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ISTOIRE DE JUDAS est un joli film. Vraiment joli.

ne se contente pas de suivre la version officielle imposée, malheureusement, par les dogmes, l’imaginaire collectif et la tradition. Il donne au contraire un point de vue apaisant et contemplatif de la relation entre Jésus et son intendant Judas qui, loin du fantasme de la trahison, personnifie l’amitié la plus loyale et l’honnête dévotion.

Honnête également est l’interprétation franche et sans artifices des personnages dont quelques répliques, faisant sourire par leur justesse, nous plonge curieusement dans leurs intimité et quotidien. Au risque de faire tiquer – mais je ne sais comment le dire autrement – dans le premier quart d’heure, Judas apparaît vraiment comme un mec cool. La théorie selon laquelle on a affublé Judas de tous les maux pour éviter qu’on s’intéresse de trop près aux bienfaits de son ministère et de son héritage n’ont pas fini de faire polémique mais est étonnamment séduisante. Ici, Judas efface les autres apôtres et devient bien vite le gardien de la parole du maître au sens le plus intégral. Il n’hésite d’ailleurs pas à détruire les écrits et, dans le contexte actuel, pourrait passer pour un dangereux censeur. Il n’en est rien. Si tant est que les mots soient le pouvoir, alors Judas a raison. Peut-être sent-il déjà la puissance morbide se dégager de ces parchemins qui, certes, retranscrivent de puissantes paroles, mais ont pour défaut majeur de les inscrire et de les figer dans le temps. Judas le sait : on peut et pourrait faire dire au Verbe Divin tout et n’importe quoi. Pas la peine d’aller plus loin dans la démonstration, la défiance à l’égard de l’Écrivain Malhonnête est absolument perceptible.

© Sarrazink Productions 2

© Sarrazink Productions

Deux autres personnages viennent consolider cette HISTOIRE DE JUDAS. Le fou Carabas – pertinemment interprété par les corps et visage ahuris de – dont la démence constitue déjà un pont avec le divin et la Nature, très présente, rendue admirablement par le son et la mise en scène théâtrale d’Ameur-Zaïmeche. Cette dernière sert l’histoire avec simplicité, préférant désert et ruines à une reproduction fidèle de la Judée peu avant notre ère. Ce choix a pour effet de décrocher le récit de son empreinte temporelle et en fait un conte universel emplit d’humanité où la suggestion de certains passages de l’histoire, connus de tous, suffit à nous attraper. Il est en outre très facile de voir Le Caravage dans l’inspiration du réalisateur dont les intérieurs offrent des visages sculptés par des noirs impeccables. Le prix du Jury Œcuménique du forum de la Berlinale possède une narration inéluctable et une lumière méditative au service d’une sobre mise en scène.

”Sobriété de cette HISTOIRE dont le premier plan résume à lui seul la simplicité de Judas”

Sobriété de la scène du marché, sobriété de celle du procès, sobriété de cette HISTOIRE dont le premier plan résume à lui seul toute la simplicité de Judas, un homme, humble et tout petit, qui monte au ciel et gravit la montagne non pas pour servir un Messie mais un ami.

 

Les autres sorties du 8 avril 2015

POURQUOI J’AI PAS MANGÉ MON PÈRE, THE HUMBLING, LOST RIVERJAMAIS DE LA VIECLOCHETTE, CAKE, PROFANATION (et Miséricorde), L’ASTRAGALE, DARK PLACES, HISTOIRE DE JUDAS, LEOPARDI, etc

 

INFORMATIONS

 


Titre original :
Réalisation : Rabah Ameur-Zaïmeche
Scénario : Rabah Ameur-Zaïmeche
Acteurs principaux : Nabil Djedouani, Mohamed Aroussi, Rabah Ameur-Zaïmeche, Régis Laroche, Xavier Mussel
Pays d’origine : France
Sortie : 8 avril 2015
Durée : 1h39min
Distributeur : Potemkine Films
Synopsis : Après une longue ascèse, Jésus rejoint les membres de sa communauté, soutenu par son disciple et intendant, Judas. Son enseignement sidère les foules et attire l’attention des résistants, des grands prêtres et de l’autorité romaine. Quand il chasse les marchands du Temple, Judas se révèle être le gardien des paroles du maître…

BANDE-ANNONCE

 

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