Il est sympa Kad Merad, avec ses yeux fatigués et son charisme d’anti-héros, on aura presque envie d’écrire des films rien que pour lui; de là à ce que ces films reposent uniquement sur sa performance, faut pas pousser ! C’est peut-être par cette intention de départ que l’on peut expliquer le problème général de DISPARUE EN HIVER; son réalisateur et scénariste Christophe Lamotte semble n’avoir d’yeux que pour son acteur principal, incarnant avec sobriété et crédibilité le personnage poncif de l’enquêteur dépressif et dévoré par une violence larvée, qui personnalise l’ambiance glauque des films noirs depuis des lustres. Aussi, il n’est guère surprenant de retrouver Kad Merad dans quatre-vingt dix pour cent des plans, et généralement des gros plans pour mettre en valeur ses regards accablés.

Le reste du programme ? Eh bien pas grand-chose à se mettre sous la dent, pour ainsi dire rien pour captiver l’attention pendant une heure et demie, et donner un intérêt à son enquête.  Le principe de base est sommaire mais permettrait justement de développer des aspects secondaires ou d’élaborer des circonvolutions à l’enquête de manière originale. Le pathos de l’enquêteur suppléant au rôle de la police pour retrouver une jeune fille disparue, projetant dans cette affaire un drame personnel semble vu et revu, et permet dans la première demie-heure de jouer sur la confusion entre la culpabilité, la responsabilité et l’égarement du héros. Mais une fois que l’on a compris quel était son drame personnel et pourquoi il n’était pas un policier ou un détective privé comme d’ordinaire dans ce genre de récit, le film n’apportera plus aucune surprise ni approfondissement du personnage alors que l’enquête reste à élucider, et les révélations sur la personnalité insaisissable de la disparue restent à venir pour marquer le film d’une personnalité visuelle et sensitive.

Disparue-en-hiver-la-critique

Si le spectateur devine que Daniel, l’enquêteur ira jusqu’au bout de ses moyens et de ses convictions pour trouver la vérité, il comprend qu’il n’a plus rien à attendre de l’intrigue, qui pêche à de nombreuses reprises par des faiblesses d’écriture évidentes.  L’obsession de Daniel se formalise sur des cassettes de dictaphones ? La preuve accablante sera toute autre et apparaîtra à un quart d’heure de la fin sans avoir été amenée par le scénario auparavant, et Daniel aurait très bien pu la trouver une heure plus tôt rendant le reste de l’intrigue inutile. L’enquêteur questionne et soupçonne plusieurs suspects en l’espace d’une semaine ? Le coupable semble sorti de nulle part (hormis dans deux répliques passant inaperçues) et ne diffère pas beaucoup de ceux de la plupart des films et téléfilms utilisant la figure de la jeune lolita, à la fois innocence et corrompue (faudrait penser à revisiter le thème au lieu de le ressortir tel quel du frigo à chaque polar !). Géraldine Pailhas partage l’affiche avec Kad Merad et le public peut penser qu’à défaut d’un rôle central, elle aura un rôle secondaire mémorable ? Que nenni, on nous ressert ici, l’épouse s’éloignant du héros mais cherchant toutefois à rétablir la communication avec lui, et elle ne trouve jamais sa place dans l’enquête; donnant ainsi l’impression désagréable que certaines scènes appartiennent à la vie sentimentale de Daniel, et que d’autres se concentrent sur ses activités d’enquêteur, alors que les deux devraient se répondre pour garantir la charge émotionnelle de la fin du film, gâchée par la banalité du dénouement et la balourdise des dernières répliques.

“L’œil du réalisateur se focalise sur Kad Merad; au-delà de ça ? Rien d’original, de troublant ou de palpitant.”

Quelques pistes apparaissent pourtant brièvement à l’écran mais ni le scénario, ni le réalisation ne permettent un développement intéressant; quelques scènes atmosphériques et venimeuses dans le milieu de la pornographie ne laissent hélas que des impressions superficielles, en comparaison à leur approche par des maîtres du polar plus inspirés des seventies et des eighties tel Brian de Palma, ou plus récemment Dan Gilroy. S’il n’y avait pas ces quelques plans troublants reflétant l’obsession de Daniel, DISPARUE EN HIVER aurait la carrure et l’ambition d’un téléfilm, vite pensé et vite exécuté. Même la saison sévère et triste évoquée dans le titre n’arrive pas à apporter une dimension plus fascinante à l’histoire. Chercher l’épure, le réalisme ou la sobriété pourquoi pas, mais l’intention poussé à son comble cause ici la fadeur du spectacle par le désintérêt progressif de ses enjeux.

Les autres sorties du 21 janvier 2015

INFORMATIONS

038555


Réalisation : Christophe Lamotte
Scénario : Pierre Chosson et Christophe Lamotte
Acteurs principaux : Kad Merad, Géraldine Pailhas, Lola Creton et Francis Renaud
Pays d’origine : France
Sortie : 21 janvier 2015
Durée : 1h40 min
Distributeur : Rezo Films
Synopsis : Daniel travaille dans le recouvrement de dettes, un jour lors d’un de ses déplacements il accepte de raccompagner chez elle, Laure, une jeune fille de 18 ans. Après une dispute, il abandonne la demoiselle en pleine forêt. Le lendemain, Daniel apprend que Laura est portée disparue, et rongé par la culpabilité il décide de mener l’enquête. 

BANDE-ANNONCE