Will Ferrell, qui a connu une nette baisse de régime avec ses deux derniers films, CASA DE MI PADRE (2012, inédit en France) et MOI, DEPUTE (2012), revient dans son rôle le plus emblématique : celui de Ron Burgundy. Pour cette suite de PRESENTATEUR VEDETTE : LA LEGENDE DE RON BURGUNDY, meilleur film de Ferrell à ce jour, l’humoriste rappelle avec lui sa fine équipe (Steve Carrell), gonflée de l’apport de la star de l’hilarant MES MEILLEURES AMIES, .
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous semble utile de rappeler que le pays qui produit à la pelle des comédies plus nulles les unes que les autres – ne cherchez plus, je parle du nôtre, la France – ne mesure pas l’hallucinant talent de , l’homme le plus drôle du monde – c’est un avis subjectif, mais avouez qu’objectivement, je n’ai pas tort. Le nouveau film de ce génie comique va certainement passer inaperçu dans notre contrée, puisqu’il n’a été soutenu par aucune promotion médiatique d’envergure, ce qui lui aurait assuré une bonne sortie en salle. Le film est sorti directement en DVD/Blu-ray en ce mois d’avril, dans l’indifférence générale. Ce n’est pas une nouveauté pour l’acteur : seuls VERY BAD COPS et MOI, DEPUTE ont bénéficié d’une exposition en salles acceptable, sûrement liée à aux présences, au côté de Ferrell, de Mark Wahlberg dans le premier et Zach Galifianakis (VERY BAD TRIP) dans le second. Le reste est passé inaperçu, de PRÉSENTATEUR VEDETTE… aux ROIS DU PATINS, en passant par FRANGINS MALGRÉ EUX ou SEMI-PRO. Quant à RICKY BOBBY : ROI DU CIRCUIT, il s’était vu sanctionné d’une sortie DTV (direct-to-video), un an après sa sortie américaine, principalement parce que personne ne voulait prendre le risque de distribuer un film où Sacha Baron Cohen joue une caricature de français homosexuel… Tristes choix qui démontrent avec force la frilosité hallucinante du système français, qui promeut à la place les comédies de Dany Boon, Thomas Ngijol et Fabrice Eboué, Kev Adams ou encore Franck Dubosc, qui sont, entre autres, les piètres représentants d’une certaine forme de comédie populaire française. Fermons la parenthèse.

© Paramount Pictures Germany

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Si la comparaison peut paraître de prime abord audacieuse, due notamment à la fondamentale différence de ton qui existe entre les deux films, force est de constater que LEGENDES VIVANTES fait écho au chef-d’œuvre de Sidney Lumet, NETWORK (1976). Ce dernier dépeignait d’une manière désabusée le cynisme rampant qui commençait à empoisonner la télévision des années 70, époque où la course à l’audience, et donc à l’argent, nivelait le contenu des chaînes de télévision par le bas. Le film d’Adam McKay ne dit pas autre chose et narre la naissance des chaînes d’informations en continu qui, au lieu de relayer l’information, la créent de toutes pièces. Ces chaînes suivent l’adage qu’asséna un Ron Burgundy à cours d’idées lors d’un brainstorming rédactionnel : « pourquoi dire au gens ce qu’ils DOIVENT entendre et pas ce qu’ils VEULENT entendre ? » En brossant le public dans le sens du poil, la chaîne de Ron, GNB (Global News Network) racole à tout bout de champ. Elle transforme de banales courses-poursuite filmées en direct en informations à proprement parler, entre autres sujets absurdes. C’est la télévision comme on la connaît aujourd’hui : elle modèle les sujets qu’elle sert au peuple, dans l’intention de les rendre plus « fun », bien que le tout soit sans intérêt. Enfin, l’homme d’affaire à la tête de GNB se réfère à Rupert Murdoch, magnat australien à la tête d’un empire médiatique mondial, et permet de constater que les médias sont à la solde des puissants et, en cela, inoffensifs voir corrompus.

”[…] la force comique qui se dégage de la pellicule, notamment grâce aux interprétations et improvisations hallucinantes des comédiens, Ferrell et Carrell en tête, emporte l’adhésion du spectateur haut la main”

Le film se fait aussi l’écho d’autres changements sociétaux survenus à l’époque : le personnage fort de Linda Jackson double l’observation de la montée du féminisme et de la mise à mort, par répercussion, d’une société fondée sur le patriarcat – thématique principale de l’opus précédent – d’une vision de la place progressivement prépondérante des Noirs dans la société américaine. Ron Burgundy, de par ses préjugés racistes et misogynes, représente parfaitement l’américain moyen confronté aux changements de son époque, figure old school dépassée et incarnation d’un patriarcat voué à disparaître. En ce sens, la scène du repas avec la famille Jackson, absolument hilarante en soi, révèle en filigrane, et avec un miroir forcément un peu déformant dû à l’humour outrancier qui y est présenté, la vision binaire et raciste qu’entretiennent les Blancs envers les Noirs.
Mais s’il évoque bel et bien tout cela, le film est avant tout une comédie absolument hilarante de bout en bout. Si on pourra tiquer sur les redites situationnelles piquées au premier opus, et donc sur l’absence globale d’innovation du film, ainsi que sur quelques longueurs pas toujours bien heureuses – la relation amoureuse autistique entre Steve Carrell et Kristen Wiig, la période « aveugle » de Ron – la force comique qui se dégage de la pellicule, notamment grâce aux interprétations et improvisations hallucinantes des comédiens, Ferrell et Carrell en tête, emporte l’adhésion du spectateur haut la main.
Si on prend le film avant tout pour ce qu’il est, c’est-à-dire une grosse comédie bien grasse, il satisfera son public. Les films de Will Ferrell n’ont de cesse de traiter, par le rire, de l’Amérique contemporaine. Ses comédies révèlent un regard acéré sur les évolutions et travers d’un pays entier, ce dont la France, pays « roi de la comédie », ferait bien de s’inspirer.

LE DVD

Sorti le 11 avril 2014, le DVD/Blu-ray comporte son lot de scènes coupées, de bêtisier, et de making-off.

CASTING
Titre original : : The Legend Continues
Réalisation : Adam McKay
Scénario : Adam McKay
Acteurs principaux : Will Ferrell, Steve Carrell, Paul Rudd, , , Kristen Wiig
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 20 DECEMBRE 2013
Durée : 2h03mn
Distributeur : Paramount Pictures
Synopsis : Le journaliste présentateur Ron Burgundy se voit offrir un poste sur une chaîne d’information 24h/24 et réunit son ancienne équipe.
BANDE-ANNONCE