Séance de rattrapage en blu-ray pour ce film de Denis villeneuve (Prisoners, Enemy) sorti en début d’année 2011 et resté relativement confidentiel (200.000 entrées). Il faut dire que ses tares présupposées ne m’avaient pas incité à aller le voir en salles : un pitch de feuilleton télé de l’été à base d’histoire familiale tortueuse et un passif de films québécois précédés d’un bouche à oreille flatteur mais que j’avais trouvé quelque peu surestimés (C.R.A.Z.Y. ou Le déclin de l’empire américain).

Mais voyons de plus près si cette nomination à l’Oscar du Meilleur film étranger et les critiques élogieuses trouvées à longueur de web sont justifiées (il faut bien l’avouer, c’est ce qui a retenu mon attention). Les doutes sont balayés dès la première scène qui montre un inquiétant travelling sur un enfant qu’on semble préparer à la guerre, sur fond du sublime morceau de Radiohead, You and whose army ? : on est bien devant du vrai cinéma ici, et du bon.

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Avec en toile de fond les tensions au Moyen-Orient (le Liban est fortement suspecté mais jamais nommé explicitement) qui ajoute une couche politique (à défaut d’être réellement engagée) à un scénario qui ne manquait pas de profondeur, le film suit le périple d’une fille (bientôt rejointe par son frère jumeau) en quête de son passé familial, que le testament de sa mère a rendu pour le moins intrigant. Si cette dernière (présente en grande partie dans le film sous forme de flashbacks) est interprétée par Lubna Azabal qui démontre une fois de plus son talent à jouer les femmes de caractère et de conviction, sa fille est une vraie découverte et une vraie révélation, mélange de fragilité et de détermination. Si elle perd son accent québécois et les expressions qui vont avec (dire « je m’en câlisse » avec l’accent de Courtemanche quand on s’énerve fait inévitablement retomber la tension d’une scène, du moins de ce côté de l’Atlantique) et qu’elle change de nom (Mélissa Désormeaux-Poulin, ça tient pas sur une affiche !), elle ira loin.

Une œuvre puissante. Si vous ne voulez pas passer à côté des films qui sont dans les tops de fin d’année de tous les magazines, voici une belle occasion

La mise en scène, qui abandonne le côté clipesque de la première scène, donne un vrai souffle à cette tragédie, qui brasse beaucoup de thèmes (moins vous en saurez sur les rebondissements, mieux ce sera) et on saura gré à Denis Villeneuve de ne pas avoir édulcoré son propos : l’histoire est dure, noire, le dénouement nauséeux mais c’est ce qui en fait une œuvre puissante, impression renforcée par le découpage en chapitres dont les titres apparaissent en rouge et en énorme (à la Gaspar Noé). Si vous ne voulez pas passer à côté des films qui sont dans les tops de fin d’année de tous les magazines, voici une belle occasion. Et vive le Québec !

BLU-RAY

Très bon master image quoiqu’un poil trop sombre. Il rend en tous cas justice à la photo parfois chaude (Moyen-orient), parfois froide (Quebec) du film, ainsi qu’aux ambiances de conflit par lesquelles passe le récit.
La piste sonore est, elle,  d’une excellence rare. Autant dans les musiques (Radiohead), que pour les nombreux bruitages. Elle contribue à l’immersion totale dans le film !

L’unique bonus du blu-ray est le documentaire Se Souvenir Des Cendres réalisé par Anaïs Barbeau Lavalette

Il oppose comme dans tout making-of, les images du film au tournage du-dit film ; la différence est que la réalisatrice Anaïs Barbeau Lavalette s’intéresse biens moins au tournage qu’à l’ambiance, au climat de tension et au contexte politique dans lequel INCENDIES a été tourné, en jordanie.
Le documentaire se place ainsi au cœur d’un camp de réfugiés, ou les conséquences de la guerre sont à peine masquées par les décors du film. Les acteurs et figurants sont des gens qui connaissent la réalité de la guerre, savent en parler et ne miment pas leur réactions. caméra d’ Anaïs Barbeau Lavalette leur donne la parole, leur laisse leur loisir d’exprimer leur colère…
Ce documentaire passionnant montre au final comment le réalisateur Denis Villeneuve et son équipe ont réussi à composer avec cet univers très dur ; avec humilité et respect, malgré tout à priori. C’est à ce prix qu’ils arrivent à rendre palpable, réelle, immersive, effrayante parfois , l’atmosphère particulière dans laquelle se place l’histoire d’ INCENDIES.

INFORMATIONS

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Titre original : Incendies
Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Denis Villeneuve, Valérie Beaugrand-Champagne, d’après l’oeuvre Wajdi Mouawad
Acteurs principaux : Rémy Girard, Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin
Pays d’origine : Canada
Sortie : 12 janvier 2011
Durée : 2h3min
Distributeur : Happiness Distribution
Synopsis : A la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan se voient remettre deux enveloppes : l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l’existence.
Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de sa mère, enfermée dans un mutisme inexpliqué les dernières semaines précédant sa mort. Elle décide immédiatement de partir au Moyen Orient exhumer le passé de cette famille dont elle ne sait presque rien…
Simon, lui, n’a que faire des caprices posthumes de cette mère qui s’est toujours montrée distante. Mais son amour pour sa sœur jumelle le poussera bientôt à rejoindre Jeanne et à sillonner avec elle le pays de leurs ancêtres sur la piste d’une mère bien loin de celle qu’ils ont connue.
BANDE-ANNONCE

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cinemarium
Invité

En effet, Incendies est un film très réussi. La fin, un peu trop spectaculaire, reste mon seul regret.

Imprimantes WiFi
Invité

J’ai trouvé ce film excellent tant sur le plan de la réalisation que sur le plan du scénario.