Sublime et majestueux IXCANUL (Volcan), le premier film de est porté par la grâce.

Il aurait pu s’appeler IXCANUL ou l’espoir d’une vie meilleure. Qu’y a t-il derrière le volcan sacré au pied duquel vivent Maria et ses parents cultivateurs de café dans les terres du Guatemala ? La ville d’abord puis les États-Unis, figure de tous les fantasmes. Un autre monde pour sûr, mais est-ce un monde meilleur ?

Promise à Ignacio, le propriétaire des terres que cultivent ses parents, le mariage prochain de Maria 17 ans leur permettra de conserver leur toit.
Tantôt frontière infranchissable qui sépare de l’autre monde. Tantôt force divine crainte et vénérée à qui on livre prières, offrandes et sacrifices. IXCANUL, berceau ardent de la lumière de vie, gardien de la fertilité des femmes et des terres règne en maître sur la famille de paysans.
Maria est prête à tout pour échapper à cette union arrangée, elle consent à offrir sa virginité à Pepe, son ami, dans l’espoir qu’il accepte de l’emmener avec lui aux États-Unis, mais il partira sans elle alors qu’elle se découvre enceinte.

Ceux qui ne parlent que le dialecte local se retrouvent soumis à la volonté des gens de la ville, des médecins, à qui ils remettent leurs destins. Maintenus délibérément dans l’ignorance les parents de Maria seront dépossédés diaboliquement de ce qu’ils avaient de plus précieux. Le propos est éminemment politique.

Mais IXCANUL aborde également magnifiquement la question de l’amour maternel, amour transcendant et absolu qui n’a de limite même dans la mort. La mère, incarnée par Antun, femme forte et robuste agissant sur tous les fronts pour sauver sa terre et sa fille est absolument bouleversante.
Aucun des comédiens n’est professionnel et pourtant ils dégagent une vérité absolument saisissante et rendent le film profondément humain, universel. C’est dans un plan rapproché de son visage face caméra qui ouvre le film qu’apparaît, poignante, pour la première fois. Les yeux fixes, impassible, elle se laisse bâillonner par les mains habiles et protectrices de sa mère qui orne son front de la tenue traditionnelle de mariée. L’étau de son destin se referme sur elle, elle s’y résigne. Son âme hurle mais son visage s’est tu, c’est sa vie, ici est maintenant.

« IXCANUL fait état de la résilience tragique et émouvante d’un peuple soumis à la fatalité, dont l’origine n’est pas la dimension divine, mais bel et bien la désacralisation funeste du monde moderne. »

Jayro Bustamante maîtrise à la perfection l’art de la photographie et réalise pour ce premier long métrage un film esthétique gracieux au cadre parfaitement composé. A l’exemple de la scène où Pepe s’enivre à l’avant de l’image alors que Maria, au second plan se déshabille en silence attendant qu’il s’aperçoive de sa présence. Puis ils se rejoignent au fond du cadre, baignés par la lumière de la lune. Les images sont tout simplement magnifiques. L’ambiance est moite, envoûtante, lunaire. Comment ne pas être subjugué par les bains de vapeur que Maria et sa mère prennent ensemble, semblable à une alcôve maternelle sublime, ou encore par la terre noire et hostile que Maria foule inlassablement dominée en arrière-plan par le volcan majestueux.

Récompensé par le prix « Alfred Bauer » lors du 65éme Festival International du Film de Berlin, IXCANUL est un bijoux noble et bouleversant qui émeut, révolte et laisse tremblant. Magnifique.

INFORMATIONS

Affiche du film IXCANUL

Titre original :
Réalisation : Jayro Bustamante
Scénario : Jayro Bustamante
Acteurs principaux : Maria Mercedes Croy, Maria Telon ,
Pays d’origine : Guatemala, France
Sortie : 25 novembre 2015
Durée : 1h31
Distributeur : ARP Sélection
Synopsis : Maria, jeune Maya de 17 ans, vit avec ses parents dans une plantation de café sur les flancs d’un volcan, au Guatemala. Elle voudrait échapper à son destin, au mariage arrangé qui l’attend. La grande ville dont elle rêve va lui sauver la vie. Mais à quel prix…

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