Paris, son quartier d’affaire, une banque ; la caméra continue son focus, voilà la périphérie, un garage… Immersion progressive dans une ville qui abrite deux mondes, celui d’un riche banquier et d’un garagiste surrendété. Des lieux, des vies comme un jeu de miroir inversé, mais que découvre-t-on si on se rapproche encore un peu plus ? Que se passe t-il derrière les murs opaques des appartements aux rideaux tirés ? Qui sommes nous sous notre peau ?

Ne nous fions pas aux apparences, c’est peut être ce que veux nous dire Jalil Lespert dans IRIS. Il y a ce que l’on voit, ce que l’on croit et ce que l’on donne à voir mais au fond, lorsque le masque tombe et que les lumières de la nuit se lèvent, que reste t-il de l’apparat ? Dans la ville sombre il n’y a plus que des hommes et des femmes, des corps, des peaux et des âmes tourmentées, toujours en quête de quelques chose de « plus grand ». IRIS, c’est l’histoire de l’introspection de la chair, d’une traversée du désir, des pulsions et de l’intempérance.

Photo de IRIS

Iris est kidnappée après un déjeuner avec son mari…

Après le très beau et pudique Yves Saint Laurent, Jalil Lespert change de registre et revient avec IRIS, un quatrième long-métrage qu’il écrit, réalise et interprète pour nous plonger dans l’univers sulfureux et mystérieux d’un thriller sensuelo-psychologique et il signe un film remarquablement mené. Dès la scène d’ouverture le réalisateur nous happe dans une intrigue prenante. IRIS regorge des ingrédients essentiels du genre : suspense, rebondissements et enquête policière. Mais c’est dans la mise en scéne pure que Jalil Lespert excelle. Il est un metteur en scène qui aime ses acteurs, et sa grande force réside en sa capacité à les sublimer, magnifiquement, à la fois visuellement et en leur confectionnant des rôles de personnages complexes. Avec Yves Saint Laurent, Jalil Lespert avait propulsé Pierre Niney au rang de Meilleur acteur et il semble dans IRIS vouloir offrir le même destin à Charlotte Le Bon à laquelle il offre un rôle qui lui va comme un gant de vinyle…Elle, est une sulfureuse dominatrice de soirées privées SM, mystérieuse manipulatrice d’un scénario infernal qui se verra prise dans un combat entre deux hommes eux aussi dans un exercice de dominance, mais d’une toute autre nature… Charlotte Le Bon, Romain Duris et Jalil Lespert forment dans IRIS un trio d’acteurs tout en chair et sensations absolument bluffant. Trois rôles forts, trois interprétations intenses de personnages qui sont tour à tour victimes, et bourreaux.

« IRIS c’est l’histoire de l’introspection de la chair, une à traversé du désir, des pulsions et de l’intempérance dans un thriller sensuel parfaitement bien mené. »

Jallil Lespert réalise un film à suspens lascif qui nous plonge dans l’univers sado-maoschiste mais qui parvient à ne jamais tomber dans les écueils voyeursites avec lesquels flirtent les films érotisants. Dans IRIS , il n’y a pas une once de mauvais goût ou de désir d’exciter le spectateur. Jalil Lespert filme des corps qui tanguent sans jamais se répandre et il parvient à rendre au désir, y compris dans sa noirceur, son caractère précieux et fragile. IRIS, c’est en réalité un voyage sensuel, sensoriel et très intime dans lequel les personnages dépassent à bien des égards la sphère érotique. En effet, Jalil Lespert s’attache à les mettre à nu de manière totale, allant à la rencontre de leurs pulsions secrètes (du besoin de domination à la soif de pouvoir, en passant par la perversion de la manipulation). Il teinte alors son film d’une esthétique propice à l’expression du romanesque et d’un certain lyrisme visuel.

Sous la direction de Pierre Yves Bastard, IRIS jouit d’un trés beau travail sur la photographie, veritable point fort du film. Ainsi sommes-nous tantôt immergés dans la chaleur d’une sensualité ardente, tantôt dans la grisaille froide de l’angoisse, la peur, et la mort… Même la scène de domination laissant un homme agonisant touche à quelque chose de sublime, il y a cette douleur extrême et morbide qui mène au plaisir, ce corps nu, meurtri par les coups et le bondage… Tout cela est rendu fascinant par une photographie, utilisant juste ce qu’il faut d’esthétisme pour laisser en émerger la beauté, et témoigner de la pureté de l’abandon total du masochiste. Le réalisateur nous emmène alors à la limite du rejet et de l’envie, venant flatter et interroger nos propre sens, on frissonne, entre effroi et envoûtement.

Photo de IRIS

Jalil Lespert dans la peau d’un riche banquier…

Avec IRIS, Jalil Lespert réalise un film noir, vibrant et épidermique où la chair est faible et forte à la fois. Son pari de réaliser un thriller est donc réussi… Le seul défaut que l’on pourrait peut-être trouver à IRIS est celui de ne pas avoir été plus loin encore !
Jalil Lespert sait filmer les corps comme peu savent le faire, il respecte ses sujets, ses acteurs, et les glorifie… Alors il peut tout dire, tout montrer, tout raconter. IRIS n’est donc pas uniquement l’ode sensuelle d’un réalisateur à sa muse, il est un voyage dans et sous la peau, prise dans un étau intérieur tout autant qu’extérieur. Ainsi, IRIS se termine dans un Paris bleu-gris au matin, comme un réveil brumeux au lendemain d’un cauchemar, ou peut-être bien d’un rêve, mais assurément sonné par une plongée au fin fond de soi.

Sarah Benzazon

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