Comme chaque année le Festival du film coréen de Paris consacre sa section portrait à un jeune réalisateur pour qu’il présente son premier long-métrage. Pour cette 10e édition, c’est Kim Dae-hwan qui a été choisi. Après ses deux courts, Picnic (2010) et Interview (2011), le jeune homme s’attaque avec à un drame familial glaçant, difficile d’accès. Ici, la fin de l’hiver qu’évoque le titre, est aussi métaphorique que littérale ; un père de famille annonce soudainement à sa famille venue célébrer son départ en retraite qu’il veut divorcer. Sa femme, la première concernée, ses deux fils et sa belle-fille, sont tous pris au dépourvu. La situation déjà compliquée ne s’arrange pas avec l’arrêt des transports du aux fortes tombées de neiges qui bloquent les routes de cette petite ville de province et oblige la famille à passer les prochains jours ensemble.

Cet éclatement du cercle familial, Kim Dae-hwan aurait pu le représenter de bien des manières. On s’attend à assister à l’explosion des émotions des protagonistes, où chacun réglerait ses comptes et exprimerait son ressenti personnel. Il n’en est rien. La famille reste figée dans ses non-dits et dans la non expression. Le froid est palpable, l’ambiance est pesante dans une maison de plus en plus vide, et le malaise du contexte finit par imprégner le spectateur.

Photo du film END OF WINTER

La volonté de Kim Dae-hwan de nous mettre aussi mal à l’aise que les membres de cette famille, obligés de subir la situation, est compréhensible et louable. Cependant, à force d’appuyer un sentiment pesant, et uniquement sur cela, à défaut de développer des intrigues sous-jacentes plus pertinentes et vivantes, le film s’immobilise et n’avance pas vraiment. Ce qui tiendrait certainement bien sur un format plus court, est ici plus contraignant durant 1 heure 45. Pourtant, END OF WINTER évoque des personnages suffisamment complexes. Il est évident, pour le spectateur, mais moins pour les protagonistes qui s’interrogent sur la raison du père de divorcer, que la mère est détestable. Autant avec son mari qu’elle rabaisse depuis certainement toujours, qu’avec sa belle-fille à qui elle ne laisse rien passer. Néanmoins, le réalisateur pense à arrondir les angles. Montrant un semblant de complicité avec sa belle-fille, avec qui elle partagera une cigarette pour passer ses nerfs. Puis la rendant finalement plus pathétique qu’autre chose, tandis qu’elle ne peut exprimer sa haine pour son mari qu’en lui jetant des boules de neiges dans le dos, avant de finir à genoux, humiliée, et dans une situation qu’elle ne peut même pas fuir. Il en va de même pour ce mari, dont le silence, un temps compréhensible, finit par révéler sa lâcheté. N’ayant même pas le courage de faire face à ses enfants, il se contente d’attendre leur départ.

« À force d’appuyer un sentiment pesant à défaut de développer des intrigues sous-jacentes, le film s’immobilise et n’avance pas vraiment. »

On retrouve alors les mêmes caractères transmis à ces derniers. Le plus jeune est bruyant et ne se préoccupe pas vraiment de la situation, tandis que l’aîné reste apathique. Seule sa femme, qui le pousse à agir, amène une certaine énergie dans la famille mais également au film. END OF WINTER nous met face à la même attente. L’attente qu’une réaction de qui que ce soit survienne, qu’il se passe quelque chose. On attendra malheureusement jusqu’à la fin.

Il y a donc dans END OF WINTER l’intention de représenter les émotions par la mise en scène. Seulement ces émotions et ces sentiments étant constamment enfouis, Kim Dae-hwan reste dans une œuvre figée où il ne se passe pas grand chose. Tout est dans l’observation d’une famille qui n’a jamais su vivre, ni communiquer. Et cela se répercute inévitablement sur notre ressenti du film. A croire que Kim Dae-hwan veut nous forcer à rejeter cette famille qui, en se détruisant à petit feu, dépasse sa forme initiale pour venir gangrener le film lui-même. L’absence de dynamisme est justifiée mais est à double tranchant, pour un film qui trouvera certainement son public, et laissera les autres passer leur chemin en silence.

Pierre Siclier

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FESTIVAL DU FILM CORÉEN A PARIS 2015

CRITIQUES

A MIDSUMMER’S FANTASIA, de Jang Kun-jae
– ALICE IN EARNESTLAND, de Gooc-jin Ahn
ASSASSINATION, de Dong-hoon Choi
END OF WINTER, de Kim Dae-hwan
ISLAND, de Park Jin-seong
SPELLBOUND, de Hwang In-ho
VETERAN, de Ryoo Seung-wan

INTERVIEWS

Interview de Jang Kun-jae, réalisateur d’A MIDSUMMER’S FANTASIA

Interview de Kim Dae-hwan, réalisateur d’END OF WINTER

BANDE-ANNONCE