Dans A MIDSUMMER’S FANTASIA, le réalisateur Jang Kun-jae raconte deux histoires en une, qui se croisent et se reflètent l’une dans l’autre. On suit dans un premier temps un réalisateur coréen venu faire des repérages dans une petite ville rurale japonaise pour le tournage de son film. Avec son assistante et interprète, il se balade dans la ville de Gojo et part à la rencontre des habitants et de leurs histoires, qui serviront de base à son film. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas tant de savoir ce qu’il va tourner, mais plutôt sur qui. Son intérêt se porte alors sur l’un des habitants. Un homme chargé de lui faire visiter différents endroits de la ville et qui, lors d’un entretien, évoquera le souvenir d’une rencontre avec une coréenne et le début manqué d’une romance. Cette romance sera le sujet de la deuxième partie d’A MIDSUMMER’S FANTASIA que Jang Jun-jae met alors en scène.

En utilisant ces deux éléments bien distincts, le réalisateur voit là un moyen de faire de son film une démonstration des différentes possibilités qu’offrent le cinéma. Différents types de montage, passant d’une voix in à off, jouant sur le mouvement et l’immobilité de la caméra… Une réalisation qui s’inscrit toujours avec justesse par rapport à ce qui est représenté. Une proposition des plus intéressantes, mais qui malheureusement se voit affaiblie par la sensation de tourner en rond.

Photo du film A MIDSUMMER'S FANTASIA

Pour s’assurer de bien distinguer ses deux parties, Jang Kun-jae adopte deux réalisations très différentes, presque divergentes. Le passage du repérage du tournage en noir et blanc, à la romance en couleur, est l’élément le plus visible. Cependant les variantes sont encore plus précises. Pour la première partie composée de conversations naturelles, comme prises sur le vif, il adopte régulièrement la forme de l’entretien. Caméra pointée uniquement sur son interlocuteur, en gros plan, il propose un montage de ces conversations en coupures nettes pour ne garder que les déclarations de la personne interviewée. Faisant ainsi d’une discussion une sorte d’entretien presque à sens unique dont il ne reste que les réponses.

Durant 45 minutes Jang Kun-jae nous fait découvrir, comme dans un documentaire ou un reportage, une ville presque vide. Peu de mouvements, à part quelques lents panoramiques pour suivre les protagonistes. Une mise en scène volontairement limitée, mais qui ne l’empêche pas de faire de jolies trouvailles en terme de cadre et de positionnement de caméra. Comme lorsqu’il utilise un poteau de surveillance composé de deux miroirs, permettant de voir marcher les protagonistes avant leur entrée dans le champ de la caméra, puis les observer s’éloigner après en être sortis. Jang Kun-jae produit ainsi une forme de montage sans coupure assez fabuleuse.

« A MIDSUMMER’S FANTASIA est imparfait et difficilement accessible, mais il a le don d’intriguer et de déboussoler. »

Malheureusement en restant autant dans la contemplation, le manque de rythme finit par nous plomber. Difficile de rester captivé tant il ne se passe rien. Un rebond viendra assez tardivement, et pourtant simplement à la moitié du film, avec la deuxième partie. Des couleurs apparaissent et nous voilà emmenés dans ce souvenir, dans la mise en image de l’histoire évoquée auparavant. Dès lors, Jang Kun-jae change radicalement sa mise en scène mais pas son cinéma. Débutant par un panoramique virtuose de 360°, il annonce le virage qu’il veut donner à sa réalisation. Les mouvements de caméra apparaissent en même temps que l’agitation aux alentours. Deux personnages se rencontrent, se promènent et se charment dans ces mêmes rues de Gojo, vues précédemment. Seulement une finalité est enfin visible. La naissance de leur romance devient un but pour le spectateur. Et Jang Kun-jae comprend qu’il doit nous intégrer à cela par sa réalisation avant tout, adoptant alors la caméra à l’épaule.

Photo du film A MIDSUMMER'S FANTASIA

Il y a avec A MIDSUMMER’S FANTASIA un problème de rythme évident, dû à des conversations trop longues et peu pertinentes, qui plongent parfois le film dans un certain ennui. De plus, le regret est évident tant on ressent une inégalité dans les enjeux des deux parties. Cependant, il ressort une réelle proposition de réalisation particulièrement osée. Trouvant même des rapprochements, par certains aspects, avec quelques dernières œuvres de Terrence Malick, pour le meilleur comme pour le pire. A MIDSUMMER’S FANTASIA est imparfait et difficilement accessible, mais il a le don d’intriguer et de déboussoler.

Pierre Siclier

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FESTIVAL DU FILM CORÉEN A PARIS 2015

CRITIQUES

A MIDSUMMER’S FANTASIA, de Jang Kun-jae
– ALICE IN EARNESTLAND, de Gooc-jin Ahn
ASSASSINATION, de Dong-hoon Choi
END OF WINTER, de Kim Dae-hwan
ISLAND, de Park Jin-seong
SPELLBOUND, de Hwang In-ho
VETERAN, de Ryoo Seung-wan

INTERVIEWS

Interview de Jang Kun-jae, réalisateur d’A MIDSUMMER’S FANTASIA

Interview de Kim Dae-hwan, réalisateur d’END OF WINTER

BANDE-ANNONCE