Et si le Paradis se trouvait sur la Terre ?
Dans une nature abondante, verdoyante et généreuse ;
Entouré de femmes rondes, gourmandes et joyeuses ;
Goûtant aux plaisirs en tous genres,
Le vin, la littérature, le théâtre,
Et le foot ?
Ah belle Vie…

Le curé de la petite ville d’Uruffe croque la sienne à pleines dents et n’en boude aucun plaisir ! Il jouit de tout ce que la nature peut lui offrir, surtout si elle est humaine et féminine. FOU D’AMOUR est l’histoire d’un prêtre qui mène une existence à l’insouciance joyeuse jusqu’à ce que l’amour s’en mêle.

Le quatrième long métrage de Philippe Ramos réinterprète librement un fait divers survenu dans les années cinquante. Le réalisateur l’avait déjà adapté dans son court-métrage Ici-bas en 1996. Il plonge de nouveau dans cette histoire obscure. Pour la première partie, il choisit d’en faire un film drôle et frais, à l’image de la légèreté de vivre de son personnage principal. Pour la seconde, les événements et le ton prennent une tournure plus tragique.

Photo du film FOU D'AMOUR

© Alfama Films

Chapitre 1 : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre (…) Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour. ».

Le film adopte une narration pour le moins originale et surprenante. C’est en voix off que le prêtre, fraîchement guillotiné, nous restitue son histoire dans un ultime souffle, faisant de nous les jurés de son jugement dernier. L’originalité du film ne s’arrête pas là. Entre ses digressions hautement ironiques et adroites, le défunt curée nous livre le texte de La Genèse comme le fil conducteur de son récit. Dans FOU D’AMOUR il est question de bonne mœurs et de bonne chair – de foi évidement – mais dont on se joue et à laquelle on fait un pied de nez. Le sympathique curé rechigne à écouter les confessions de ses paroissiens mâles et préfère chevaucher sa motocyclette pour visiter les femmes et animer son atelier de théâtre… Dieu semble être tolérant. D’ailleurs le curé s’en persuade. Il se veut roi parmi les Rois : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme(…) ».

“Tout en texte biblique et en images contemplatives, FOU D’AMOUR mêle humour, intelligence et questionnement philosophique.”

Le divin semble même être le complice de cette vie gaie et délicieuse, nique permanente à l’ascétisme paroissial, notamment dans des scènes de masturbation exaltées sous le regard bienveillant des cieux ! Rien de grave ici bas pense-t-il, du moins jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de la chaste Rose. Le vertige de l’amour à visage humain pénètre alors son cœur et le détourne de son engagement originel. Et alors qu’il tombe amoureux et que son état contemplatif du monde se voit mis à mal par la détresse amoureuse, Dieu le rappelle à l’ordre : il n’y a qu’un Amour ! Peu à peu le prêtre, autrefois omnipotent, se perd et suffoque dans sa soutane auparavant si légère. Il doit se débattre à présent avec la folie.
Car aimer un autre que Dieu est le péché ultime. Son châtiment : la confusion, la peur, la culpabilité, le sang. L’enfer se referme sur lui fatalement dans les quatre murs de sa chambre dans laquelle il se tient à présent reclus. Comme Abraham, il attend un ultime signe de Dieu pour venir à son secours. Dieu l’a-t-il définitivement abandonné ?

Photo du film FOU D'AMOUR

© Alfama Films

La construction dramaturgique en diptyque respecte bien la dialectique des symboles lumière/ ténèbres, et illustre parfaitement la descente aux enfers de son protagoniste depuis son paradis épicurien. Cependant, ce choix engendre un léger bémol. Si on rit (étonnamment on rit) dans la première partie du film, la seconde qui impose une posture plus grave, souffre de quelques longueurs… Mais rien qui ne vienne entacher le plaisir général que procure le film. Melvil Poupaud, habitué des films de genre, passe formidablement bien du registre comique au registre tragique. Il interprète très justement son personnage entre drôlerie et démence et nous convainc sans effort du sain épicurisme qui le consume. De même, Dominique Blanc montre une fois de plus qu’elle est une grande comédienne. Bien que cantonnée à des dialogues du quotidien dans un second rôle, elle est gracieuse, précise et se révèle être une grande qualité du film.

FOU D’AMOUR est une œuvre originale et brillamment interprétée. Tout en texte biblique et en images contemplatives, le dernier film de Philippe Ramos mêle humour, intelligence et questionnement philosophique. On y rit et on se régale des textes sacrés ironisés – véritable plaisir pour l’esprit. Avant que le film ne touche à sa fin, que la lumière de la salle ne se rallume et que le prêtre rejoigne son tombeau à jamais, sa voix nous interpelle une ultime fois, nous spectateurs dans la salle de cinéma. Telle une âme déjà en lévitation il nous suggère de sortir, d’allumer une cigarette, de marcher un peu et de repenser à son histoire. L’histoire d’un prêtre parmi les hommes qui n’était qu’un homme parmi les femmes sur la Terre. Était-il coupable ou victime ?

Sarah Benzazon

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS
Affiche du film FOU D'AMOUR

• Titre original : Fou d’amour
• Réalisation : Philippe Ramos
• Scénario : Philippe Ramos
• Acteurs principaux : Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel
• Pays d’origine : France
• Sortie : 16 septembre 2015
• Durée : 1h47
• Distributeur : Alfama Films
• Synopsis : 1959. Coupable d’un double meurtre, un homme est guillotiné. Au fond du panier qui vient de l’accueillir, la tête du mort raconte : tout allait si bien ! Curé admiré, magnifique amant, son paradis terrestre ne semblait pas avoir de fin.

BANDE-ANNONCE

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