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ee Chang-dong a toujours été un cinéaste un peu à part dans le paysage très disparate – et pourtant très cohérent – du cinéma sud-coréen. Qu’il s’agisse du sublime OASIS, du cri de douleur étouffé qu’est PEPPERMINT CANDY ou du malheureusement méconnu SECRET SUNSHINE, le réalisateur a toujours su traiter avec empathie et admiration des personnages tabous de la société du Pays du Matin calme : handicapés mentaux, dépressifs, et autres êtres torturés par la vie. Ce n’est pas un hasard quand on sait que la Corée est le pays avec le taux de suicide le plus élevé au monde. Et même s’il n’est que producteur sur A GIRL AT MY DOOR, on sent son influence, ses codes, son empreinte artistique profonde sur le film de .

Là est l’aspect le plus intéressant de A GIRL AT MY DOOR : une justesse d’écriture remarquable, July Jung parvient à toucher des points sensibles de par les très nombreuses pistes de réflexion qu’elle propose. Les différents personnages étonnent, choquent, bouleversent, et ce aussi grâce au très beau casting réuni pour l’occasion : l’excellente Bae Doona – connue pour ses rôles dans AIR DOLL, THE HOST et CLOUD ATLAS – qui brille complètement dans ce qui est sans doute l’une des plus belles interprétations, d’autant plus quand on sait qu’elle a accepté de rejoindre le projet gratuitement, mais aussi la jeune Kim Sae-ron, déjà impressionnante dans THE MAN FROM NOWHERE et BARBIE.

© Epicentre Films

© Epicentre Films

Cette ambition de toucher au cinéma du réel, à des personnages profondément vrais et ancrés dans notre champ de vision quotidien, se ressent dans la mise en scène. Sobre, tragique, on n’est pas si loin de Ken Loach. Sauf que tout cela manque de vie, manque d’ivresse, de folie narrative et visuelle, de sensations, ou tout simplement démontre une proxémie trop grande avec le spectateur. Qu’il soit pessimiste ou optimiste, désenchanté ou naïf, il manque à A GIRL AT MY DOOR ce talent qu’ont ses compatriotes à faire ressentir n’importe quoi, n’importe quand. Faut-il y voir un film plus marginal au sein de l’industrie d’Hallyuwood ? Différent, le film de Jung l’est, mais cela ne change rien à sa principale limite : le désintérêt progressif du public, car si la dernière demi-heure brille par l’effacement des valeurs morales et philosophiques qu’on pensait acquises, le reste du film laisse à hésiter entre la curiosité pour le passé de ses protagonistes et un relatif ennui devant une intrigue aussi lente qu’elle peut paraître rouillée.

”Cette ambition de toucher au cinéma du réel, à des personnages profondément vrais et ancrés dans notre champ de vision quotidien, se ressent dans la mise en scène.”

Non dénué de qualités évidentes – surtout au niveau du casting – A GIRL AT MY DOOR n’est cependant pas la torture émotionnelle qu’on aurait pu attendre. Loin d’être fade, le premier film de July Jung est surtout fatiguant, amabile mais malheureusement doucereux. Il aurait peut-être fallu amputer le long-métrage de la moitié de son acte intermédiaire pour lui donner une force qu’il peine tout du long à trouver. Et ce malgré un sujet des plus osé.

CASTING
Titre original : 도희야 ()
Réalisation : July Jung
Scénario : July Jung
Acteurs principaux : , , , ,
Pays d’origine : Corée du Sud
Sortie : 5 novembre 2014
Durée : 1h59mn
Distributeur : Epicentre Films
Synopsis : Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…
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