Le « college movie » est un réel genre de cinéma que les USA ont toujours aimé manier. Richard Linklater n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il est déjà l’auteur de Génération rebelle, film culte qui a mis des dizaines d’années pour atterrir en France, mais qui reste une réelle référence en Amérique. EVERYBODY WANTS SOME !! se présente comme une sorte de suite spirituelle, ne reprenant ni des personnages ni des intrigues, mais simplement un état d’esprit et un portrait d’une époque. EVERYBODY WANTS SOME !! est dans la lignée du travail de Linklater, en ne proposant aucune construction scénaristique autre qu’un déroulement temporaire. Chez le réalisateur texan, seul le temps qui passe fait avancer le film et non pas un enjeu précis. Dans Boyhood c’était le temps de quelques années, dans Before Sunrise c’était moins de 24h et il y a encore moult autres exemples. Nous voilà cette fois en compagnie de Jake, un étudiant joueur de baseball, que nous allons suivre durant les quelques jours précédant la rentrée universitaire.

Tout va très vite dans ce film. Le spectateur est attrapé dès la première seconde, alors que le long-métrage s’ouvre sur My Sharona, le titre mythique de The Knack. On est invité à découvrir des personnages hauts en couleurs, et à participer leurs multiples fêtes ainsi que leurs concours de virilité. Le montage joue très bien avec cet engouement, cet envie vital de profiter de la jeunesse. Une scène n’a pas le temps de se terminer qu’on doit déjà enchaîner sur une autre. Comme ce moment où deux protagonistes se lancent un défi à propos d’un découpage de balles de baseball à l’aide d’une hache. Le plan sur ladite balle se faisant couper en deux se raccorde directement avec un plan sur des boules de billards, pour un nouveau moment de jeu. Lors d’un entraînement, Willoughby est obligé de quitter le terrain, signant par la même occasion un mystérieux adieu à ses camarades. Que se passe-t-il ? On s’en fiche, l’énergie qui irrigue le film prend le pas et nous force à passer à autre chose. La réponse à son départ viendra plus tard, annoncée par deux membres de la bande, sur le ton de la rigolade. Tout n’est qu’amusement et un défilé de situations dans lesquelles la jeunesse américaine trouvait du bonheur lors des 80’s, jamais il n’y a de gravité, de début de sous-intrigue pouvant apporter de la contrariété. Oui, on s’amuse mais le film dessine ses propres limites dans cet enjouement. Avec sa caméra neutre, quasi-documentaire parfois, Linklater déploie plus une imagerie qu’une réelle mise en scène. On connaît sa recette maintenant donc pas de quoi être surpris par sa posture en retrait.

Photo du film EVERYBODY WANTS SOME !!

© Metropolitan Filmexport

Tout ça fait de EVERYBODY WANTS SOME !! une sorte de cartographie de la joie. On explore toutes les fêtes possibles, du punk à la disco ou la country. Dans ce défilé aux allures vestimentaires un peu kitsch, jamais le film ne se positionne sur un registre moqueur et Linklater nous garde avec lui grâce à la galerie de personnages, solide et charismatique, sur laquelle il pose une regard plein de tendresse. L’occasion de prouver qu’il est un excellent directeur d’acteurs. C’est eux qui font le liant entre toutes les scènes, en étant par la même occasion un vecteur d’émotions. On constate, à mesure que le film avance, à quel point tous ont des failles. C’est un des composants du « college movie » – et plus globalement de la comédie américaine : avoir des personnages cools, funs, qui se dévoilent pour délivrer leur part d’humanité. Draguer les filles, chercher à plaire, défier ses amis, soit tant de choses que les garçons ont fait durant leur adolescence et n’importe qui peut s’identifier à cette brochette. Et l’amour, finalement. Dans la dernière partie du film, Linklater se lance dans la romance en nous servant carrément une sorte de reprise de Before Sunrise, où Jake et Beverly restent éveillés durant une nuit à flirter ensemble. On n’attendait plus cette conclusion à une sous-intrigue amorcée au début du film mais qu’on avait abandonné depuis, emporté par le rythme effréné des fêtes. Comme pour dire que l’amour finit toujours par arriver à un moment où à un autre.

« Une réussite joviale et séduisante, autant une réflexion sur le temps qui passe qu’un hymne à l’hédonisme. »

EVERYBODY WANTS SOME !! dépeint aussi les craintes de la jeunesse américaine qui se posaient des questions sur leur avenir et sur leur futur statut d’adulte. En ce sens, le personnage de Jay Niles est celui chez qui cette crainte s’exprime de la manière la plus exubérante. Ce joueur de baseball, lanceur, s’énerve pour un rien dès qu’on lui résiste et ne cesse de se vanter qu’il arrivera à devenir un joueur pro grâce à son niveau. Et lorsqu’il n’arrive pas à la hauteur de sa vantardise, il se braque et parle encore plus fort, multipliant les effets d’intimidations n’aboutissant jamais à des actions concrètes. Derrière ce personnage excentrique, le spectateur décèle la profonde peur d’un homme voulant à tout prix réussir sa vie professionnelle alors que d’autre savent d’avance que le baseball ne dure « qu’un temps ». Pourquoi s’inquiéter alors qu’on peut profiter de l’instant présent ? Finnegan le dit plus tôt dans le film : « On ne regrette pas ce qu’on fait. On regrette ce qu’on n’a pas fait« . Le dernier plan vient apporter une jolie réponse : Jake arrive à son premier cours de l’année et, au lieu de travailler pour son avenir, il s’allonge sur sa table pour se reposer. Il est encore bien trop tôt pour penser à l’avenir. Avec EVERYBODY WANTS SOME !!, Linklater prend le pari de capter l’essence d’une époque en se délestant d’un scénario structuré. Ce qui est bien plus dur qu’on ne le pense, le film n’étant pas à l’abris de tourner à vide. En résulte une réussite joviale et séduisante, autant une réflexion sur le temps qui passe qu’un hymne à l’hédonisme.

Maxime Bedini

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film EVERYBODY WANTS SOME !!

Titre original : Everybody Wants Some !!
Réalisation : Richard Linklater
Scénario : Richard Linklater
Acteurs principaux : Blake Jenner, Ryan Guzman, Tyler Hoechlin, Zoey Deutch, Glen Powell
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 20 avril 2016
Durée : 1h57min
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Synopsis : Dans les années 80, suivez les premières heures de Jake sur un campus universitaire. Avec ses nouveaux amis, étudiants comme lui, il va découvrir les libertés et les responsabilités de l’âge adulte. Il va surtout passer le meilleur week-end de sa vie…

 

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