Deux hommes, nommés tous deux , traversent en voiture le désert californien vers une destination qui n’est connue que d’eux seuls. Persuadés d’atteindre bientôt leur but, les deux amis décident de terminer leur périple à pied.
Mais Gerry et Gerry ne trouvent pas ce qu’ils sont venus chercher ; ils ne sont même plus capables de retrouver l’emplacement de leur voiture. C’est donc sans eau et sans nourriture qu’ils vont s’enfoncer plus profondément encore dans la brûlante Vallée de la Mort. Leur amitié sera mise à rude épreuve.

Note de l’Auteur

[rating:10/10]

Date de sortie : 3 mars 2004
Réalisé par
Film américain
Avec ,
Durée : 1h 43min
Titre original : Gerry
Bande-Annonce :

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Une voiture roule lentement accompagnée du piano mélancolique d’Arvo Pärt. Un soleil omniprésent qui berce l’image d’un halo de lumière. Ainsi débute Gerry, la merveille signée Gus Van Sant, une heure et demie d’une expérience contemplative unique. Né d’un voyage en Argentine avec deux acteurs, Matt Damon et Casey Affleck également co-scénaristes du film, Gerry prend la pensée actuellement en cours à Hollywood à contre-courant. Ici, pas de narration implacable, pas de psychologie appuyée, peu de dialogues: tout s’établit par le visuel, les sensations, les non-dits, les silences… Deux hommes et le désert suffisent pour raconter l’humanité. Gus Van Sant étire de sublimes plan-séquences jusqu’à l’hypnose, jouant divinement sur la dilatation du temps pour nous faire ressentir les doutes des deux personnages, perdus dans une nature immense et magnifique. L’amitié cède peu à peu au malaise, la balade vire au cauchemar.

Les points de repères s’effacent : une montagne de pierre devient une dune de sable, ciel et terre se confondent à l’infini. Pris dans un labyrinthe aussi bien physique que mental, les deux amis deviennent de simples pions indissociables d’un décor soudain trop vaste. La parole est de plus en plus rare. Seules les respirations rythment leur marche. La fatigue transforme les êtres en robots pathétiques, qui marchent mécaniquement vers une mort certaine. Le film confine alors au sublime et devient une œuvre abstraite d’une beauté inouïe, assemblage de tableaux qui se mue en un trip sensoriel. On pense aux toiles de David Hockney, au début et à la fin de 2001 L’Odyssée De L’Espace de . La divine musique de l’estonien Arvo Pärt et l’image somptueusement composée par le chef-opérateur ne font plus qu’une, jusqu’au final dénué de toute explication superflue. Gus Van Sant ne livre pas de clé. Sa trame reste volontairement minimaliste. Chaque spectateur peut ainsi se raconter sa propre histoire, construire son récit personnel, n’envisager Gerry qu’au premier degré ou fantasmer sur une quelconque interprétation.

Avec Gerry, Gus Van Sant entamait sa trilogie expérimentale qui sera couronnée d’une Palme d’or au 2003 pour le sublime

Avec Gerry, Gus Van Sant entamait sa trilogie expérimentale qui sera couronnée d’une Palme d’or au Festival de Cannes 2003 pour le sublime Elephant. Déjà avec le remake plan par plan de d’, il avait bousculé les conventions du cinéma contemporain en portant sur grand écran un projet d’art conceptuel grand public, hélas boudé par celui-ci. Gerry et Elephant comportent évidemment de nombreux points communs : même désir de filmer au plus près des corps et des affects, absence de justification psychologique, liberté narrative et improvisation lors du tournage. Le cinéaste de Portland réfléchit à l’avenir de la mise en scène. De son propre aveu, Gerry emprunte sa gestion de l’espace aux jeux vidéos. Les deux personnages sont souvent dans le même plan mais à des hauteurs différentes. L’une des scènes marquantes du film (Casey Affleck obligé de sauter dans le vide) rappelle étrangement un jeu de plate-forme. Elephant adoptera un principe différent, la vue quasi-subjective qu’ont les joueurs de Call Of Duty ou de . Et ce n’est pas un hasard si justement un des tueurs d’Elephant flingue Gerry lors d’une partie de console…