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n centre commercial désert, un parking vide. Franck () déambule dans ce décor fantomatique, « SECURITE » inscrit au dos de son manteau : il est gardien de nuit, quelque part en banlieue. Ses gestes répétitifs, le vide autour de lui et l’alcool l’installent dans une routine mortifère, qui reste pourtant son seul horizon. Les pas traînants de Franck transpirent l’ennui, qui sera néanmoins interrompu lorsqu’il remarquera une voiture suspecte sur son parking.

La mise en scène, subtile et sans tape à l’œil, égraine les détails sur la vie de Franck tout en décrivant ce quotidien enfermé entre les visites à l’assistance sociale, un boulot alimentaire et un appartement miteux et impersonnel. Les barres d’immeubles broient et annihilent par leur banalité et leur architecture. A côté de cette banlieue sinistre et sinistrée, la seule séquence parisienne montre une capitale lumineuse, onéreuse et brillante…en somme inaccessible.

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© Ad Vitam

Le rythme lent du film nous enferme peu à peu avec Franck dans une boîte sans lumière, sans aération, en compagnie d’une image le plus souvent fixe et d’une bouteille de whisky. La force de JAMAIS DE LA VIE est de montrer (dénoncer ?) une précarité rampante, qui s’insinue dans le quotidien de millions de personnes, des travailleurs pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe de soigner une rage de dents. Mais c’est également cela qui nous prend à la gorge et nous étouffe petit à petit. Le mince espoir qui émane du film est-il donc viable ? De bons seconds rôles donnent plusieurs réponses, de l’assistante sociale () à l’ancien camarade syndicaliste (). Il manque malheureusement l’enthousiasme de Discount (Louis-Julien Petit, 2013) ou l’humour et l’optimisme de La Part des Anges (Ken Loach, 2012) pour nous faire digérer une pilule très réaliste mais qui a du mal à passer. Très peu de musique dans le film, mais un « What A Wonderful World », qui se veut ironique et qui tombe mal, comme un cheveu sur une soupe trop épaisse. Bien qu’Olivier Gourmet soit comme toujours très impliqué et naturel, quelques dialogues un peu trop écrits sonnent parfois faux.

 

« Le rythme lent du film nous enferme peu à peu avec Franck dans une boîte sans lumière, sans aération. »

 

A cheval entre cinéma social et polar, JAMAIS DE LA VIE développe une intrigue qui ne nous entraîne pas suffisamment pour dépasser l’enfermement et le climat plombé/plombant, sans issue, dans lequel évolue le personnage principal. Sentiment déjà expérimenté lors de la sortie de Fred (1997), du même .

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INFORMATIONS

Jamais_de_la_vie

Titre original : 
Réalisation : Pierre Jolivet
Scénario : Pierre Jolivet
Acteurs principaux  : Olivier Gourmet, Valérie Bonneton
Pays d’origine : France
Sortie : 8 avril 2015
Durée :1h35min
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Franck est gardien de nuit, quelque part en banlieue. Ses gestes répétitifs, le vide autour de lui et l’alcool  transpirent l’ennui, qui sera néanmoins interrompu lorsqu’il remarquera une voiture suspecte sur son parking.

BANDE-ANNONCE