Il y a une quinzaine d’années alors que le passage au troisième millénaire causait quelques insomnies chez les plus superstitieux d’entre nous, Hollywood profitait de ce désordre métaphysique pour lancer une nouvelle mode dans le genre du fantastique, où la fin du monde était chaque fois annoncée par l’arrivée du diable sur Terre. Du testostéroné La Fin des Temps au potache Little Nicky en passant par Les Ames perdues et autant de Stigmata ou The Calling, le malin était partout même s’il semblait préférer les grandes villes américaines comme lieu de villégiature; New York la belle, l’opulente et la crasseuse représentant un terrain de jeu idéal.

C’est justement dans les décors urbains des bas-fonds de la cité, que Scott Derrickson déjà responsable des dispensables Sinister et L’Exorcisme d’Emily Rose, a choisi de faire se croiser les trajectoires d’un prêtre fatigué et d’un flic plus fatigué encore. Quinze ans après la période d’omniprésence de Satan sur nos écrans, la tendance est désormais aux récits de possession démoniaque, récits ayant pour principal intérêt de jouer sur l’ambiguïté entre troubles psychiatriques et interprétations mystiques, cette ambiguïté constituant par définition l’argument paranormal dont un large public américain devient de plus en plus friand. Puisque des phénomènes de possession prennent place dans le quotidien sombre d’un flic de nuit, le récit prend logiquement la forme d’une enquête aux contours assumés et balisés de polar urbain.

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En résulte une impression d’obscurité plus agaçante que réellement oppressante, au centre de laquelle l’enquêteur progresse laborieusement, apparentant ainsi Délivre-nous du Mal à un autre genre trop exploité parmi toutes les déclinaisons du fantastique et de l’épouvante : le film de couloirs. Vous avez sans doute déjà été victime de cette idée paresseuse selon quoi le moyen le plus évident pour immerger le spectateur dans une ambiance angoissante est de suivre un protagoniste durant d’interminables séquences à travers des couloirs sombres, en ouvrant de temps à autre des portes, à condition de le faire très prudemment et très lentement pour diriger le faisceau d’une lampe-torche dans une cave ou un placard plus sombre encore (je n’ose imaginer le budget lampe-torche, principal accessoire de ce film !).

“S’il était sorti quinze ans plus tôt, le film aurait pu faire illusion; pour l’heure il apparaît clairement comme un catalogue de clichés, aussi bien dans le genre du polar que celui de l’épouvante.”

Vous trouverez peut-être le ton de ma critique un peu trop sarcastique; c’est qu’il m’est difficile de parler avec un réel enthousiasme de la formule que le réalisateur-scénariste essaie d’appliquer à cette histoire (tirée de faits réels, une fois de plus pour le plaisir des plus superstitieux). Qu’il veuille intégrer les éléments paranormaux dans le décorum du polar ne parait pas un concept plus bancal qu’un autre, le problème vient plutôt de l’exploitation fort peu inspirée de ce concept, puisque le scénario est jalonné de clichés puisés dans les deux genres de récits; quelques scènes ou répliques paraissent tirées du manuel du parfait film noir : la femme du flic reprochant à ce dernier de trop s’investir dans son travail et de délaisser sa famille, le prêtre invitant le flic à se confesser autour d’un whisky dans un pub, etc…

Et quand bien même les grandes lignes du script manqueraient d’originalité, le public serait tout de même en droit d’attendre quelques tentatives de créativités dans les effets d’épouvante et de tension; l’année dernière par exemple, The Conjuring jouait avec brio avec les codes du récit de maison hantée tout en laissant à James Wan la place nécessaire pour installer le brio de sa mise en scène . Là encore, Derrickson semble craindre de manquer d’efficacité et préfère assurer le coup en utilisant des jump scares (effets confondant le sursaut et la peur) au moment où l’on s’y attend le plus, quand il n’a pas recours à des clichés plus attendus encore : les interférences sur les vidéos, le dictaphone au son saturé, le maquillage Marylin-Mansonien du possédé, etc… La mise en scène riche en clairs-obscurs sur les visages troublés d‘Eric Bana et d’Edgar Ramirez et l’ambiance sonore trop présente et répétitive tentent un temps de remplir le cahier des charges, mais elles ne tiennent pas la longueur et ne parviennent pas à garantir la tension jusqu’au final décevant.

 

INFORMATIONS

• Titre original : Deliver us from evil
• Réalisation : Scott Derrickson
• Scénario :  Scott Derrickson et Paul Harris Broadman
• Acteurs principaux : Eric Bana, Edgar Ramirez et Olivia Munn
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 3 septembre 2014
• Durée : 1h58 min
• Distributeur : Sony Pictures Releasing France 
• Synopsis :  Flic dans le Bronx, le sergent Ralph Sarchie est témoin de phénomènes étranges. Le prêtre Mendora va alors le convaincre qu’il s’agit de possessions démoniaques.

 

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