôle silencieux, qui lui a offert la possibilité de retrouver une innocence et un lâcher prise pour face aux demandes du réalisateur et à ses propres émotions.

L’introspection n’est jamais simple à filmer, ni même à regarder pour le spectateur. Un réalisateur ne parvient pas toujours à faire naître une émotion en filmant de près un  visage ou en rajoutant une voix off narrative.  Maintenant le spectateur dans une forme de tension, non anxiogène mais en éveil, Safy Nebbou a tenté de trouver un endroit de justesse entre la narration et la contemplation de la beauté des lieux. Éprouvant le besoin de s’éloigner du livre, il adjoint au personnage de Teddy celui de Aleksei, russe énigmatique (Evgueni Sidikhine). Ce parti pris lui donne l’occasion de confronter deux réalités, comme il a très bien su le faire dans L’empreinte de l’ange ou L’autre Dumas.

« Loin du fracas du monde, Dans les Forêts de Sibérie est un voyage naturaliste très réaliste, mais l’émotion reste à la surface du Lac Baïkal. »

Mais ce procédé ne fonctionne pas pour DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE. D’abord parce que la venue d’Aleksei dans le récit en change la tournure et l’esprit, et l’éloigne du véritable sujet de son héros. On peut certes considérer que le chemin vers soi se fait aussi grâce à la rencontre avec d’autres personnages dans des situations extraordinaires. Mais le propos du film, c’est surtout cette part d’enfance, enfouie sous des responsabilités et une vie d’homme civilisé, que Teddy est parti rechercher aussi loin. Ainsi voir Raphaël Personnaz faire du patin à glace, crier seul face au lac ou s’y baigner nu comme s’il avait 10 ans est très émouvant.

La seconde raison, c’est que cette rencontre improbable ne parvient pas à déclencher d’empathie. Le réalisateur donne à voir au spectateur un homme qui s’est exilé par lâcheté, refusant d’assumer ses actes. Il paye sa dette envers la société d’une manière indirecte -une vie pour une autre. On n’est pas touché par son histoire, sans grand intérêt, avec l’impression désagréable que le réalisateur et son co-scénariste David Oelhoffen (par ailleurs réalisateur de Loin des hommes) ne laissent pas au spectateur d’autre choix, moralisateur et rédempteur, que celui de pardonner.

Photo du film DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE

Quant à la musique du compositeur Ibrahim Maalouf, elle est superfétatoire, cassant le rythme de DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE et prenant le pas sur des paysages grandioses, qui se suffisent à eux-mêmes. A titre de comparaison, la musique de Les Saisons ne se mettait pas en avant, offrant un écrin aux images, et non le contraire. Lac et trompettes ne font pas forcément bon ménage.

DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE est un voyage naturaliste très réaliste. Mais son rythme lent et les échanges franco-russes le rendent aussi parfois ennuyeux. Safy Nebbou reconnaît que ce film est une expérience et que si on ne rentre pas dedans, on est foutu. Sans aller jusque là, on avoue que l’émotion reste à la surface du Lac Baïkal. Quant à suggérer, de manière subliminale peut-être, que la vraie liberté c’est rester entre mecs, chasser, boire beaucoup de vodka et refaire le monde, on sera tenté de prendre un raccourci facile en affirmant que c’est parce qu’il n’y aucune femme aux alentours !

Sylvie-Noëlle
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