On avait beaucoup aimé L’Étrangère, précédent film de la réalisatrice Feo Adalag : un magnifique et nuancé portrait de femme (fabuleuse Sibel Kekilli).
Dans L’Étrangère, là ou il serait facile de juger, Feo Adalag parvenait à dépeindre avec distance et objectivité, une société et ses codes parfois terribles ; elle insufflait à son récit, une certaine noirceur teintée d’humanité.

C’est donc avec beaucoup d’attentes que nous nous rendons en salles pour découvrir son nouveau film, ENTRE DEUX MONDES. 
Malheureusement, Toute la sensibilité qui irradiait L’Étrangère à ici disparu. Feo Adalag troque le récit intime pour un discours plus universel, pour plus d’ampleur… Une évolution, mais également une régression :  la réalisatrice y perd en simplicité, en précision, en acuité.

Ainsi, en lieu et place d’une observation de la condition de la femme dans un environnement particulièrement traditionnel, la réalisatrice aborde cette fois le conflit culturel et militaire, en confrontant le regard d’un soldat Allemand, à celui d’un local Afghan, Talik, qui lui sert d’interprète.
Le point de vue occidental confronté au point de vue oriental, entre les deux, un village, un conflit en sourdine, deux façons de communiquer, de l’incompréhension.

Entre deux mondes (6)

© Majestic-Filmverleih

Avant d’aborder les points négatifs, parlons de ce qui fonctionne dans ENTRE DEUX MONDES : une ambiance remarquable, grandement appuyée par la photo, le son et la mise-en-scène.
Feo Adalag réussit à créer une vraie tension à partir de rien, à la façon d’un Polanski (pour les scènes urbaines), ou d’une Kathryn Bigelow, autre réalisatrice justement, à avoir taté le film de « guerre » du point de vue de ses personnages.
Sauf que Feo Adalag, contrairement à Kathryn Bigelow, ne semble pas s’être réellement documenté sur son sujet… Ce discours sur l’incompréhension culturelle n’utilise que des codes inhérents au cinéma pour prendre vie : des clichés de personnages, des clichés de situations, des clichés de dialogues : la relation entre Jesper et Talik, pourtant centrale, ne prend pas car paraît trop « écrite », trop romancée. L’univers militaire, les relations hiérarchiques, la « camaderie » déjà-vus ; le conflit Afghan se réduit aux attaques, prévisibles jusqu’à leur mise-en-scène. Peu de contextualisation, pas de politisation…  En fait, le film reste majoritairement sentimental, et par conséquent agressif, gratuit.

”Si Entre Deux Mondes parvient à créer une vraie tension, tout le reste manque trop de crédibilité.”

La réalisatrice aborde également le thème de la place de la femme dans une société traditionnelle. Elle y brosse comme on peut s’y attendre, un portrait de femme forte et indépendante persécutée par « les Hommes »… Malheureusement, cela relève de l’accessoire. Concentrée sur ses deux personnages masculins, l’univers militaire fantasmé, et les différentes interactions au sein du village-entre-deux-mondes, Feo Adalag oublie étrangement de créer une quelconque empathie envers le personnage féminin. Celle-ci manque trop de personnalité, d’épaisseur psychologique, de background : cela pose un réel problème quant à l’investissement du spectateur.

Surtout, lors du dernier acte – assez dramatique. Tous les éléments sus-cités s’additionnent en créant une surcharge pathétique d’assez mauvais goût, dérangeante car sensationnaliste… ENTRE DEUX MONDES rate au final, toute amorce de réflexion, par manque de crédibilité. Le film relève plus du conte dramatique sans originalité, que du cinéma documentaire ou sociétal. Aucun entre-deux n’est atteint. Dommage, car par ailleurs, une vraie tension et une vraie ambiance parviennent tout de même à s’installer.

En partenariat avec le cinéma Comoedia – Lyon

INFORMATIONS

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Titre original : Zwischen Welten
Réalisation : Feo Aladag
Scénario :  Feo Aladag, Judith Kaufmann, Matthias Kock
Acteurs principaux : Ronald Zehrfeld, Mohsin Ahmady, Saida Barmaki
Pays d’origine : Allemagne
Sortie : 3 décembre 2014
Durée : 1h38min
Distributeur : Eurozoom
Synopsis : Jesper, un officier allemand, a perdu son frère au combat dans la poudrière afghane.
Pourtant, il accepte d’y retourner avec les forces de l’OTAN. Jesper et sa troupe sont chargés de protéger un village. Avec l’aide du jeune Tarik, qui lui sert d’interprète, il tente de gagner la confiance de la communauté et des chefs locaux. Mais plus que jamais, il découvre le fossé qui sépare ces deux mondes.
Lorsque Tarik et sa sœur Nala sont menacés par les talibans, Jesper doit choisir entre obéir à sa conscience ou se soumettre aux ordres.

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