Quelle surprise ce fut de découvrir DON’T BREATHE ! Il faut dire qu’avec des affiches l’annonçant comme « le meilleur film d’horreur » et n’oubliant pas de rappeler le travail précédent du réalisateur, à savoir le reboot d’Evil Dead (film de Sam Raimi de 1981 à l’origine), tout était fait pour qu’on se prépare à voir un vrai film d’épouvante. Et bien non, DON’T BREATHE n’a rien de vraiment terrifiant, et c’est tant mieux. Car réalise là un excellent thriller digne du grand David Fincher, une sorte de version inversée de Panic Room (2002).

Dans celui-ci, Jodie Foster et Kristen Stewart se faisaient cambrioler et trouvaient refuge dans une pièce fortifiée de leur maison. DON’T BREATHE se met lui du côté des cambrioleurs. Un groupe de trois jeunes, des petites frappes pas bien méchantes qui volent régulièrement pour pouvoir quitter la pauvreté de Detroit. Sans s’attarder à essayer de rendre leurs actes acceptables, le film va se concentrer sur un ultime braquage. Celui d’une maison au milieu d’un quartier en ruine où vit seul un ancien soldat, désormais aveugle, avec trois cent mille dollars cachés.

photo de DON'T BREATHE

© Sony Pictures

Bien sûr les choses ne se passeront pas comme prévu. Et une fois dans la maison, il deviendra difficile pour les trois braqueurs d’échapper au vieil homme encore en forme et nerveux, et bien prévoyant en termes de sécurité – les barreaux aux fenêtres et les gros cadenas à chaque porte provoquant ainsi l’enfermement des protagonistes. Si la situation aurait pu rapidement tomber dans le grotesque, il faut louer le travail de Fede Alvarez et de Rodo Sayagues (co-scénariste avec Alvarez), qui parviennent à garder une crédibilité au fil du scénario. A partir de là, le réalisateur n’a plus qu’à nous plonger dans une ambiance particulièrement tendue. C’est dans sa mise en scène, très réussie, qu’on retrouve une forte influence de David Fincher. A l’image de cette longue scène, lorsque les cambrioleurs pénètrent dans la maison. Un faux plan séquence tout en mouvement de camera pour occuper l’ensemble de l’espace, nous faisant découvrir le lieu en même temps que les protagonistes, utilisant de rares effets numériques (pour passer d’un étage à un autre) et insistant via des gros plans sur les détails qui auront une importance par la suite. On se souvient que Fincher insistait sur un téléphone dans Panic Room. Dans DON’T BREATHE, Alvarez porte notre regard sur un verrou, sur le haut d’une penderie ou encore sur une arme à feu cachée sous un lit. Une série d’indices annonçant les événements futurs mais qu’on aura vite fait d’oublier, et qu’on retrouvera donc avec une certaine surprise.

« Un excellent thriller digne du grand David Fincher, une sorte de version inversée de Panic Room »

On pourrait presque parler de copie tant la technique apparaît similaire au travail de David Fincher. Mais il s’agit alors d’une copie particulièrement bien réalisée qui a compris l’essence même du cinéma de Fincher, son utilité et son sens. Et ceci n’étant en aucun cas gratuit de la part de Fede Alvarez, qui réfléchit son film dans son ensemble et n’y va pas uniquement de quelques gimmicks posés ici et là, rend son travail d’autant plus passionnant. On sent en lui une véritable envie de mise en scène, d’aller chercher la difficulté, en trouvant toujours une justification à chaque retournement de situations. Ainsi, lorsqu’il plonge ses acteurs dans le noir – une scène géniale qui n’est pas sans rappeler Le Silence des agneaux -, au-delà de l’angoisse provoquée, on note qu’il poursuit dans sa volonté d’utiliser tout l’espace et d’utiliser le handicap de son personnage (aveugle) comme un avantage. A cette mise en scène pertinente, s’ajoute alors la composition musicale du grand Roque Baños. Une composition faite de bruits d’outillages, de grincements, et de sons stridents, dont Roque Baños parvient à dégager une certaine musicalité. En parvenant à lier le son et l’image, qui se répondent à la perfection, même dans ses silences (particulièrement importants), DON’T BREATHE nous happe dans une atmosphère étouffante. Le duo Fede Alvarez / Roque Baños prenant alors des allures du duo Trent Reznor / David Fincher.

photo de DON'T BREATHE

© 2016 CTMG, Inc. All rights reserved

Parvenant à garder jusqu’au bout ce jeu de cache-cache dans un suspense, et faisant même tendre le scénario vers quelque chose de bien plus malsain qu’on ne pouvait l’imaginer, DON’T BREATHE est une véritable surprise. Maîtrisé dans l’ensemble de sa réalisation et se détachant parfaitement de l’image de film d’épouvante qu’on lui a étrangement collé, on ne pourrait émettre qu’un léger bémol sur son casting à moitié convaincant. En effet si (Evil Dead, la série Suburgatory) et (particulièrement inquiétant) tiennent le film, les bien moins charismatiques (Alex) et Daniel Zovatto (Money) sont assez anecdotiques. La faute peut-être à une attention moindre portée à l’écriture de leurs personnages, qui n’ont finalement rien de surprenant. Ils se limitent en effet à être des clichés de cinéma. Mais pour autant cela n’entache en rien le résultat final, oublié même au milieu de l’univers captivant de Fede Alvarez.

Pierre Siclier

Votre avis ?

BANDE-ANNONCE