Nouveau film de Kim Jee-woon, après notamment le remarqué Le Bon, la brute et le cinglé, et passé à peu près inaperçu lors de sa sortie en salles, J’ai rencontré le Diable va sans doute trouver une nouvelle jeunesse dans le « cinéma bis », avec sa diffusion en DVD, Blu-ray, VOD et autres moyens plus ou moins légaux qu’on s’échange sous le manteau agrémentés d’un « Mate ce putain de film coréen, c’est une tuerie ».

Il est vrai que c’est un peu la quintessence du cinéma coréen, voire asiatique en général : un rythme effréné bien que le film dure plus de deux heures, une caméra virtuose et légère, une violence graphique (on peut aussi dire complaisante) causée par une histoire de vengeance et des acteurs incroyables. On retrouve pour l’occasion , le héros d’. Il passe ici du statut de vengeur à celui sur lequel doit s’abattre la vengeance. On ne sait rien de son passé cette fois mais même sans avoir été enfermé 15 ans, on voit bien qu’il est toujours aussi dérangé et qu’il manie toujours aussi bien le marteau (et toutes sortes d’objets contondants).

L’histoire commence avec les crimes du serial-killer joué par Min-sik Choi, dans une atmosphère dans le plus pur style : on pense à , évidemment, pour le côté glauque et surtout à puisqu’on suit le tueur de très près dans ses déambulations nocturnes à bord de son véhicule à la recherche de sa prochaine victime. Mais là s’arrête la comparaison : au lieu d’être poursuivi en vain par des journalistes pendant des années, notre serial-killer coréen va être poursuivi par quelqu’un d’autrement plus motivé : le fiancé d’une des victimes.

De plus, ce dernier fait partie des services secrets et dispose donc de moyens plus importants que le commun des mortels. Tout de noir vêtu, en justicier solitaire, il va alors se lancer dans une traque sans merci. Bien qu’impassible en apparence, il va se révéler au moins aussi dangereux et incontrôlable que le monstre après qui il court. Faut pas faire chier Zorro.

Votre film coréen préféré vient de changer de nom. Ceux qui s’extasient devant , sa virtuosité et ses accès de sauvagerie vont aussi prendre une leçon venue d’Extrême-Orient.

Le film bascule alors dans le film de vengeance et n’aura de cesse d’être de plus en plus noir (si vous avez du mal avec les premières scènes, quittez le film, après… ce sera pire). Le traqueur atteint sa proie dans la première heure du film et on se demande donc ce qui va meubler la deuxième partie. On découvre alors que le justicier ne s’estimera vengé qu’après avoir fait souffrir le tueur autant que lui a souffert. Œil pour œil, dent pour dent. A l’issue d’un combat homérique dans une serre à coups de serpe, il le laissera en liberté pour pouvoir mieux le rattraper et le torturer ensuite. Comme un chat qui laisse échapper sa souris pour mieux pouvoir la croquer plus tard.

La mise en scène enchainera les morceaux de bravoure (notamment une scène dans un taxi : à part la fusillade dans un Prophète, on n’avait jamais vu un cinéaste en montrer autant dans l’espace confiné d’une voiture !) jusqu’à un final dont le machiavélisme est digne de . Les fans (comme moi) d’Old boy seront comblés : tout y est ici à un niveau supérieur et votre film coréen préféré vient de changer de nom. Ceux qui s’extasient devant Drive, sa virtuosité et ses accès de sauvagerie vont aussi prendre une leçon venue d’Extrême-Orient.