Est-il encore nécessaire de présenter les Frères Coen ? Peu de réalisateurs peuvent se vanter d’avoir une filmographie aussi riche et pour ne pas tous les citer : Raising Arizona, , Miller’s Crossing, The Hudsucker Proxy et le truculent The Big Lebowski.

La trame de départ est assez conventionnelle, un vendeur de voitures endetté fait enlever son épouse par deux truands, afin de réclamer une rançon à son beau-père fortuné. Ce banal fait divers va rapidement se transformer en une intrigue abracadabrantesque, aux rebondissements multiples, entrent en scène les Frangins !

Pénétrons l’antre de la filiale Coen, de l’indispensable technicien-plateau à l’acteur, et jusqu’au compositeur, le schéma semble récurrent, mais ô combien productif, le tout orchestré sous le sceau d’une ingénue capacité à sans cesse renouveler le genre. dans le rôle d’Abby (Blood Simple, 1984) enfantait une relation charnelle avec les Frères dans une interprétation à couper le souffle. remettra le couvert cinq fois avec les Frères pour y laisser sa peau à chacune de ses sorties mémorables. suivra de près la voie tracée par Buscemi. La machine infernale ne peut plus être stoppée ! Grâce à Dieu…

Photo du film FARGO

, petit hameau isolé des grandes Plaines agricoles du Minnesota – imaginons Jules Renard décrire cette pittoresque région bucolique typiquement américaine soufflée par les vents arides – sert de prétexte aux Coen pour planter un décor au blanc manteau – imagine, Lecteur, la moindre petite goute de sang imprégnant cette immaculée surface, ainsi que certains facies en avant-plan, ou sales gueules pour faire moins catholique ! La réalisation, truffée de plans fixes – Lecteur, l’emprise d’un plan fixe sur ton inconscient stimule toutes tes velléités cérébrales – instaure un climat de noirceur subjugué par la blancheur virginale du décor naturel, deux univers se confondent. L’opacité et l’étroitesse d’esprit s’opposent à l’immaturité et la transparence d’autres, le manque d’humanité et le détachement cynique avec la réalité donne des sueurs froides.

Aux confins d’un univers qui oscille entre visibilité et invisibilité, les Coen distillent avec une sensibilité artistique les strates qui matérialiseront une forme quasi-inégalable de l’art du cinématographe.

Là où le trait de génie des Frangins s’affirme : les personnages. Les Coen brossent des portraits d’une authenticité peu commune – Dostoïevski les aurait dépeint comme des ‘Héros ordinaires’. Sans l’once d’une caricature, la transcendance des caractères s’impose d’elle-même, féroce, primaire, bestiale – Lecteur, n’aie crainte, Fargo n’est QUE du cinéma. Contre vents et marée, Marge (Frances McDormand) incarne cette volubile douceur, attise les passions, détricote placidement la trame scénaristique – Lecteur, l’idéal du calme se trouve dans un chat assis ; Marge personnifie ce symbole !

Que dire des performances de Steve Buscemi et de William H. Macy, la profondeur d’un puits sans fond s’y reflète – Lecteur, plonge ton regard dans ces abîmes aux contours équivoques, il fait bon s’y égarer.

Vincent

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FARGO, la "filiale" Coen frappe encore ! - Critique
Titre original : Fargo
Réalisation : ,
Scénario : Joel Coen, Ethan Coen
Acteurs principaux : William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi
Date de sortie : - (version restaurée)
Durée : 1h37min
4.5Note finale
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