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Avec son nouveau film, Feng Xiaogang signe une farce politique aussi drôle que bouleversante, marquée par son parti-pris d’un cadre circulaire.

Le concept de I AM NOT MADAME BOVARY est des plus radicaux : le réalisateur Feng Xiaogang a en effet fait un choix des plus singuliers, puisque pendant près de 2h20, son film se déroule dans un cadre circulaire, occupant à peine la moitié de l’écran de cinéma habituel. Sporadiquement, I AM NOT MADAME BOVARY passera le temps de quelques minutes au fameux format carré de Mommy et des premiers films muets, et même à du 21/9, mais il est à peine mensonger d’affirmer que regarder le film du metteur en scène chinois, c’est observer l’action à travers un télescope.
Mais pourquoi ? C’est la première question que le pauvre spectateur, perdu devant une telle démarche, se posera. La réponse est simple, et trouve avant tout une justification esthétique : Feng fait ainsi écho à certaines peintures de la Chine impériale, visibles dès les premières secondes du film, alors qu’un narrateur (Feng lui-même) nous raconte l’histoire de Pan Jinlian, le personnage d’un conte moral chinois sur une femme conspirant avec son amant pour assassiner son époux. Le titre chinois du film se traduit d’ailleurs littéralement par I Am Not Pan Jinlian, les distributeurs internationaux ayant effectivement pensé que la figure de Madame Bovary trouverait plus de résonnance chez les spectateurs occidentaux plutôt que celle de Pan Jinlian.

Photo du film I AM NOT MADAME BOVARY

I AM NOT MADAME BOVARY

I AM NOT MADAME BOVARY s’intéresse aux déboires d’une femme pour prouver à l’administration chinoise que son récent divorce est en réalité un faux-divorce fomenté par son mari. Pendant plus de deux heures, on suit donc ses péripéties – procès après procès, manifestation après manifestation – sur de longues années pour se faire entendre auprès des autorités du pays. Pourtant, le film de Feng n’a rien à voir avec le sentimentalisme et le sérieux rigide et académique d’un Erin BrockovichI AM NOT MADAME BOVARY est une satire grinçante qui navigue quelque part entre Brazil (pour ses relents kafkaïen), les frères Coen (pour son humour noir pince-sans-rire absolument tordant) et Wes Anderson (pour la composition millimétrée de son cadre).
Ce n’est pas tant un film de personnages qu’une caricature. Des idiots à la botte du système peuplent un scénario qui fait la part belle à la moquerie de ces fonctionnaires dans cet énorme pamphlet contre la bureaucratie chinoise. Mais vanter la finesse de l’écriture ne saurait souligner la maestria esthétique du film de Feng : même si l’on a droit qu’à une simple bulle de cette composition, chaque couleur, chaque détail du cadre contribue à l’établissement de ce tour de force visuel.
Avec I AM NOT MADAME BOVARY, Feng Xiaogang détourne l’habituel pamphlet politique du cinéma indépendant chinois : ici, la tragédie sanglante de Jia Zhangke laisse place à un conte hilarant et touchant. Même si son parti-pris de base (ce fameux plan-cercle) pourra rebuter plus d’un spectateur, ce serait faire l’impasse sur un long-métrage inventif dans son fond, et magistral dans sa forme. Une grande réussite.

KamaradeFifien

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Excellent
Titre original : Wo Bushi Pan Jinlian
Réalisation : Feng Xiaogang
Scénario : Liu Zhenyun
Acteurs principaux : Fan Bingbing, Zhang Jiayi, Guo Tao
Date de sortie : 5 juillet 2017
Durée : 2h18min
4.0Note finale
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