a été vu en partenariat avec le Cinéma Comoedia de lyon

Étant un novice total du cinéma de Hong Sang-Soo, difficile pour moi de rattacher le film au reste de sa filmo. Je ne peux donc juger que ce que j’en perçois… À savoir un très joli film, simple mais jamais simpliste, doux, délicat et même stimulant.

Le pitch est ainsi, ultra-simple :
Mori est un japonais venu à Séoul pour tenter de revoir un amour passé.
C’est la mise en image de ce scénario post-it alliée à une certaine sensibilité aux choses simples qui relève du génie. Je vais tenter d’en décrire l’essence, bien que cela constitue aussi un léger spoiler.

Première scène:
une femme reçoit en poste restante un paquet de lettres; elle commence à les lire. Elles racontent l’arrivée sur le sol coréen, d’un japonais Mori, venu à Seoul pour revoir un amour passé. La destinataire des lettres, suppose t-on. S’enclenche donc le véritable début de l’histoire, sous forme de flashbacks illustrant la lecture.
Rien de bien original, exceptée peut-être l’esthétique quasi-documentaire (plans et caméras fixes, image DV, zooms / dézooms inopportuns et anti-immersifs renforçant au final un coté voyeur cohérent) utilisée par Hong Sang-Soo pour capter ces instants. Ça, et ces omniprésentes mais assez insupportables notes de piano.

Hill of Freedom (2)

© Finecut Co.


Deuxième scène:
Apparemment malade, la femme trébuche dans un escalier et laisse échapper les fameuses lettres « portes d’entrée dans les souvenirs de Mori« . Elle les ramassera… Mais dans le désordre ! (elle en oubliera même une)
Et au film de continuer comme si de rien n’était, à illustrer la lecture par les flashbacks.

HILL OF FREEDOM, par ce tour de passe-passe d’une simplicité déconcertante, incite le spectateur à être attentif aux détails, à bien comprendre ce qu’il voit. Ce qui aurait du être une linéaire histoire d’amour perdu se mute en plongée ethnologico-romantique dans l’intime de ce petit quartier de Séoul. Car plus que la finalité, c’est l’instant qui compte, qui prend de la valeur. Chaque scène devient un micro-climax, puisqu’elle imprime – toujours avec Mori au centre – ses propres enjeux.
Tant pour Mori lui-même, qui « commence » une nouvelle vie faite de rencontres diverses et toutes singulières, que pour les autres personnages – intrigués et désireux de comprendre cet étranger, mais poursuivant néanmoins leur quotidien. Le spectateur est également incité à recomposer et à déchiffrer les tenants et aboutissants de cette intrigue.

Hill of Freedom (3)

© Finecut Co.

Le langage et le déchiffrage sont d’ailleurs au centre du film; Mori est un japonais exilé en Corée, ne parlant pas la langue locale et s’exprimant exclusivement en anglais. Cet anglais, également utilisé par tous les protagonistes en plus de leur langue natale, n’est pourtant jamais un frein pour la compréhension et la transmission d’émotions !
Ainsi, même la plus simple des banalités cachera une réflexion très profonde (on pense au très lourd historique entre Japon et Corée) de même qu’il est aisé de se cacher derrière la « simplicité » des mots anglais (time, love, etc.) pour éviter de réellement communiquer. À nous de déchiffrer tout cela, placés dans la même situation que Mori, c’est à dire un regard culturellement étranger mais curieux.

« Le film cache dans une apparente simplicité, une profondeur insoupçonnée »

En bref, HILL OF FREEDOM m’a complètement touché, par sa simplicité apparente masquant une délicate complexité.
Il me tarde de voir d’autres films de Hong Sang-Soo, et découvrir un peu plus un auteur manifestement doué pour faire passer beaucoup de choses avec peu.

Georgeslechameau

INFORMATIONS

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Titre original :
Réalisation : Sang-soo Hong
Scénario : Sang-soo Hong
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Corée du Sud
Sortie : 8 juillet 2015
Durée : 1h6min
Distributeur : Les Acacias
Synopsis : Mori, un jeune japonais, se rend à Séoul afin de retrouver la femme qu’il aime. Mais celle-ci est absente. Attendant son retour, il s’installe dans dans une chambre d’hôtes et y fait différentes rencontres.

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