Ce qui est incontestable dès les premières minutes d’IN THE CUT, c’est le grand talent de réalisatrice de . Sa maîtrise de la mise en scène et son esthétique personnelle sont présentes dès les prémices du film. Elle crée ainsi un univers unique et original qui nous plonge immédiatement dans le récit. La teinte surannée des plans (jaunâtres la plupart du temps), le sentiment de chaleur étouffante qui se dégage des corps et des rues, l’obstruction du cadre et le jeu sur le flou de la caméra donnent ainsi, dès les premiers instants, le ton du film : un New York des sensations, glauque et suintant, réinventé par la cinéaste. New York est d’ailleurs plus qu’un simple décor pour elle, c’est un personnage et son regard sur la ville et la vie new yorkaise, moite, transpirant, viscéral crée une atmosphère vraiment réussie.

L’ambiance imaginée, lugubre et sensuelle, est ainsi parfaite pour installer l’histoire de Frannie (), une professeure de lettres new yorkaise, naïve et complexée, qui est un jour témoin d’une scène de sexe dans un bar. Le lendemain, la jeune fille est retrouvée morte et peu de temps après, Frannie entame une liaison très crue avec le policier chargé de l’enquête () qui pourrait s’avérer être le meurtrier. Le récit allie donc polar et érotisme et aurait pu donner, au-delà de l’originalité du mélange, un portrait de femme très intéressant. Malheureusement, contrairement au chef d’œuvre de la réalisatrice La leçon de piano, où elle fusionnait magnifiquement une sublime esthétique naturaliste et un intense et profond portrait de femme, elle ne réussit, dans IN THE CUT, que le côté formel de l’œuvre.

Photo du film IN THE CUT

© Pathé

En effet, deux problèmes se posent. Tout d’abord le récit. La réalisatrice a voulu construire sa narration de manière énigmatique, mystérieuse, mais, de ce fait, on ne se sent pas vraiment concerné par ce que l’on voit. Très vite, l’intrigue policière passe au second plan, et la réalisatrice se concentre sur la passion amoureuse entre les deux amants. Cela aurait pu donner un parti pris captivant, cette dernière délaissant le thriller pour revenir à ses thèmes de prédilection, les histoires d’amour et de désir. Mais l’ennui est que l’on ne ressent pas vraiment l’attraction qui existe entre les deux personnages. Les scènes grivoises s’enchaînent sans que le désir ne soit présent. Nous ne comprenons ni l’alchimie des personnages ni l’appétence qui les anime.

Cet échec du récit est sans aucun doute dû au second problème de l’œuvre, le personnage de Frannie. L’histoire, c’est elle finalement. Le sujet du film est son émancipation, comment elle ‘’grandit’’ et devient ‘’femme’’ mais ce propos est beaucoup trop appuyé. Il semblerait que le seul dessein du film soit l’acceptation du désir, une idée surlignée sans subtilité. De même, les motivations de l’héroïne sont superficielles et manquent clairement de singularité : ‘’la fille naïve fascinée par un homme qui pourrait s’avérer dangereux’’ a déjà été vu et revu au cinéma. Le personnage de Frannie n’est donc pas assez écrit, complexe. Il est simplement là pour illustrer un propos et il en découle un caractère plat, creux, une caricature des portraits de femmes qu’a pu dessiner Jane Campion dans ses autres films.

« Entre réussite formelle et échec thématique, IN THE CUT s’inscrit harmonieusement dans la filmographie de Jane Campion. »

Mais même si la réalisatrice nous a habitués à mieux, on ne peut que se réjouir de sa ligne directrice. En effet, depuis ses débuts, elle n’a de cesse de construire une œuvre cohérente, basée sur l’exploration du désir féminin, s’essayant à des genres et des situations différentes, mais toujours avec un fil conducteur et des thématiques similaires. On retrouve d’ailleurs dans IN THE CUT, un intérêt tout particulier pour les arts, toujours lié à la libération du personnage (la littérature dans Un ange à ma table, la musique dans La leçon de piano). Tout comme dans son dernier long métrage Bright star, c’est ici la poésie qui est au centre de la vie de l’héroïne. Ainsi, s’il oscille entre réussite formelle et échec thématique, IN THE CUT s’inscrit dans tous les cas harmonieusement dans la filmographie de Jane Campion.

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JANE CAMPION SUR LE BLOG DU CINÉMA
PORTRAIT DE LA RÉALISATRICE

Artiste et cinéaste marquante de ces dernières années, Jane Campion s’est illustrée en parcourant des thèmes singuliers et universels, personnels et communs à tous, originaux et intemporels. Nous profitons de la réédition de sa filmographie en vidéo pour dresser un portrait de la cinéaste à travers l’analyse de l’intégralité de son oeuvre.

jane-campion

CRITIQUES DE SES DIFFÉRENTS FILMS

Analyses des courts métrages, Peel, Passionless Moments, A Girl’s Own Story, After Hours et The Water Diary;

Critique des Longs métrages
– SWEETIE, 1989
 UN ANGE A MA TABLE, 1990
– LA LEÇON DE PIANO, 1993
PORTRAIT DE FEMME, 1996
– HOLY SMOKE, 1998
– IN THE CUT, 2003
– BRIGHT STAR, 2009

Critique de la série
TOP OF THE LAKE, 2013

INTÉGRALE JANE CAMPION: le contenu du coffret

http://video.fnac.com/a8932259/Coffret-Jane-Campion-12-films-Edition-speciale-Fnac-DVD-DVD-Zone-2ob_d32b08_3d-boxset-br

Contenu du coffret DVD 

Courts métrages :
– PEEL, 1982
– PASSIONLESS MOMENTS, 1983
 A GIRL’S OWN STORY, 1984
– AFTER HOURS, 1984
– THE WATER DIARY, 2006 (inédit, tous territoires)
– THE LADY BUG, 2007 (inédit, tous territoires)
Tissues (inédit, tous territoires)

Séries
– TOP OF THE LAKE, 2013

Longs métrages
– TWO FRIENDS, 1986 (TV)
– SWEETIE, 1989
 UN ANGE A MA TABLE, 1990
– LA LEÇON DE PIANO, 1993
PORTRAIT DE FEMME, 1996
– HOLY SMOKE, 1998
– IN THE CUT, 2003
– BRIGHT STAR, 2009

INFORMATIONS

Affiche du film IN THE CUT


+ JANE CAMPION : notre dossier

Titre original : In the cut
Réalisation :
Jane Campion
Scénario :
Jane Campion et
Acteurs principaux:
Meg Ryan, Mark Ruffalo,
Pays d’origine : USA, Grande-Bretagne, Australie
Sortie :
17 décembre 2003
Durée :
1h42
Distributeur :

Synopsis :
Professeur de lettres new-yorkaise, Frannie vit seule. Bien qu’étudiant l’argot et les romans policiers, elle s’est toujours tenue loin de l’aspect glauque de la ville. Un soir, dans un bar, elle est le témoin d’une scène intime entre un homme et une femme. Fascinée par l’intensité de leur passion, elle n’a que le temps de remarquer le tatouage de l’homme et la chaleur de son regard. Le lendemain, elle apprend qu’un meurtre a été commis tout près de chez elle. Malloy, le policier chargé de l’enquête, a le sentiment qu’elle est au courant de quelque chose. Frannie se sent attirée par cet homme, mais son attitude l’effraie tout autant que le tatouage sur son poignet. Le doute s’insinue en elle. Impliquée chaque jour un peu plus dans l’enquête et dans une liaison qui libère autant qu’elle lui fait peur, Frannie est tentée de tout quitter…


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