Brooklyn. Marseille. Un lien invisible et prégnant réunit les deux villes: la drogue.
Jimmy Doyle, alias Popeye, et Buddy Russo, aussi appelé Cloudy, deux flics de la brigade des narcotiques, déambulent dans les rues les plus sinistres de Brooklyn dans le but de mener une lutte sans merci et sans répit contre l’un des plus important fléau dès années 60 : l’héroïne. Flairant un gros coup, ils multiplient les astuces pour se rapprocher le plus possible des dealers.

Interdit aux moins de 17 ans après l’apparition de la classification au Motion Picture Association of America, FRENCH CONNECTION est le premier film classé de la sorte a remporté l’Oscar du meilleur film. Et ce n’est pas sans raison. Réalisme, poursuites et courses poursuites, filatures, paranoia grandissante. William Friedkin a su exploiter tous les moyens à sa disposition pour faire de FRENCH CONNCETION un film marquant dans l’histoire du cinéma.

Photo du film FRENCH CONNECTION

Jouant au journaliste plus qu’au réalisateur, il s’est mis en tête d’être le plus réaliste possible. Tournant pendant l’un des hivers les plus froids d’Amérique, le réalisateur laisse volontairement son acteur principal, , faire les cents pas dehors pour s’imprégner du rôle et des difficultés de la profession de policier. Pour renforcer ce sentiment de réel et ces gestes, William Friedkin fait vivre à « ses » deux flics des perquisitions et descentes tout en prêtant l’oreille à ses conseillers Eddie Egan et Sonny Grosso, les deux policiers qui ont inspiré le film. Mais plus encore. William Friedkin est prêt à tout pour donner à son film un air authentique. Il choisit alors de tourner l’une des courses poursuites parmi les plus célèbres du 7eme art sans la « planifier » et sans la préparer au millimètre prêt. La voiture lancée à toute allure doit naviguer dans la circulation régulière de Brooklyn. Le réalisme, l’authenticité, la voiture cabossée et Gene Hackman affolé finissent dans le décors (sans préméditation). Le résultat final est saisissant de sobriété et de spectaculaire. L’équilibre cinéma/ réalité a trouvé dans ce film une nouvelle limite à surpasser. Le grain même de la pellicule (dont William Friedkin a avoué n’être pas mécontent de sa fin!) apporte la dernière touche esthétique à ce film qui définit une nouvelle relation entre documentaire et fiction.

Mais les ambitions de William Friedkin ne s’arrêtent pas là. New York (et plus particulièrement Brooklyn) et Marseille deviennent des personnages à part entière. Les personnages se débattent avec les rues labyrinthiques et les stations de métro qui deviennent des opposants tout-puissants. Chaque recoin, chaque escalier se transforment en une menace invisible, omnipotente et  insoupçonnée. La qualité même de la photographie et son coté granuleux aux couleurs toujours plus proches du « blanchâtre » offrent une dimension toute particulière à ses décors si différents les uns des autres et si similaires. En effet, le dédale des vieilles rues sinueuses de Marseille, les villas des bords de la méditerranée épousent parfaitement les quartiers post-apocalyptiques et abandonnés et les bars malfamés de Brooklyn grâce au trait d’union produit par le travail du directeur de la photographie : Owen Roizman.

« William Friedkin réalise un film culte et magistral, qui ne subit pas les aléas du temps et restera une source d’inspiration pour les générations de cinéastes à venir. »

Pièce majeure du film, Gene Hackman, « maltraité » par William Friedkin pendant le tournage, est une raison suffisante pour regarder FRENCH CONNECTION. Incarnant à la fois un idéal de justice, ses limites et ses déviances, Popeye devient un personnage à part en contournant et en franchissant les interdits. Tout comme le réalisateur est prêt à tout pour faire de son film un film réaliste, Popeye, alias Gene Hackman, est prêt à aller jusqu’au bout dans sa chasse aux fantômes. Chassant les dealers et les truands, le personnage court après tout face à ses propres démons et les souvenirs de ses propres échecs. Le futur est destiné à rattraper le naufrage passé, la course poursuite et la filature ne sont qu’un moyen pour conclure une affaire qui n’est toujours pas achevée. À la recherche de la rédemption que seule une arrestation finale est susceptible de rendre possible, Popeye n’est plus son propre maître. Il abandonne toutes les valeurs et les vertus associées à sa quête pour pouvoir la remplir. Par son biais, William Friedkin présente pour la première fois un personnage de flic tourmenté et cassé qui s’approprie les vices qu’il combat.

 @Marie9Pons

INFORMATIONS

Affiche du film FRENCH CONNECTION


+ Nos avis sur la filmo de Friedkin

• Titre original : French Connection
• Réalisation : William Friedkin
• Scénario : Ernest Tidyman d’après l’oeuvre de Robin Moore et d’Edward M. Keyes
• Acteurs principaux : Gene Hackman, , , , , , ,
• Pays d’origine : américain
• Sortie : 1972 – ressortie 19 août 2015
• Durée : 1h44
• Distributeur : Capricci Films
• Synopsis :Deux flics des stups, Buddy Russo et Jimmy Doyle, dit Popeye, se retrouvent sur la piste d’une grosse livraison d’héroïne en provenance de Marseille. De planques en filatures, d’arrestations en courses-poursuites dans les rues de New York, Popeye et Russo vont démanteler ce que les archives du crime appellent désormais… la French Connection.

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