À TOUTE ÉPREUVE. En voila un titre à multiples facettes qui mérite qu’on s’y attarde. Car il résiste autant à l’épreuve des balles qu’à l’épreuve du temps. À la force de son poignet, John Woo parvient à hisser son cinéma dans les cimes les plus inatteignables du cinéma d’action. L’adieu à la hong-kongaise est fait de bruit et de fureur chez le cinéaste. Même si  À TOUTE ÉPREUVE apparaît comme son film le plus abouti dans presque tous les domaines (le scénario est somme toute assez basique), on est loin d’y retrouver les procédés qui imprègnent son style depuis ses débuts. L’amitié virile, les atermoiements amoureux, les rivalités, l’honneur et tout ce qui fait appartient à son cinéma sont bel et bien présents. Mais sa manière de les intégrer au récit à changé, comme si ce cadeau d’adieu, en plus d’être ce qui se fait de mieux dans le genre, cherchait à prouver aux Américains qu’il sait s’adapter à leurs codes et leurs attentes. Plus d’actions et de ralentis, moins de passages gênants et de musiques niaises. Ici, on est au coeur d’un véritable mythe porté à bout de bras par son cinéaste et ses acteurs, tous plus impliqués les uns que les autres.

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Le film n’a pas volé son statut d’oeuvre culte tant il accumules les séquences d’anthologie où la destruction, la violence et la mort sont les maîtres mots du cahier des charges que s’est imposé l’équipe de tournage. Les décors sont littéralement pulvérisés au gré des fusillades et des explosions qui parsèment l’intégralité du long métrage. Mais John Woo ne se contente pas de livrer une démo technique sur plus de 2 heures. Son scénario habile et drôle, moyen mais solide, ponctue la séance de quelques cliffhangers vraiment puissants, comme ce climax de fin qui s’étend sur plus de 3/4 d’heure.

Il s’agit d’ailleurs du plus gros morceau de bravoure jamais tourné, tous films confondus (très récemment, Gareth Evans a cherché à l’imiter avec The Raid 2). Toute la première heure tend à poindre à ce moment ultime où l’on découvre enfin le théâtre des pires hostilités: l’hôpital. Cet hôpital on va y passer une heure en compagnie de tous les personnages de l’intrigue, du collègue de travail de l’inspecteur Tequila (Chow Yun-Fat, charismatique en diable), au bad guy qui incarne à la perfection le côté obscur de Tony (Tony Leung Chiu-wai formant un couple parfait avec son acolyte). Et le point d’orgue est ce fabuleux plan séquence où les deux compères vont dessouder du mafieux sur deux étages, tout en prenant l’ascenseur entre temps, mais en intégrant également une portée dramatique à l’action qui constitue le passage d’un état d’esprit à l’autre, le temps de changer d’étage. Les deux protagonistes vont alors avoir, à partir de cet instant tragique, une seule et même volonté: venger la mort d’un collègue dont ils sont tous deux responsables.

”Épuré de tous les à-côtés qui nuisent à la lisibilité de l’action et à la linéarité du récit, À toute épreuve est une oeuvre somme de tout le talent et le travail accumulé du réalisateur.”

Si l’on fait le lien entre la dernière oeuvre chinoise et le premier film américain de John Woo, on remarque quelques similitudes qui prêtent à sourire comme ce pistolet aux allures d’arme de pirate qu’utilisent les deux enflures de chaque film, témoin entre deux filmographies qui n’auront plus grand chose à voir. Épuré de tous les à-côtés qui nuisent à la lisibilité de l’action et à la linéarité du récit,  À TOUTE ÉPREUVE est une oeuvre somme de tout le talent et le travail accumulé du réalisateur. Pierre angulaire du cinéma hong-kongais, il n’a pas fini de faire jalouser la relève qui, à défaut d’atteindre la cheville de John Woo, peine à se renouveler et à apporter leur pierre à l’édifice (Johnnie To se démarque vraiment de ses contemporains).

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Intemporel (les bruitages ont quand même un peu vieillis), jubilatoire (on ne s’ennuie pas une seule seconde), intense et doté d’une capacité de visionnage infinie pour le spectateur en quête d’action à l’état pur, À TOUTE ÉPREUVE est une mine d’or inépuisable que des bandits de plus ou moins grande envergure viennent piller sans vergogne à la recherche de la pépite qui leur procurera une aussi belle et longue consécration dans le cinéma d’action.

CASTING
Titre original : Lat sau san taam
Réalisation : John Woo
Scénario : John Woo, Barry Wong
Acteurs principaux : Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Anthony Wong
Pays d’origine : Chine
Sortie : 16 AVRIL 1992 (Hong Kong), 16 JUIN 1993 (France)
Durée : 2h07mn
Distributeur : HK
Synopsis : Hong-Kong 1997. Les Britanniques vont rendre dans quelques mois à la Chine populaire une ville corrompue par le crime. Alors que les policiers ont baissé les bras, un groupe d’inspecteurs, mené par Yuen, surnommé Tequila, décide de mettre fin à la suprématie des gangs.
BANDE-ANNONCE