FLEUR DE TONNERRE est le premier long-métrage de la réalisatrice Stéphanie Pillonca-Kervern, adapté avec Gustave Kervern du roman éponyme de Jean Teulé. L’histoire se déroule sur les terres de la Bretagne de 1880 en plein marasme économique, accablée par le régime en place.

Le film pose avec subtilité les fondations de l’une des plus grandes tueuse en série, guillotinée en 1852, avec un nombre de morts estimé à plus de soixante. Hélène Jégado, que tous surnomment “Fleur de Tonnerre”, est une fillette en souffrance. Isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Le manque évident d’amour, la maltraitance et la peur entretenue par les vieilles croyances de mort rabâchées pendant l’enfance ne font jamais bon ménage avec un esprit tourmenté et fragile. Son rapport à la religion et ses rencontres avec les représentants du clergé omnipotent ajoutent encore à sa confusion.

Photo du film FLEUR DE TONNERRE

FLEUR DE TONNERRE et ses secrets.

Déborah François (Hélène) trouve ici un très beau rôle de femme tout en nuances. Tour à tour dure et insensible, douce et amoureuse ou en pleine crise de folie et de violence. Tout autant capable de malaxer amoureusement sa pâte à gâteaux dans laquelle elle verse le poison que d’assister sans émotion à la mort de ses victimes. Rencontrée au Festival du Film Francophone d’Angoulême, l’actrice expliquait avoir préféré ne pas lire le roman tout de suite et s’en tenir à la version un peu moins maléfique de la réalisatrice. Celle-ci lui a laissé toute latitude pour emmener son personnage très loin. Et c’est vrai qu’elle donne littéralement de sa personne. Afin de lui donner sa propre vérité et être absolument crédible, l’actrice a tenté de comprendre mais sans vouloir l’excuser, la récurrence des actes de la part de cette femme qui a réellement existé.

Elle a rencontré des psychiatres et fait des recherches sur les femmes empoisonneuses, les comparant même les unes aux autres. Par exemple, elle n’a pas retrouvé en Hélène, plutôt seule dans son délire avec l’Ankou, la manipulation typique d’une adolescente psychopathe, telle que l’avait dépeinte Claude Chabrol dans Violette Nozière – inspiré de l’histoire réelle d’une jeune criminelle du début des années 1930. Puiser la noirceur et transcender son ressenti n’a pourtant pas été simple pour Déborah François. Troublée de toujours être sur le fil entre comédie et réel, elle a parfois craint de voir son intégrité psychologique basculer. Épuisée nerveusement à la fin du tournage, elle a d’ailleurs eu du mal à sortir de son personnage.

[bctt tweet=”« FLEUR DE TONNERRE est une histoire intense avec des scènes inégales »” username=”LeBlogDuCinema”]

La caméra de Stéphanie Pillonca-Kervern alterne avec justesse les interrogatoires d’Hélène dans le bureau du juge Hyppolite et les faits, entre ce présent et un passé semé d’empoisonnements en tous genres. Le face à face d’une grande intensité n’a pas à rougir face à des classiques du huis-clos que sont Le Juge et l’Assassin de Bertrand Tavernier (dont la réalisatrice assume la parenté) ou Garde à Vue de Claude Miller. Ces moments sont fondamentaux pour Hélène, qui se voit pour la première fois donner l’occasion d’expliquer ses gestes. Pourtant, elle ne livre pas tous ses secrets et le spectateur reste un peu sur sa faim. C’est Jonathan Zaccaï (Le bureau des Légendes) qui interprète avec sobriété le juge. Lui non plus n’a pas lu le roman, mais a rencontré un juge d’instruction. Conscient du rôle ingrat d’homme tronc, gardien de la neutralité avec un très grand pouvoir, il a essayé de lui donner de l’humanité.

Le rythme de FLEUR DE TONNERRE est parfois un peu trop lent mais a le mérite de laisser à l’empathie le temps de s’installer. La réalisatrice a un sens indéniable du détail et porte une attention rare aux sons entendus par Hélène. Ainsi, l’ouïe du spectateur sera sensible aux vagues qui viennent cogner contre les rochers, au souffle fort du vent, au bruit d’une plume sur le papier ou au doux tintement des trophées de pacotille que la jeune femme trimbale dans son sac. Malgré des scènes inégales, FLEUR DE TONNERRE se révèle donc une histoire intense porté par une actrice très inspirée.

Sylvie-Noëlle

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Mal écrit (sauf la scène avec Drouot et celles avec Féodor Atkins), mal filmé (on n’est presque jamais à la bonne place), mal éclairé (quelle image moche !), découpé et monté n’importe comment (il y a même une saute d’axe dans la scène de la mort de la petite servante), sans une seule idée de mise en scène (si, une : ce long plan fixe tout à la fin entre le curé et Jégado dans la prison, et puis le fait que pour une fois les comédiens aiment les ongles sales), ce film ennuyeux n’a qu’une seule qualité : son casting.

[CRITIQUE] FLEUR DE TONNERRE

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