En 2014, le Festival du film coréen de Paris avait diffusé Roaring Currents de Kim Han-min, un blockbuster historique qui met en scène la célèbre bataille de Myong-Yang en 1597, entre la flotte coréenne et celle de l’envahisseur japonais. Célèbre du point de vue du public coréen, davantage au fait de ces événements que les spectateurs occidentaux. Il était d’ailleurs difficile pour nous, face à son approche hyper spécialisée, trop ancrée dans un lointain passé, de trouver un grand intérêt à cette grosse machine. Avec ASSASSINATION, projeté lors de cette 10e édition du festival, il est à nouveau question d’un conflit entre la Corée et le Japon, mais ici d’une autre époque. Celle du début du XXe siècle, lorsque la Corée fut colonisée par le Japon – un sujet d’ailleurs abordé en profondeur mais par la métaphore, dans La Pendaison de Nagisa Ôshima (1968). La fin de la Seconde Guerre mondiale et la capitulation du Japon en 1945 permettra à la Corée de se libérer de l’Empire japonais, mais sera séparée en deux zones d’occupation administrées par l’alors Union soviétique, au nord, et les Etats-Unis, au sud. Un film plus abordable car construit comme un divertissement classique, efficace et bien maîtrisé.

La Corée semble donc décidée à rappeler les atrocité subies par son voisin japonais. Mais sans entrer dans une approche historique pure, ni en prétendant à la moindre valeur politique avec ASSASSINATION. En effet le film utilise avant tout ce contexte épique pour développer une intrigue plutôt universelle. Tout à fait transposable, par exemple, pour le spectateur européen à la France de Vichy sous l’occupation Allemande. Plongé dans la Corée du début des années 1930, on suit dans ASSASSINATION une poignée de résistants qui projettent d’éliminer des membres importants du gouvernement japonais, qui occupe alors le territoire.

Assassination 2

Tout commence dans les années 1910 par un attentat contre un haut fonctionnaire japonais lors d’un rendez-vous avec un médecin bourgeois coréen. Ce dernier sauvera de justesse le Japonais, espérant bien profiter de son action pour s’attirer les faveurs du gouvernement en place, et accroître sa richesse personnelle. En apprenant que sa femme, secrètement patriote, est à l’origine de l’attentat, l’homme n’hésite pas une seconde à la faire éliminer. La suite du film se déroule alors en majorité en 1933 avec la mise en place de la tentative d’assassinat et ses aboutissements. Par cette introduction sanglante et terrifiante, ASSASSINATION annonce l’un des éléments les plus intéressants de son scénario. Celui de la collaboration. Celle de coréens prêts à sacrifier leur famille et leurs idéaux en rejoignant l’envahisseur, dans l’unique but de se sauver lâchement. Il a été évoqué ce médecin, également père de famille, qui compte marier l’une de ses jumelles à un général japonais – la deuxième enfant ayant échappé à son père grâce à sa nourrice. Il y aura également un agent double, assez vite révélé au spectateur mais qu’on ne nommera pas ici. Par sa présence le film laisse planer une inquiétude constante sur les chances de succès des assassins. Si cette succession de personnages aux buts cachés et divergents se révèle d’abord un peu confuse, le scénario d’ASSASSINATION finit par se mettre en place et parvient alors à nous transporter.

”ASSASSINATION ne sort pas des sentiers battus et il s’agit clairement du film annoncé, ce n’est pas plus mal.”

Il faut dire que Choi Dong-hoon n’est pas un débutant lorsqu’il s’agit de plaire aux exigences du public. En seulement cinq films, il est devenu un maître du box-office coréen, parvenant à établir plusieurs records d’entrées (les derniers chiffres d’ASSASSINATION annoncent 13 millions d’entrées). Le réalisateur sait offrir une œuvre parfaitement calibrée et sans fausses notes portée par la présence de ses acteurs (particulièrement Lee Jung-jae et Jeon Ji-hyeon). ASSASSINATION rentre dans cette catégorie de films peu personnels mais diablement efficaces. Avec les décors et les costumes qui offrent une parfaite reproduction de l’époque. Ou encore la faculté de Choi Dong-hon à proposer un rythme et une mise en scène bien sentis, sachant quand faire de l’action, nette et précise – une fusillade finale grandiose qui utilise parfaitement l’espace -, et quand se reposer sur son intrigue et sur l’évolution de ses personnages. Mais c’est avec ces personnages atypiques qu’il capte le mieux l’intérêt du spectateur. Par leurs différences et leurs relations entre eux, Choi Dong-hoon dispose d’intrigues secondaires qui lui permettent de varier les styles ; humoristiques, romantiques ou dramatique. ASSASSINATION ne sort pas des sentiers battus et il s’agit clairement du film annoncé sur le papier, ce n’est pas plus mal.

Pierre Siclier

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FESTIVAL DU FILM CORÉEN A PARIS 2015

CRITIQUES

A MIDSUMMER’S FANTASIA, de Jang Kun-jae
– ALICE IN EARNESTLAND, de Gooc-jin Ahn
ASSASSINATION, de Dong-hoon Choi
END OF WINTER, de Kim Dae-hwan
ISLAND, de Park Jin-seong
SPELLBOUND, de Hwang In-ho
VETERAN, de Ryoo Seung-wan

INTERVIEWS

Interview de Jang Kun-jae, réalisateur d’A MIDSUMMER’S FANTASIA

Interview de Kim Dae-hwan, réalisateur d’END OF WINTER

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[CRITIQUE FFCP 2015] ASSASSINATION

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