Après trois courts-métrages Lucie Borleteau réalise avec Fidelio, l’odyssée d’Alice son premier long. Un film qui se déroule au sein de l’univers maritime, un décor insolite et assez unique. Sans jamais tomber dans la facilité avec son sujet, la réalisatrice offre un très beau film qui porte un regard pertinent sur la Femme. Son héroïne qu’interprète la belle Ariane Labed (Prix d’Interprétation Féminine au Festival du film de Locarno 2014) est une femme libre, au même niveau que les hommes, présents dans son quotidien, et jamais soumise au jugement. Le travail de Lucie Borleteau est habile et elle parvient à maîtriser son œuvre de manière simple et efficace.

Alice (Ariane Labed), 30 ans, est marin. Elle est appelée en remplacement sur le Fidelio, vieux cargo marchand, suite à la mort d’un membre de l’équipage. Elle quitte comme à chaque fois son compagnon Félix (Anders Danielsen Lie) pour embarquer. Sur le navire elle découvre que le commandant du navire n’est autre que Gaël (Melvil Poupaud), son premier grand amour. Sa présence ravive des souvenirs et rapidement elle entame avec lui une relation.

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© Pyramide Distribution

En mettant en scène la quasi-totalité du film sur le Fidelio, Lucie Borleteau  place d’emblée le spectateur dans un huis clos oppressant. Aucune musique n’est utilisée, uniquement les bruits de l’environnement, et particulièrement ceux de la machinerie. Un son monstrueux qui offre une ambiance étrange et fait du navire un personnage du film. Ce bourdonnement incessant est ainsi le quotidien de ces marins. Une agressivité sonore mais également physique et morale. Une scène étonnante, le bizutage violent d’un jeune de l’équipage. Contrairement aux protagonistes qui s’amusent de cet événement, le spectateur reste mal à l’aise car mis face à un monde inconnu. Il faut pourtant accepter l’ordinaire de ces marins qui se lient comme une famille. Une famille où chacun s’offre mutuellement en cadeau une prostituée lorsqu’ils sont sur terre. Surprenant et inattendu. D’autant plus avec la présence d’Alice. Unique femme à bord, elle s’intègre parfaitement à ce cadre, à la fois observatrice et actrice. Elle joue comme les garçons et s’amuse de leur attitude. Malgré tout elle est confrontée à sa condition de femme et subit dans un moment de faiblesse une agression sexuelle par l’un des marins. Un élément déclencheur que la réalisatrice traite adroitement. On pense voir venir la suite, une Alice soumise à un homme plus fort qu’elle, n’osant pas signaler cet événement. Il n’en est rien. Elle parvient à retourner seule la situation sans se positionner en victime. Elle prend le dessus sur cet homme méprisable et l’oblige à quitter le navire à la prochaine escale. Car Alice est avant tout une femme qui domine et contrôle sa vie.

”Lucie Borleteau porte un très beau regard sur cette femme. Sa mise en scène met parfaitement en avant le corps de la magnifique Ariane Labed”

Ainsi, Fidelio, l’odyssée d’Alice est un film féministe comme on en voit trop rarement. Pas de clichés ou de scènes prévisibles. Alice est simplement une femme considérée de la même manière que les hommes. Elle montre les mêmes capacités dans son travail et est traitée au même titre que ses collègues masculins. Sauf que là où le film trouve une spécificité c’est dans le traitement de la sexualité de la jeune femme. Comme les hommes à bord, Alice enchaîne les conquêtes. C’est un personnage volage, sorte de Don Juan au féminin, jamais jugée pour autant. Sa situation est mise en relief avec le marin décédé qu’elle remplace. En arrivant sur le navire elle découvre et garde le journal intime de ce dernier. Dedans elle découvre un homme qui enchaînait les femmes, surtout des prostitués, mais qui n’a jamais réussi à aimer. Il souffrait d’une maladie au cœur et ceci fait écho à son absence de sentiment. En cela Alice se reflète en lui tout en étant son opposé. A l’inverse de cet homme, elle, semble trop aimer. En voulant poursuivre deux relations simultanément, avec Félix et Gaël, elle voudrait tout avoir. Bien sûr ses actes ont des conséquences. Mais les principales victimes seront les hommes. Cela fait d’elle un personnage en partie amoral mais fascinant et sympathique pour le spectateur. Car Lucie Borleteau porte un très beau regard sur cette femme. Cela passe par sa mise en scène qui met parfaitement en avant le corps de la magnifique Ariane Labed. Il y a sa nudité filmée de manière naturelle, toujours dans la longueur (format scope). Il y a son visage très féminin qui contraste avec sa blouse de marin plutôt masculine. Ou simplement ses yeux bleus qui font échos avec le décor, un océan à perte de vue qui entoure le quotidien d’Alice. Cet océan est comme son caractère et son appétit pour les hommes, presque infini. Enfin l’affection qu’on éprouve pour Alice provient de sa relation avec l’un de ses collègues, Antoine (Pascal Tagnati) qui devient un ami et un confident. Une relation sans ambigüité entre un homme et une femme. Ce dernier ne porte pas d’avis sur l’attitude d’Alice. Au contraire, il trouve en elle un compagnon à qui il peut montrer ses nombreuses conquêtes. Comme le spectateur finalement, Antoine s’amuse de la vie d’Alice. En témoigne la dernière scène du film, un superbe dernier regard complice entre Alice, Antoine, et un nouvel homme, qui vient conclure parfaitement le film.

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© Pyramide Distribution

Avec un sujet et un décor étonnants, Lucie Borleteau fait de Fidelio, l’odyssée d’Alice une bien belle surprise. Pour cela la réalisatrice est allée suivre une amie engagée dans la marine. Elle partage ainsi une part de son expérience réintroduite dans une histoire d’amour particulière. La jeune femme parvient à lier l’aspect violent et dur du métier de marin à une mise en scène douce et précise sans jamais porter de jugement sur ses personnages. Fidelio, l’odyssée d’Alice est certes féministe mais c’est avant tout un film beau, intelligent et vrai !

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INFORMATIONS

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Titre original : Fidelio, l’odyssée d’Alice
Réalisation : Lucie Borleteau
Scénario : Lucie Borleteau, Clara Bourreau, Mathilde Boisseleau
Acteurs principaux : Ariane Labed, Melvil Poupaud, Anders Danielsen Lie
Pays d’origine : France
Sortie : 24 Décembre 2014
Durée : 1h37mn
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Alice, 30 ans, est marin. Elle laisse Félix, son homme, sur la terre ferme, et embarque comme mécanicienne sur un vieux cargo, le Fidelio. A bord, elle apprend qu’elle est là pour remplacer un homme qui vient de mourir et découvre que Gaël, son premier grand amour, commande le navire.
Dans sa cabine, Alice trouve un carnet ayant appartenu à son prédécesseur. La lecture de ses notes, entre problèmes mécaniques, conquêtes sexuelles et mélancolie amoureuse, résonne curieusement avec sa traversée.
Au gré des escales, au milieu d’un équipage exclusivement masculin, bercée par ses amours qui tanguent, Alice s’expose au bonheur de tout vivre à la fois et tente de maintenir le cap…

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[Critique] Fidelio, l’odyssée d’Alice

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