D’un pitch assez simple, le réalisateur tente de tirer un exercice de mise en scène autour de la contrainte du huis-clos. Témoins malgré eux d’un règlement de compte après l’un de leurs concerts, les membres du groupe punk Ain’t right se retrouvent piégés par la bande de néo-nazis qui tiennent la salle de spectacle. Sur le fond, on s’aperçoit vite que le réalisateur n’a pas grand chose à dire, il veut surtout s’amuser, et nous avec (en passant par l’effroi et le suspense). Pourtant, au delà de la simple hybridation potentielle entre un Panic Room (David Fincher) et un Halloween (John Carpenter), le scénario effleure une contradiction qu’il est dommage de ne pas avoir davantage creusé. Dans l’introduction qui nous présente les membres du groupe, on saisit qu’ils mettent de côté leurs galères de thune pour se consacrer entièrement à leur musique. Tous sont donc peu ou proue les déclinaisons fades d’un Kurt Cobain ou d’un James Dean à mohawk. En plus ils revendiquent justement une forme de pureté dans ce mode de vie et de pensée, au-delà des apparences et des stéréotypes du courant. Comme le dit l’une de leurs chansons : « porter une crête ne fait pas de toi un punk« . Ils parlent de la mort avec désinvolture et se complaisent dans cette image fantasmagorique de « vivre intense, mourir jeune. » Leur posture no future est sur le papier en adéquation totale avec l’esprit punk.

Sauf qu’évidemment, face à l’imminence d’une exécution probable par un groupuscule néo-nazi, plus personne n’a envie de mourir. Le choix d’opposer aux punks des néo-nazis est plutôt ingénieux. Le mini-État totalitaire mis en place par repose sur la fascination implacable pour l’ordre, les membres trouvant leur raison d’être en donnant la mort ou en se faisant mourir pour la « cause ». La mise en scène de Jeremy Saulnier déshumanise totalement les néo-nazis, n’esquissant aucune explication sociale ou psychologique à cette dérive xénophobe et sanguinaire au beau milieu de l’Amérique. Ils sont méchants, ils apportent la Mort. Par extension, ils auraient pu très bien être remplacés par des robots tueurs ou des zombis. Leur mort à eux ne nous fait rien. Pire, elle nous réjouit.

Photo du film GREEN ROOM

© The Jokers /

Ce mécanisme d’empathie unilatéral pour le groupe marche très bien durant la première moitié du film mais n’arrive pas à maintenir l’intérêt au-delà. On était évidemment devenus concernés par le devenir des héros (vont-ils survivre ?) mais le film se suit alors de manière plus distante, alors que paradoxalement l’action s’accélère. Comme le réalisateur n’a pas creusé la contradiction entre l’esprit no future punk et l’imminence de la mort, le reste du film fonctionne en pilote automatique comme n’importe quel survival.

Cette banalisation du propos renvoie à une mise en scène très générique. Si on a pu évoquer au début de l’article les films Panic Room et Halloween, le film de Jeremy Saulnier n’arrive absolument pas à la cheville de ces références en matière de pure mise en scène. Ni l’espace ni le point de vue ne sont questionnés. Par conséquence, le réalisateur propose un découpage très classique alternant entre gros plans et plans taille, servi par un montage cantonné au nécessaire (sauf une envolée lyrique rafraîchissante via une succession de ralentis).

« Thriller efficace, GREEN ROOM échoue dans un choix de mise en scène trop tiède. »

Il aurait été intéressant de pousser le classicisme jusqu’au bout. Des plans fixes, des valeurs de plan plus larges auraient conféré au film une froideur cynique à l’image du grand méchant nazi joué par Patrick Stewart. La Mort serait alors apparue dans toute son ineffable et injustifiable horreur, prenant à défaut l’idéal romantique des musiciens punks qui voulaient « mourir jeunes ».

Dans la dernière partie du film, les survivants réussissent à prendre le dessus en se persuadant qu’il s’agit d’un jeu. Un tel basculement aurait été une parfaite occasion pour changer brusquement de mise en scène, passant d’une froideur cynique à un joyeux bordel d’effets gores (pensez au final de Django Unchained pour l’effet paint-ball). Jeremy Saulnier a préféré unifier le ton de son film via une forme très attendue de réalisme sobre. Il en résulte un spectacle agréable, mais somme toute tiède.

Photo du film GREEN ROOM

© The Jokers / Bac Films

Nulle volonté ici de cracher sur un film divertissant, une bonne série B qui se regarde entre potes ou avec sa copine pour la serrer dans ses bras au moment des éclaboussures d’hémoglobine. Le propos est plutôt de comprendre en quoi un bon film avait le potentiel pour être un excellent film. Car sans avancer ni sur la thématique (des punks no future confrontés à la matérialité de la mort), ni sur une réinvention des codes des genres survival ou thriller, ni en réfléchissant sur la signification de sa mise en scène. GREEN ROOM devient cet objet prétendument underground alors qu’il est un pur produit main stream. Durant le visionnage GREEN ROOM est un hallucinogène efficace, mais on sort de la salle avec l’impression d’avoir l’esprit vide, d’avoir été floué sur la marchandise, de ne pas avoir été transformé par le film.

Autant GREEN ROOM fait plaisir à voir, autant vous l’oublierez vite.

Thomas Coispel

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film GREEN ROOM

Titre original :
Réalisation : Jeremy Saulnier
Scénario : Jeremy Saulnier
Acteurs principaux :  , , Patrick Stewart
Pays d’origine : USA
Sortie : 27/04/16
Durée : 1h36
Distributeur : The Jokers / BAC Films
Synopsis : Un groupe de musiciens punks se retrouvent piéger après l’un de leurs concerts.

BANDE-ANNONCE VO

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