Si en parcourant notre très cher blog, vous êtes peut-être tombé sur la critique qu’a rédigé Louis sur le Dracula porté par Bela Lugosi; et si après cela vous vous rendez au cinéma pour comparer cette version avec celle proposée cette année par Gary Shore; vous constaterez qu’en effet quatre-vingts ans se sont bel et bien écoulés depuis la vague des films de monstres estampillés . S’il est de bonne guerre d’accepter que le studio hollywoodien capitalise sur le nom (celui d’un produit phare parmi ceux de son catalogue ) du célèbre pour lancer une nouvelle production à gros budget, sensée ravir à la fois les amateurs de fantastique, ceux d’action et d’effets spéciaux; le public est tout de même en droit d’attendre une certaine créativité dans la mise en images de l’imaginaire gothique, en même temps qu’une réactualisation judicieuse du mythe et de ses thèmes explicites ou cachés.

Ne cherchez pas dans Dracula Untold, cette sempiternelle réactualisation du roman de Bram Stoker, déjà traitée et parfois maltraitée ( de Francis Ford Copolla, Dracula 2001, l’actuelle série de Cole Haddon); cette version prend le parti d’évoquer les origines du personnage en puisant à la fois dans l’imagination des scénaristes et dans des sources historiques plus ou moins fondées. A l’instar du roi Arthur dans le film d’Antoine Fuqua ou de Robin des Bois dans la prequel signée Ridley Scott, le seigneur des saigneurs se retrouve donc dans un récit bien différent de son cadre habituel, et de facto le spectacle devient ainsi celui d’un champ de bataille permanent entre le royaume de Transylvanie et l’empire ottoman au XVème siècle; époque où Vlad l’Empaleur (seigneur de guerre sanguinaire modèle de Stoker pour composer le vampire) sévissait et à laquelle il aurait été frappé de sa malédiction.

Dracula Untold Luke Evans Wallpapers

C’est d’ailleurs le principal point fort de cette nouvelle optique sur le personnage légendaire; sa lutte douloureuse au point de devenir magnifiquement tragique face à la malédiction qui le frappe, dès lors qu’il a lui-même choisi de subir sa monstrueuse transformation. Son destin apparaît ainsi comme celui d’un homme qui choisit de devenir un monstre pour se garantir toujours plus de puissance face aux forces extérieures qui menacent son royaume. Il est cependant regrettable que Gary Shore n’ait pas suffisamment mis en valeur ce thème essentiel du monstre, pilier central de la littérature fantastique dont Dracula est justement un étendard, en développant le contexte culturel et religieux dans lequel apparaît le vampire. Si la Transylvanie est chrétienne, ses assaillants musulmans, si quelques symboles religieux parsèment le décor pour lui apporter de la véracité, ces éléments ne suffisent pas à enrichir la légende d’une interprétation des tabous,des superstitions et des peurs ancestrales qui l’ont engendré.

« Mené tambour battant, le film fait la part belle à l’action grâce à une esthétique soignée, mais délaisse du coup certains aspects fondamentaux du personnage légendaire. »

Il faut dire que la légende ne dispose que d’une heure et demie pour s’installer, ce qui s’avère un peu court, surtout quand le temps imparti sert avant tout à enchaîner les scènes de batailles (hélas pas toujours très lisibles à cause d’un montage et de cadrages épileptiques). Au final, les producteurs semblent avoir inscrit pour prérogative au cahier des charges de faire entrer le film dans le cercle très envié des blockbusters guerriers esthétisants qui compte déjà cette année La Légende d’Hercule et 300, la Naissance d’un Empire.  Dans ce registre, hormis le look métrosexuel détonant de , la direction artistique comme le charisme de réussissent généralement leur effet.

Si en insufflant ce souffle épique, Dracula Untold séduira les amateurs du genre, il nuit hélas au lien qu’il devrait tisser entre le guerrier médiéval et le vampire séducteur. Cette figure bien connue de la séduction néfaste n’apparaît que lors d’un épilogue, presque hors sujet, qui amène de façon lourdingue la relation de la créature aux femmes, entre désir et effroi. L’esthétique l’emporte donc sur la mythologie, et ce grâce au travail de Gary Shore dont c’est ici le premier long-métrage et qui réussit à imposer quelques images fortes notamment quand il s’agit de donner chair au corps en pleine métamorphose et en pleine découverte de ses sens sublimés par la nuit et l’enfer.

 

INFORMATIONS

• Réalisation : Gary Shore
• Scénario : Matt Sazama et Burk Sharpless d’après Dracula de Bram Stoker
• Acteurs principaux : Luke Evans, Dominic Cooper, Sarah Gadon, Art Parkinson, Charles Dance, Paul Kaye
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 1 octobre 2014
• Durée : 1h32 min
• Distributeur : Universal Pictures
• Synopsis : 1462. La paix entre la Transylvanie et l’empire ottoman semble menacée. Afin de protéger les siens, le prince Vlad Tepes va demander l’aide d’une créature terrée dans les ténèbres. Le pacte qu’il scellera avec ce démon va changer jusqu’à sa nature humaine…

 

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