Affiche du film FIGHT CLUB

Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d’autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C’est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l’échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d’anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l’amour de son prochain.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de sortie : 10 novembre 1999
Réalisé par David Fincher
Film Fight Club
Avec Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham Carter
Durée : 2h15min
Bande-Annonce :

Vous n’avez jamais vu Fight Club ? Sortez ! Le film se construit autour d’un twist ending, l’un des plus stupéfiants du cinéma, il serait impardonnable de vous le gâcher en ces quelques lignes. Impossible non plus de le passer sous silence tant il est la pierre angulaire de l’œuvre. Si parfois les scénaristes abusent de twist narratif, dopant artificiel d’une histoire faiblarde, ici il n’est pas un effet mais un propos.

Fight Club est l’adaptation du livre éponyme de Chuck Palahniuk. A son état embryonnaire, Fight Club passe de main en main et pas des moins habiles : Peter Jackson (Le Seigneur Des Anneaux), Bryan Singer (Usual Suspects), Danny Boyle (Trainspotting, Slumdog Millionaire). David Fincher hérite finalement du projet (il a alors réalisé Alien 3, Seven et The Game). Comme sa filmographie le confirmera plus tard, il est un homme de son époque. Certains lui reprochent d’ailleurs un cinéma trop actuel et sans recul. Fight Club, film de la génération MTV aliénée par la consommation, sans combat ni idéologie résonne étonnamment avec la trajectoire du réalisateur ; Fincher s’est formé aux clips (Mickael Jackson, Madonna, The Rolling Stones, …). Qui mieux qu’un pur produit du système pour le mettre à mort ? Le ver était dans la pomme.

Photo du film FIGHT CLUB

Le protagoniste (Edward Norton) est également notre narrateur, il nous guide via une voix off plutôt old school mais que David Fincher utilise brillamment. Ce personnage sert trop le propos du film pour ne pas être caricatural. Agent d’assurance, chemises CK, loft Ikéa, … Le scénario met en scène des archétypes mais cela peut se défendre. La société est présentée comme un grand théâtre, les relations sociales y sont factices, nous y sommes des caricatures de nous-mêmes, des êtres homogènes.

Histoire de la schizophrénie de notre époque, écartelés entre consommateurs dociles et révolutionnaires nihilistes.

Fight Club désigne à la fois ces clubs de combat clandestins fleurissant les grandes villes américaines mais également le conflit interne du protagoniste, littéralement partagé entre deux identités. L’incarnation d’Edward Norton ne porte pas de nom, il est une chose indéfinie qui choisit inconsciemment de combler ses insomnies grâce à son alter ego, Tyler Durden (Brad Pitt). De la dialectique s’instaurant entre ces deux facettes, nous en déduisons le combat, la douce schizophrénie se jouant en nous. D’une part cet individu consommateur, se définissant par l’avoir. Il s’embourbe dans la haine de soi et la pulsion de mort, il est prisonnier. De l’autre côté du ring, un individu sûr de lui, agressif, retournant la pulsion de mort contre la société, un nihiliste.

« God damn it, an entire generation pumping gas, waiting tables; slaves with white collars. Advertising has us chasing cars and clothes, working jobs we hate so we can buy shit we don’t need. We’re the middle children of history, man. No purpose or place. We have no Great War. No Great Depression. Our Great War’s a spiritual war… our Great Depression is our lives. We’ve all been raised on television to believe that one day we’d all be millionaires, and movie gods, and rock stars. But we won’t. And we’re slowly learning that fact. And we’re very, very pissed off. »  Tyler Durden

Le film est également captivant du point de vue philosophique puisque Tyler Durden reprend à son compte la doctrine antique des cyniques. Un Diogène sans collier, lâché dans une société en fin de millénaire. Quelque chose d’apocalyptique décore le film, la fatigue de soi transparait de quasiment tous les personnages, la société semble en bout de course, trébuchante. Dans ce climat, Tyler prône l’ascétisme, la confrontation à notre condition éphémère et l’extermination de toute peur.

Il est difficile de conclure si nous avons été subjugués par le film ou par le livre. Certes, David Fincher est l’homme de la situation (bien que nous regrettions une réalisation pleine d’esbroufe) mais c’est avant tout l’histoire qui est toute puissante. La mise en scène alerte de Fincher alliée à ce scénario brillant produit un pur divertissement. Là ne s’arrête pas l’œuvre, elle se rumine et produit encore ses effets plus d’une décennie après sa sortie en salles. Qui, après un passage chez Ikéa, n’a pas partagé le rêve de Tyler Durden de ce monde vieillissant s’écroulant sur Where is my mind ?

Photo du film FIGHT CLUB