EL CLUB est le cinquième long métrage de Pablo Larrain, auteur du très remarqué No. Il a été sélectionné en compétition à la dernière et y a remporté le grand prix du Jury – la seconde place en somme. Le long métrage a par ailleurs été choisi pour représenter le Chili aux prochains Oscars du cinéma.

Le Chili reste ici le lieu principal du récit mais l’on se retrouve dans un village reculé et presque banal où les courses de chiens semblent rythmer la vie quotidienne. EL CLUB s’intéresse de près à un mystérieux groupe d’hommes – des prêtres – retranchés dans une maison sous la maternelle surveillance de Monica. Eux aussi élèvent un chien et sont bien déterminés à en faire le roi des compétitions. Un jour, un autre prêtre s’installe dans la maison ; un inconnu l’accusera publiquement de divers crimes sexuels, ce qui perturbera immémorialement l’hypocrisie qui règne sur le village. Pablo Larrain s’attaque à un épineux sujet avec EL CLUB. Les scandales de l’Église sont directement pointés du doigt : homosexualité, pédophilie et abus sont dénoncés sans concession dans des dialogues au langage cru témoignant d’une acidité envers le dogme religieux. Le Chili est également égratigné – en tant que société – à travers différentes et invraisemblables anecdotes des villageois. Il est clair que le long métrage attaque frontalement les non-dits ainsi que les mensonges.

Photo du film EL CLUB

© Fabula

Mais les mensonges ne dureront plus, un (autre) homme d’Église est envoyé au village pour faire – en quelque-sorte  – « le ménage ».  Ainsi, le Club n’a d’autre choix que de se rassembler afin de faire front à ce nouvel individu qui risque de dévoiler leurs secrets les plus inavouables. Ce procédé scénaristique permet de dénoncer l’omerta qui régit l’Église, et l’absence complète de responsabilité de ces « messagers » de Dieu.  De plus, EL CLUB interroge sur la place de l’homosexualité au sein même de l’Église, et les frilosités des institutions religieuses à ce sujet.

« EL CLUB ne fait pas dans la demi-mesure et dresse un portrait peu flatteur de l’Église. Pablo Larrain délivre une critique acide d’une société qui va de mal en pis, à travers un huis clos étouffant. »

La réalisation de Pablo Larrain est intelligemment réussie avec notamment la photographie du film. A l’aide de filtres éclaircissant bleutés et gris, le rendu final est poisseux, glacial et mortifère. Ainsi, l’atmosphère devient irrespirable et noire. De subtiles contre-jours sous-exposés font resurgir de sombres silhouettes méconnaissables faisant écho à toute la noirceur des personnages. En effet, le talent de Pablo Larrain se ressent également par sa réalisation. Il aurait été facile de mettre en scène un scandale à plus grande échelle – par exemple, à un niveau national. C’est exactement le contraire qui est effectué dans EL CLUB: l’action se déroulant dans un village isolé, la moindre perturbation du semblant d’harmonie fait resurgir immédiatement toute la puissance du drame qui se joue devant nous. EL CLUB est un huis-clos abasourdissant réalisé à l’aide de plans rapprochés à effet de distorsion qui accentuent la perdition des personnages.  Enfin, tout le récit chemine de façon très orchestrée vers un climax déchirant et superbement interprété.

Finalement, EL CLUB ne fait pas dans la demi-mesure et dresse un portrait peu flatteur de l’Église. Pablo Larrain délivre ici une critique acide d’une société qui va de mal en pis à travers un huit clos étouffant.

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INFORMATIONS



+ CRITIQUE

Titre original :
Réalisation : Pablo Larrain
Scénario : Guillermo Calderón, Daniel Villalobos et 
Acteurs principaux : Alfredo Castro, Roberto Farías, Antonia Zegers
Pays d’origine : Chili
Sortie : 18 Novembre 2015
Durée : 1h37 min
Distributeur : Wild Bunch
Synopsis : Dans une ville côtière du Chili, des prêtres marginalisés par l’Eglise vivent ensemble dans une maison. L’arrivée d’un nouveau pensionnaire va perturber le semblant d’équilibre qui y règne.

BANDE-ANNONCE