Cette année, notre coup de cœur du 10e Festival du film coréen à Paris pourrait bien être de Park Jin-seong.

Un film qui parvient à mêler à une histoire relativement simple, une réalisation riche et précise, toujours au profit d’une grande sensibilité. ISLAND, c’est l’une de ces œuvres fragiles qui peuvent s’effondrer au moindre coup de vent. Un film qu’on prendrait bien dans ses bras tant il parvient à nous séduire. Qui imprègne son spectateur et reste inévitablement ancré dans sa peau. Et finalement, un film si simple dans ce qu’il montre et dans les émotions qu’il provoque, qu’il laisse avec un certain vague à l’âme.

D’autant plus fort qu’à la vue du synopsis le film semble peu original : Un homme arrive sur l’île de Jeju, pour prendre possession de la maison de son grand-père. Dans la région, des rumeurs courent autour de cette inquiétante demeure… Selon certains, un fantôme s’y promènerait la nuit. Le nouveau venu n’y prête guère attention. Mais la première nuit venue, il va se rendre compte que cette maison n’est pas comme les autres…

Photo du film ISLAND

Si ce synopsis se montre particulièrement vague, c’est justement parce qu’avec ISLAND il n’est pas vraiment question de ce que raconte l’histoire (ici simple, évidente et facile à deviner) mais plutôt de la manière de la présenter, tout en délicatesse. Dès lors qu’importe qui est cet homme mélancolique, appelé K par la jeune fille bavarde qu’il rencontre à son arrivée. Qu’importe les éléments du passé autour d’une mystérieuse île, révélés par les esprits qui hantent la maison de K. Avec Park Jin-seong il est question de sensation, d’ambiance étrangement poétique et onirique venue directement du choix du noir et blanc. Un noir et blanc bien particulier puisque composé davantage de nuances de gris que de véritable noir. Le blanc est omniprésent dans le paysage et donne l’impression que tout pourrait s’évaporer au moindre instant. La mer est claire, surplombée d’un rideau nuageux opaque, suffisant pour ne pas laisser apparaître le moindre rayon de soleil et la moindre sensation de chaleur. Une image et un jeu de lumière tout simplement sublimés par le réalisateur. En poussant cette esthétique à l’extrême durant le jour, celui-ci provoque un contraste fort avec la nuit tombée, seuls moments où le noir peut vraiment faire son apparition. Car c’est à ces moments-là que le réalisateur peut délaisser son personnage pour filmer l’histoire passée de ses fantômes.

« ISLAND, une œuvre rare qui affecte son spectateur dans l’immédiat. »

Durant ces séquences, l’étrangeté se poursuit. En passant d’une pièce à une autre d’un travelling latéral en contre-plongée, le réalisateur dévoile un autre monde par une simple illumination (travail toujours précis de la lumière et du cadre). Mais par son montage judicieux, le doute reste présent. On ne sait jamais s’il s’agit de vrais fantômes, de simples hallucinations ou d’un des rêves de K.
La réalité est trouble et c’est avec plaisir qu’on laisse Park Jin-seong nous balader au travers du passé flou de ses protagonistes.

Pour accompagner ce superbe visuel (dont on regrette à ce jour le peu d’images disponibles), le réalisateur compose avec un remarquable travail sonore. Un thème musical au piano, porteur d’un certain chagrin, qui revient sans cesse comme un fil conducteur. Park Jin-seong ne laisse rien au hasard pour faire de son œuvre un film sensoriel éblouissant. Précis et pertinent dans chacune de ses propositions, il fait d’ISLAND, merveilleux conte fantastique recouvert d’un voile brumeux, une œuvre rare qui affect son spectateur dans l’immédiat.

Pierre Siclier
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FESTIVAL DU FILM CORÉEN A PARIS 2015
CRITIQUES

A MIDSUMMER’S FANTASIA, de Jang Kun-jae
– ALICE IN EARNESTLAND, de Gooc-jin Ahn
ASSASSINATION, de Dong-hoon Choi
END OF WINTER, de Kim Dae-hwan
ISLAND, de Park Jin-seong
SPELLBOUND, de Hwang In-ho
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