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Le premier film de Paul Thomas Anderson n’est pas vraiment un chef d’oeuvre, mais bien ce petit film prometteur qui préfigure un grand auteur.

HARD EIGHT est chroniqué dans le cadre d’un dossier consacré à Paul Thomas Anderson, établissant des liens entre les différentes œuvres de sa filmographie !

Le pitch : John a perdu tout son argent. Il rencontre Sydney et tous deux partent pour Reno, ville du jeu. Sous la tutelle de Sydney, John devient un joueur professionnel. Il tombe également amoureux…

HARD EIGHT nous propose d’emblée un univers singulier, dans lequel l’introduction lente et patiente du film nous permet de prendre nos marques. Il ne s’agit pas encore de mise-en-scène, mais d’installation de personnages.
Car la réalisation légèrement impersonnelle se fait rapidement sentir… À la fois talentueuse dans l’utilisation pure de la caméra, comme particulièrement inspirée. Paul Thomas Anderson ne cherche pas à masquer ses influences : Scorsese, évidemment. Son Casino (1995) traitait déjà en profondeur, le milieu vicié du jeu … Le réalisateur lui emprunte, au dela de cet univers, ce gimmick du mouvement vif de caméra qui disparaîtra petit à petit de sa réalisation. On peut également reconnaître l’inspiration Kubrick-ienne, dans ces plans fixes/séquences, virtuoses, composés avec précision… Puis dans cette froideur, cette vision désabusée de la nature humaine.

Seulement, si la forme peut convaincre sans surprendre, il faut également considérer ces quelques thèmes qui seront récurrents dans la filmo de P.T.A. (à l’exception relative de Punch Drunk Love): la transmission, la paternité, l’argent.

Plaçant son intrigue dans un univers unique, anxiogène même, Paul Thomas Anderson enferme ses personnages dans leur conceptions trop basiques du monde. Richesse, amour, honneur, bonheur…  Des notions constamment invoquées par les protagonistes, mais que nous ne verrons jamais : le casino est évidemment un filtre sociétal de l’âme, un catalyseur de drames.
Comme toujours chez P.T.A., ce qui impressionne, c’est la qualité de son écriture. Non seulement en termes de narration, mais également celle des personnages. L’enchevêtrement d’anecdotes en apparence aléatoire tisse une toile que seul le dénouement viendra démêler.

P.T.A (12)

La façon dont l’auteur amène ses situations est tout sauf conventionnelle : il s’agit d’abord d’installer une relation très forte, comme celle d’un père à ses enfants, d’interroger la viabilité de cette relation (Sydney est-il pervers, philanthrope ou intéressé ?)… Avant de tout chambouler en installant une mythologie plus classique (enfin, plus tarantin-esque précisément, caution Samuel L. Jackson à l’appui) mais très surprenante !

Dernier point que m’a fait remarquer Maxime, mon co-rédacteur sur ce dossier: l’humour.
Pas forcément ce à quoi l’on pense lorsque l’on évoque P.T.A… Pourtant, on retrouve cette feature dans chacun de ses films. Un humour doux/dingue dans Punch Drunk Love, dépressif et pathétique dans Boogie Nights, à la limite du burlesque dans le final de TWBB… Ici, absent lors des présentations et de l’apprivoisement mutuel des personnages, il intervient avec le personnage tiers de Samuel L. Jackson, comme un indicateur de cette fameuse perte de contrôle qui mènera au drame. Plus vicieux encore, l’humour est en quelque sorte le placebo de tout sentiment amoureux. Le tournant tragique que prend la romance à peine envisagée, entre John et Clementine, est ainsi introduit par un acte ubuesque, absurde. Twisted sens of humor

“Si la forme peut convaincre sans surprendre, P.T.A. aborde déjà quelques thèmes récurrents dans sa filmo : transmission, paternité, argent”

C’est dans la somme de ces différentes facettes que Paul Thomas Anderson parvient à trouver un ton unique, qui se rapproche de celui de sa fin de filmo, There Will be Blood et The Master. Comment le dieu-argent pervertit les valeurs fondamentales que sont la famille, ou la transmission.
HARD EIGHT tient déjà un discours assez passionnant qui, à défaut d’être exploré avec ampleur, annonce un cinéaste qui devra d’abord s’émanciper de ses influences avant de convaincre pleinement de son potentiel.

Georgelechameau

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[CRITIQUE] HARD EIGHT
Titre original :Hard Eight
Réalisation : Paul Thomas Anderson
Scénario : Paul Thomas Anderson
Acteurs principaux :Philip Baker Hall, John C. Reilly, Gwyneth Paltrow
Date de sortie : 28 février 1997
Durée : 1h42min
3.0Note finale
mise-en-scène
Scénario
Casting
Photographie
Musique
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