Quelle déception ! Il ne faut pas trois minutes pour que JACK REACHER : NEVER GO BACK perde toute crédibilité. Le coup de fil entre Jack () et le major Turner () est à la limite de la parodie d’un téléfilm romantique : split-screen, sourires gênés (« non toi tu raccroches d’abord ») et montage indigeste ont le mérite de prévenir : pendant deux heures, vous allez souffrir. La raison de cet appel ? Il faut bien relancer Jack Reacher sur les chemins de l’aventure après le premier opus. Donc on lui adjoint un « love interest » en mode deus ex machina. Oh, malheur, la princesse est enlevée. N’en déplaise à Jacky qui étrille alors son cheval blanc pour la sauver et démonter la vilaine conspiration militaro-industrielle derrière tout ça. Le scénario qui suit est extrêmement retord pour finalement recouvrir une réalité très simple, qu’on peut deviner dès la moitié du film. Tout le paradoxe de JACK REACHER : NEVER GO BACK est qu’il manque à la fois de réelles prises de risque, alors qu’il lui suffisait de reconduire une partie de la recette du premier opus pour combler nos attentes (ou du moins jouer avec). On peut donc se demander légitimement : qu’est-ce-qui a donc pris à Tom Cruise pour tout envoyer balader au profit d’un patchwork de série B ?

Le véritable choix – malheureusement approximatif – de ce second épisode consiste à explorer les « failles » du personnage principal. Bien sûr, sur le papier on signe de suite. Mais à l’écran, c’est un désastre ! Car ce choix scénaristique n’est absolument pas relié à l’intrigue. On a simplement balancé un personnage « random »  (la pseudo-fille de Jack Reacher, interprétée par Danika Yarosh) entre Jack et le major Turner pour créer un semblant de tension émotionnelle. Sa présence au milieu des scènes de baston et de la succession de révélations téléphonées d’un complot militaro-industriel est à la limite du grand n’importe quoi. D’ailleurs, le scénariste s’en rend compte et tente un écran de fumée en mode boule de ninja pour mieux nous entuber. On sent bien aussi que ça lui démange le caleçon à Jacky, donc la plantureuse Cobie Smulders arrive à point. Sauf qu’on se rend vite compte de son rôle de potiche, ce qui force encore le scénariste à faire amende honorable, dans un dialogue absurde pour savoir si Jacky pense que le major est incompétente parce que vue comme une femme ou comme un homme (véridique). N’est pas Georges Miller qui veut. Un personnage féminin « fort », ce n’est pas juste une jolie fille qui envoie des tatanes en disant qu’elle veut qu’on la respecte.

« Rarement une production de cette ampleur aura réussi à rater tout ce qu’elle entreprend. »

Brouillon narratif incommensurable, on pourrait croire qu’une scène d’action sauverait peut-être le tout. Encéphalogramme plat du côté de la réalisation qui enchaîne les clichés. Un plan résume sans doute tout le projet : Tom Cruise et son acolyte féminin courent côte à côte d’un point A à un point B… Pour attraper un bus ! Manque d’un réel enjeu dramatique, musique sans âme pour forcer le suspense ou mouvements de caméra approximatifs. Tout ce qui amène à ce plan est artificiel et paresseux. Tout ce qui suivra ne sera pas beaucoup mieux. Autant on avait été enthousiasmé par le premier opus au cinéma, autant ce JACK REACHER : NEVER GO BACK coche toutes les cases du film d’action ultra-générique. Perdu quelque part entre Spectre (coucou la scène de carnaval en moins bien) et les dernières tribulations de Jason Bourne (shaky cam et montage ultra cut), la production de Tom Cruise n’a absolument rien retenu de ce qui caractérisait pourtant le succès du film de Christopher McQuarrie (pourtant promu à la réalisation de l’excellent Mission Impossible : Rogue Nation).

Si vous entrez dans la salle pour JACK REACHER : NEVER GO BACK, vous êtes priés de revoir vos exigences à la baisse ! Intrigue, personnages, choix de réalisation, tout semble mis en désordre sur la table. Le réalisateur s’est débarrassé de son film en cours de route, invitant le spectateur à trier dans ses déchets pour faire sa propre tambouille. Rarement une production de cette ampleur aura réussi à rater tout ce qu’elle entreprend. Le seul mérite de JACK REACHER : NEVER GO BACK est de placer le réalisateur du premier opus un cran au-dessus de la mêlée des faiseurs de films d’action. Rétrospectivement, on se dit que la réussite du JACK REACHER réalisé par Christopher McQuarrie, tenait davantage à son travail qu’au matériau de base ou à la production signée Tom Cruise. Enlevé de l’équation, tout l’édifice s’écroule. Jack Reacher n’est peut-être pas « revenu en arrière » (NEVER GO BACK) mais il aurait tout de même mieux fait de s’inspirer de l’original.

Thomas Coispel

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