Le film de requins est un drôle d’exercice. Il faut dire que Steven Spielberg a tué le game avec le grandiose et indétrônable Les Dents de la Mer, premier et dernier chef d’œuvre d’un sous-genre qui peine à perdurer qualitativement. Depuis 1976, qu’en retient-on ? Peut-être The Reef et Open Water, deux propositions efficaces, sans prétentions, misant sur une approche réaliste. A l’opposé, l’attachant et décomplexé Peur Bleue de Renny Harlin reste aussi dans nos mémoires, pour peu qu’on sache quoi en attendre. Et ? Et rien. Voilà à quoi on résume le film de requins depuis le classique de papa Steven. Néanmoins, ces trois exemples prouvent qu’il existe des chemins à emprunter pour agrémenter le genre de nouveaux films réussis. Connaissant Jaume Collet-Sera, honnête réalisateur sans génie de films d’horreur (Esther, La Maison de Cire) et de Neesoneries (Sans Identité, Non-Stop et Night Run), opter pour l’option fun était la plus sage décision compte tenu de ses capacités.

Photo du film INSTINCT DE SURVIE

Hélas, l’aspect fun n’apparaît que trop rarement durant le film. Hormis un final assez improbable mais rigolo et un passage aquatique au milieu de méduses, jamais on ne laisse prendre par une quelconque extravagance. La réelle bonne piste pour Jaume Collet-Sera était pourtant dans cette recherche d’inventivité de situations où l’on délaisse le vraisemblable pour mieux plonger dans l’amusement. Ce qu’avait réussi à faire Renny Harlin avec Peur Bleue ou Alexandre Aja avec l’outrancier Piranha 3D. Le plus embêtant c’est que le film veut paraître cool en nous balançant des gros ralentis, des filtres et des insertions d’écrans (portable, chronomètre), mais il ne provoque que la circonspection. Au pire, l’agacement. Jaume Collet-Sera se retrouve bloqué par l’exercice que lui impose son scénario (un huis clos à ciel ouvert) et se débat comme il le peut en gonflant artificiellement la forme de son film, croyant qu’il va le rendre riche par accumulation de gadgets visuels. Même le scénario va chercher des éléments dramatiques superflus pour essayer de rendre l’héroïne plus profonde psychologiquement. Sauf que tout est tellement basique, sans idée, et on s’en fout surtout. Nous on est venu voir une actrice se confronter à un requin. Et le summum restera la présence d’une mouette handicapée, qui accompagne Blake Lively sur le petit rocher lui servant de refuge. Sorte de double animalier de la belle blonde dont la présence est un pur mystère tant on frôle le ridicule.

« Entre le fun à fond et le total premier degré, Jaume Collet-Sera n’a visiblement jamais tranché. »

Les Dents de la Mer a tellement marqué le genre que n’importe qui reprend les gimmicks sans en mesurer toute la portée et ce qui en fait réellement leur puissance. Il faut voir comment Jaume Collet-Serra utilise le point de vue subjectif sous-marin au début du film pour se dire qu’il n’a définitivement rien compris : Nancy (Blake Lively) se baigne seule puis quelque chose remonte vers elle. On pense, naïvement, que ce sera le début du face-à-face avec le squale… Nada, c’est juste un dauphin qui fait un joli petit saut au-dessus de la charmante blonde. Sérieusement ? Ce gag (si on peut l’appeler comme tel) parodique (?) de bas étage montre bien l’impuissance du réalisateur face au genre qu’il aborde.

Et si finalement la véritable bonne voie était le premier degré ?
La scène la plus efficace du film intervient lorsque Jaume Collet-Sera se débarrasse de tout gras pour pondre une scène au suspense prenant. Les deux surfeurs rencontrés plus tôt viennent au secours de Nancy et ils se font à leur tour attaquer. Par sa mise en scène, uniquement sur l’eau, le réalisateur fait mouche lorsque la bête attaque. Comme quoi, pas besoin d’écrans ou de ralentis pour nous happer mais juste de savoir tenir avec cohérence une ligne directrice de mise en scène. Ce qu’avait su faire très bien Andrew Traucki avec son minimaliste et sérieux The Reef. Entre le fun à fond et le total premier degré, Jaume Collet-Sera n’a visiblement jamais tranché. Ne paraissant jamais à la hauteur de l’exercice, il préfère multiplier les pistes, les tons, les artifices. Pour un résultat bordélique et bâtard.

Maxime Bedini

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